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lundi, 20 octobre 2008

Ce soir, c'est Bourgogne. Du grand Bourgogne.

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Après la journée que tu viens de passer, tu as décidé de te faire plaisir. Tu vas t'ouvrir un bon bourgogne, que même ton chef, il en boirait pas des comme ça.

Ton boss a été particulièrement odieux avec toi aujourd'hui. Déjà, ce matin, quand il est arrivé avec sa cravate jaune et ses espèces de mickey imprimés dessus, tu t'es dit ça sent pas bon, Le Cointre a sorti la cravate jaune, j'sens qu'j'vais morfler. En effet, lorsque tu abordé ce RTT avec lui, afin de rendre à Nancy pour rendre visite à ta tante, souffrante, il t'a rétorqué "impossible" entre deux portes parce que Michenot et Granger avaient déjà pris des RTT. Afin de finir des dossiers bien plus importants.

Le Cointre et sa tête de chef magasinier qui dit qu'il est sorti de l'ENA. Le Cointre et ses "prérogatives simplement guidées par la règle de trois : rentabliltité, efficacité, profit". Le Cointre et son haleine de fenec mort depuis quinze jours - oh, on's'fout d'sa gueule avec ça, mais lu, y entend rien. Un beau jour, il faudra bien lui régler son compte, à Le Cointre, parce que moi les les dingues, j'les soigne, je m'en vais lui faire une ordonnance, et une sévère ! Je vais lui montrer qui c'est Raoul. Aux quatre coins'd'Paris, qu'on va le retrouver éparpillé par petits bouts, façon puzzle... Moi, quand on m'en fait trop, je correctionne plus : je disperse, je ventile... comme ils disaient dans le film que tu te souviens plus du titre, mais il est passé l'autre jour sur TF1 et qu'est-ce qu'on s'est marré avec ma femme, (c'était qui déjà qui disait ça ? Bourvil, Lefèvre, ah, non, Fernandel ! Quoi que...). En même temps, c'est vrai que physiquement, à Le Cointre, tu lui ressembles un peu.

Il est enfin 18h00 quand tu quittes le bureau. Tu croises Le Cointre qui te dit "et tu diras bonjour à Madame !". Et tu diras bonjour à Madame, et puis quoi encore, il veut pas qu'on l'invite à savourer le bon Bourgogne de ce soir ? Parce que ce soir, c'est vendredi, et ça va régaler. Ta femme a fait un bon bourguigon, alors on va sortir les ch'vaux, un vin, comme ils disent sur l'étiquette "en hommage à Jean-Baptiste Patriarche", fondateur des caves Patriarches, à Beaune. C'est aussi pour ça que tu l'as acheté, ce vin. Parce que tu as visité les Hospices de Beaune en 1984 avec l'Amicale Laïque des Boulistes Vannetais, et que c'est vraiment beau parce que c'est plein d'Histoire et que quand même c'était bien de s'occuper des soldats pendant la guerre, comme ça, comme ils faisaient aux Invalides que tu n'as pas visités mais par contre les catacombes, oui, ça, ça vaut le coup même si ta femme avait eu un peu peur de tous ces ossements, quand t'avais passé douze heures à Paris en 1977 (départ en car 4h30 de Callac, arrivée Paris 9h et quelques ; retour minuit à la maison, mais bon ça vaut le coup quand même parce que y'a toujours une bonne ambiance dans le car, avec le chauffeur qui raconte que des conneries).

Tu vas sortir ton plus beau tire-bouchon, avec le manche qu'il ressemble à un pied de vigne et que tu avais gagné au loto d'Hénanbihen où que ton frère, Jean-Luc, t'avait invité. Un beau tire-bouchon bien brillant et que t'as pas un bouchon qui fait un pli avec (sauf le cidre à Bébert, mais bon, normal, les gars y z'y mettent du beurre à l'ouvrage). Sur l'étiquette-de-derrière, ils disent qu'ils ont fait une sélection des plus beaux cépages. C'est bizarre, t'avais entendu, à Beaune - comme quoi, t'avais pas fait qu't'emmerder - que le cépage là-bas, c'était le pinot noir. Et là, c'est "grenache, carignan"... La robe est "intense et jeune". Ah bon ? Ouais, enfin, normale, rouge, rouge foncée, quoi. Mais pour l'âge, c'est étonnant, y'as pas le millésime d'inscrit sur la bouteille... Au palais, tu trouves que ça rape un peu, pourtant eux, ils écrivent "au palais, plaisant, fin, complet et jeune". "Nez fin et agréable, senteurs fruitées avec traces herbacées", toi tu sens rien, mais c'est quand même des professionnels qui écrivent ça et les gars ils ont l'habitude, ils sont payés pour faire ça, donc c'est normal que toi, en plus t'es enrhumé, tu trouves que ça sente le vin rouge et puis c'est tout. Enfin, bon, au final, ça fait plaisir de boire un bon vin de "F, 21200, France" comme c'est écrit sur l'étiquette, un "Vin de France", "Vin de Table", qui t'aura quand même coûté la bagatelle de 2€ (13F). Et puis, vu que t'es quand même pas le mauvais bougre, t'as trinqué à la santé de Le Cointre. Qui lui, doit boire des bordeaux à 1€. Il est tellement radin, ce con. 

lundi, 07 avril 2008

Vin de messe.

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Souper à Emmaüs, Caravage. 1601. National Gallery, Londres.

- Ca ne vas pas du tout Le Dantec,  hurlait le curé de l'église de Limeray au téléphone. Pas du tout! Vous me prenez pour un ivrogne? Ou seriez-vous entrain de me confondre avec un hérétique? L'anathème sur vous risque de frapper Le Dantec si vous continuez ainsi!

- Mais c'est votre préféré, mon père! 

- Mon préféré? Ignare! C'est pas une raison! Les beaux jours arrivent et vous me remettez dix cartons de Vacqueyras! C'est bien trop puissant! C'est plus l'époque! Surtout pendant les enterrements! Le quatorze degrés me fait dormir entre les chants. Du coup, j'm'y perds complètement dans mes psaumes. Ca ne va pas, faites quelquechose!

Nicéphore Le Cep était un client de longue date. Il avait assuré le service de ma grande communion en 1982. La fête avait failli tourné au vinaigre quand le curé nous avait surpris, mon cousin Félix et moi, en train d'uriner généreusement dans son calice. Quelques années plus tard, il m'en tenait encore rigueur, mais s'approvisionnait quand même en vin dans la petite boutique de vin que j'avais ouverte à Amboise, Citizen Kave.

M. Le Cep, ancien sommelier reconverti dans le catholicisme "laïque", comme il aimait à me le répéter, était un quidam de soixante quinze ans. Petit, rond et trapu, comme une bouteille de Montpeyroux, il avait toujours refusé de boire du vin de messe médiocre avant l'extrême-onction, cette piquette cible de ces aigreurs ecclésiastiques. Il avait même recraché un Pommard de 1976 un jour en pleine messe, sous prétexte qu'il était trop frais. Nom de Dieu! Le Dantec, c'est pas une armoire à vin que vous m'avez vendu, c'est un freezer, m'avait-il beuglé à dix centimètres du visage, quelques temps après l'incident. V's avez qu'à me vendre du coca tant que vous y êtes, m'avait-il ensuite vociféré. Rouge écarlate, perdant presque son latin, il avait failli avoir une attaque. Non de Dieu de bordel de merde Le Dantec, débouchez-moi une prune, j'sens qu'j'vais y passer.

- Je rentre un Gevrey-Chambertain de chez Dupont-Tisserandot la semaine prochaine, vous l'aimez bien, je vous en mets un carton? Lui demandai-je alors, gêné et essayant de rattrapper le coup.

- Du bourgogne, en avril? Mais vous ne vous êtes pas trompé de métier Le Dantec? Vous voulez transformer mes messes en karaoké? En surprise-partys? Trouvez-moi autre chose. TROUVEZ-MOI AUTRE CHOSE!!!

- Je cherche, je vous rappelle. Au rev...

- Biiip, biiip, biiip...

Je m'affairai donc à lui trouver la perle rare. Le curé aimait des vins en accord avec le service. Les funérailles étaient ponctuées par un calice de Veuve Cliquot ou de Corbières. Les enfants étaient baptisés à l'eau de vie, les unions scellées au Limoux. Par ailleurs, hors de question de boire deux fois la même bouteille la même année. Et comme si cela ne suffisait pas, prière de servir un vin de l'année de naissance du défunt les jours d'enterrement, tâche qui s'avérait de plus en plus difficile tant l'espérance de vie s'allongeait, ou, plutôt, tant les dates de naissances s'éloignaient dans le temps. Trouver un vin pour ce poilu né en 1896, cette ancienne secrétaire de mairie morte à l'âge de 102 ans, ces palanquées de villageois nés dans les années folles était souvent missions impossibles! "Le vieux ici c'est le vin ; le jeûne (J.E.U. --accent circonflexe-- N.E.), c'est seulement pendant le carême", répétait-il à qui voulait l'entendre.

Les messes du saint père macéraient dans des vins venus des quatre coins du monde. Les italiens étaient appréciés lorsque le curé rentrait de la Place Saint-Paul, les allemands après un discours bien appuyé de Benoît XVI, et les portugais doux et cuits pour attendrir une soeur qui ne jurait que par le Porto. En outre, le vin devait être carafé au cierge. Mon Père était donc très exigeant et je ne pouvais le décevoir tant sa consommation de vin mettait du beurre dans mes épinards. Cependant, il me convia un jour dans le confessionnal et me fit une bien étrange révélation.

- Je vais vous dire quelquechose, Le Dantec. Le vin, pour moi c'est sacré. In vino veritas. Vous le savez bien. C'est bien là un des rares "plaisirs" que je m'octroie. Toutefois, vous ne pourrez vous tromper qu'une seule fois. Le jour où je serai mort. A mon enterrement. Ce jour là, je ne serai pas là pour le goûter!!! Ha!!!

Je n'ai pas encore réfléchi au flacon que je verserai dans le calice le jour où monsieur le curé rejoindra le Christ et ses fidèles. Le Cep mériterait un vin aux arômes de sous-bois, de champignon. Mais le caractère bien trempé de l'homme me conduisait à penser qu'un vin charpenté et corpulent ferait l'affaire, tel qu'un Chateauneuf du Pape. De toute façon, malgré ma plus grande vigilence et mes plus grands soins apportés au choix du dernier vin de messe, j'étais certain de finir par entendre mon bon vieux Nicéphore m'invectiver d'un outre-tombe "Nom de Dieu, Le Dantec, mais qu'est-ce que c'est cette piquette divinement immonde? Pour mon enterrement?! Vous auriez pu faire un effort!!!" 

Auteur : Fabrice Le Glatin. Le 15.04.2007.

 

lundi, 03 mars 2008

Quel vin le premier soir?

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Moi and Jennifer, Monte Carlo, 1974.

The bottle inoubliable. Mon expérience, non négligeable, en matière de plantes (que sont les vignes), ajoutée à mes 36 années de bouteille, me permettent aujourd'hui d'avoir un regard considérablement alambiqué sur le flacon: sa forme, sa robe, son parfum n'ont plus de secret pour votre serviteur. Alors, si le premier dîner avec l'être cher se doit d'être impeccable, il ne saurait être parfait sans la bouteille (the bottle) qui fera de votre première soirée en tête à tête un moment inoubliable.

"Oh, John, dear, this wine is marvelous."

"I know, darling, I chose it specially for me." 

Séduites par des vins aromatiques. Vinsurvin nous indiquait récemment que les vins prisés par les femmes seraient subtils, porteurs d’une palette aromatique complexe, de tannins fondus et d’une structure souple. Une certaine Isabelle Forêt (oenologue) considère que comme les femmes ont un nez plus développé que les hommes, elles sont plus séduites par des vins très aromatiques, flatteurs; des vins de plaisir immédiat, qui ont des tannins veloutés et soyeux en bouche et une belle persistance fruitée. Intéressant. Problème de ces vins flatteurs:  en bouche, ils nous font vite déchanter. En outre, le vin doit-il se limiter à une "palette aromatique"? Le vin ne doit-il faire appel qu'aux sens? N'est-il pas aussi une invitation au rêve et au voyage? L'espagne, l'Italie, l'Argentine, la Californie! Ainsi la combinaison arômes fruités / pays du sud ne peuvent-ils pas conduire au plaisir? La question est posée.

"Oh, John, this red wine gives me the impression of being in Venice or Barcelona!"

"Yes, bien que we are only in la Garenne-Colombes, my love."

Battre la chamade. Après ces quelques réflexions, il semble qu'un très bon vin du Languedoc puisse correspondre à l'être tant prisée. Mais si le Languedoc est une terre exceptionnelle de beauté, de parfums et d'émotions, ils ne répondent pas intrinsèquement au critère "tannins veloutés ou fondus". Ils peuvent s'avérer un peu trop francs pour une première soirée. Le deuxième soir, par contre... De fait, en l'état actuel des choses, j'opterais sans hésiter une seconde pour un vin espagnol. Veloutés, élégants, soyeux, mais non dénués de personnalité et de virilité, ils sauront s'adresser subtilement à l'inconscient de celle qui battre la chamade votre coeur fait. Je pense de fait à un vin qui se voit abondamment vanter sur vinsurvin: VAL DE LOS FRAILES de la région Castilla y Leon. Cependant un SANGRE DEL TORO, de Cataluna (Bodega Torres) convaincra votre héroïne.

"Oh, John, take me in your arms!"

"I would love to, but you know I lost my right arm at the war in Bosnia."

Voilà, si après dégustation de telles merveilles les choses devaient tourner au vinaigre, la rédaction ne saurait être responsable des dommages inhérents aux échecs de ses lecteurs.

Le semaine prochaine: quel vin pour rompre?

Rediffusion. Première parution le 14.02.2007.

samedi, 01 mars 2008

La décision que je n'ai pu prendre.

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VINSURVIN EST EN VACANCES. DIEU MERCI, J'AI FINI PAR TROUVER LE SEUL CAFE INTERNET DANS CES MONTAGNES PYRENEENNES. IL FAUT DIRE QU'IL ETAIT BIEN CACHE. INUTLE DE VOUS DIRE QUE VOTRE HUMBLE SERVITEUR SE REGALE AVEC LES VINS DU SUD-OUEST... JE SUIS TOMBE SUR UN PECHARMANT !!! SANS COMPTER CE PETIT COTES DE SAINT-MONT. COMPTE-RENDU A LA RENTREE !

N'OUBLIEZ PAS LE PROCHAIN TUPPERWINE DU 11 MARS 2008 ET LE QUIZ QUI VOUS PERMETTRA DE DECROCHER UNE INVITATION. C'EST LES VACANCES, ALORS JE VOUS PROPOSE UNE REDIFFUSION D'UNE PETITE NOUVELLE FAITE-MAISON. ET PUIS, IL Y A DE QUOI LIRE PAR AILLEURS!  A TRES BIENTOT.

    L'heure était grave. J'en aurais tiré les rideaux, fermé les volets, mis les drapeaux en berne tant un séisme s'apprêtait à bouleverser ma vie. Simple évolution chimique ou vrai désir de changement, j'étais en train de devenir différent. Ou complètement fou. Déraisonnable. Ou psychotique. En tous cas, je m'apprêtais à prendre une terrible décision.

   Voilà longtemps que l'idée germait, que je me disais franchement ce serait mieux comme ça. Réfléchis, la vie ne serait pas pire, tu ne t'en porterais que mieux. Bien sûr, au début tu éprouverais quelques difficultés, mais avec le temps... Et puis tel un Jack the Beanstalk, le projet mûrit, l'objectif germa. Et la sentence tomba, un beau matin, au levé du lit, comme ça, soudainement. Sur le coup cela me surprit  un peu. Je m'étais déjà senti capable de grandes décisions, de prises de position franches et définitives (comme débarrasser la table ou descendre les poubelles une fois par semaine) mais cette attitude radicale ne ressemblait pas aux traits de caractère que l'on m'attribue volontier. Non, c'est vrai, je suis plutôt du style consensuel, diplomate, souple. Empreint d'un caractère certes affirmé, trempé même à bien des égards, je suis d'une tendance vigoureusement nonchalente, voire énergiquement flegmatique- par déformation professionnelle certainement. Peut-être finalement avais-je trop abusé. Peut-être avais-je accumulé un certain nombre de signaux forts qui devaient un jour resurgir, comme ça, un matin, à 6h50, au son de France Info.

   J'essayai de m'interroger sur cet état de fait, sur cette transformation, pour ne pas dire, cette mutation. Vers Dorothée, ma femme, je me tournai.

   "Mais oui, c'est ça, et demain tu y reviendras. Tu en es tout simplement incapable!" me dit-elle, l'air circonspect.

Je consultai un ami passé par cette phase voilà quelque temps et son verdict fut sans appel:

   "Ce n'est pas une décision facile, c'est certain," m'avoua cet ami fidèle," mais si tu sens que c'est le moment, il ne faut pas hésiter. Ceci dit, je suis assez surpris que cela te prenne à l'âge que tu as. Peut-être faudrait-il que tu prennes conseil auprès de ton médecin?"

   L'idée m'avait effleuré l'esprit mais les mots prodigués par un ami (ayant vécu le même syndrome qui plus est) me confirmèrent dans l'idée qu'il fallait effectivement que je me penchât sur la question plus en profondeur.

   "Ecoutez, pour ne rien vous cacher, il est vrai que vous commencez un peu tôt. Je n'y vois pas pour autant de signes avant-coureurs de quelconque traumatisme symptomatique d'un dérèglement psychomatique. Bien au contraire..." analysa le Dr Chardonnet. 

   "Vous me rassurez, docteur!" l'interrompai-je avant qu'il ne poursuive.

   "Cependant, je préférerais que vous fassiez des examens complémentaires." Ces derniers ne donnèrent rien et mon médecin traitant ne vit pas d'inconvénients à ce que j'appliquât mon plan.

   Le premier week-end ne fut pas facile mais je parvins à combler ce léger manque par des substitutions très convaincantes. Je ne remplaçai pas un élément par un autre, loin de là, mais je sus je pense ouvrir les yeux sur des apsects gustatifs de la vie que j'avais négligés, voire méprisés, jusqu'à présent. Ma femme ne me regarda pas d'un si bon oeil et finit par me dire qu'elle se sentait un peu inquiète. Au fil des semaines, elle me trouva différent. Pas mieux, pas pire. Simplement, différent.

   Un mardi soir, après que nous eûmes accompagné nos convives sur le pas de la porte, Dorothée se tourna vers moi et me dit d'un air grave:

   "Il faut qu'on parle. Ca ne peut pas durer comme ça."

   "Mais bien sûr ma chérie, de quoi s'agit-il?" lui demandai-je l'air inquiet mais ayant toute fois une vague idée du sujet qu'elle s'apprêtait à aborder.

   "Ecoute, depuis que tu as pris cette décision, je te l'ai déjà dit, je te trouve..."

   "Différent." l'interrompis-je d'un ton affirmatif.

   "Différent. Je te trouve, je ne sais pas, comme habité par une certaine mélancolie. Les dîners entre amis manquent de cette patte qui était la tiennne lorsque l'avant repas était ponctué de ce rite immuable." confia-t-elle un peu désabusée.

   "Mais, écoute, laisse moi un peu le temps de m'adapter, de m'accoutumer à ces nouveaux usages." rétorquai-je.

   "Je ne suis pas certaine que cela te convienne et que cela soit une bonne chose pour ta santé et pour notre vie sociale." argumenta-t-elle.

   Cette conversation revint sur le tapis à plusieurs reprises non seulement entre moi et ma femme mais également dans la bouche de mes amis les plus proches. Je sentais en effet que Dorothée se faisait de plus en plus vindicative et que mes amis tendaient à décliner mes invitations de plus en plus régulièrement. Je dus donc bien me rendre à l'évidence et revenir sur ma décision. Ce ne fut pas une chose facile. Je me voyais face à un vrai dilemne: m'enferrer dans mon jusqu'au-boutisme au risque de perdre mes amis - voire ma femme - ou m'assouplir et revenir sur un aspect de ma vie sociale qui, il est vrai, avait jusque là suscité bien des polémiques. Ma tête et mes jambes m'en tiendraient certainement rigueur: c'est pour elles que j'avais pris cette décision. Elles qui m'avaient parfois fait tant souffrir les lendemains de "bouffes" entre copains ou de diverses fêtes en famille.  Migraines et crampes, en effet, agrémentaient souvent les petits déjeuners, et les longues heures qui les suivaient. Elles furent de fait les facteurs déclenchant.  Cependant, je dois avouer que  j'étais nostalgique de ces parfums, ces arômes et ces découvertes sans cesse renouvelées que mon ancienne vie me procurait. Ma décision était prise, j'allais revenir sur ma décision!

   Je décidai alors d'organiser un grand dîner pour fêter la nouvelle. Et de remettre à table l'élément qui avait suscité tant de controverses: le vin.   

 

mercredi, 06 février 2008

Le Breton qui ne valait pas un coup de cidre.

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- Mais attends, moi le vin, j'en n'ai rien à foutre! Franchement, le rouge, ça me donne des aigreurs et le blanc, bonjour la casquette le lendemain, avec tous les sulfites qui mettent dedans! Et puis, attends, à côté d'un bon coca bien frais! Tu vois ce que je veux dire! Non, moi j'achète du pinard pour inverstir. Tu comprends ça? In-ves-tir!  

Erwan Quéméneur, son associé, resta coi. Et Enzo di Talamani poursuivit.

- Tous les marchés se cassent la gueule! Tout le monde nous dit "les liquidités s'amenuisent". Ah bon? Tu vas voir si les liquidités s'amenuisent quand on va faire des "par 10", des "par 20", des "par 50" avec nos châteaux! Je vais leur en donner moi des liquidités!

A ces mots, Talamani se regarda dans la vitre, qui faisait un effet miroir, la nuit tombant. Il remit sa cravate en place, examina ses dents et son nez, puis balaya son bureau d'un franc revers de la main pour se saisir de ses clés. Talamani était un homme longiligne, au front dégarni, avec de faux airs de Claude Papi, légende du football bastiais. Il portait des costumes cheap, et toujours un peu larges pour sa frêle carrure. On ne le croisait jamais sans sa sacoche en bandoulière. Les deux hommes quittèrent le bureau, la journée était terminée.

Quéméneur, fermé comme un cabernet 2006, mais franc, le regardait. Pas qu'il l'admirait. Pas qu'il le détestait. Il ne savait pas trop. Ce bordelais d'origine corse était une vraie usine à idées. Constamment en effervescence. Seulement, ces idées, elles, aboutissaient rarement, car il ne savait pas bien s'entourer. Cependant, quand ça payait, ça payait. Au prix de certains règlements de compte, mais bon. Son cousin Paolo n'attendait qu'une chose, lui faire la peau pour l'avoir fait hypothéquer, à tort, sa maison, en 1976 : cette dernière étant maintenant la propriété de l'administration française ; un ancien camarade de classe (Morazzani) se vantait aux quatre coins de l'Ile de Beauté qu'il avait mis un contrat sur la tête de ce falchettu culibiancu qui voulait toujours la botte piena e la moglir ubriaca. Le corse poursuivit.

- Ecoute Quéméneur. Tu mets 2OOOO€, je m'occupe du reste. 2OOOO€ aujourd'hui, je t'en promets 1OOOOO dans cinq ans.  

- Et si on n'arrive pas l'écouler, le vin? s'inquiéta Quéméneur.

- Attends, regarde Château Pavie : il avait des stocks à ne plus savoir quoi en faire de son bordeaux. Grâce à trois 100/100 chez Parker, il a tout refilé aux amerlocs! Il suffit de leur faire croire à eux ou aux japonnais que Parker a super bien noté notre cam, et roule ma poule! A nous les cling-cling! Figure-toi que j'ai fait faire 10 tampons "Note Robbert Parker", de 90/100 à 100/100. Deux "b" à Robert, les japonnais n'y verront que du feu! 

Quéméneur avait bien 2OOOO€ mais il voulait refaire la toiture de sa maison secondaire au Crotoy. Sa femme y tenait. L'eau coulait dans la salle de bain et les déperditions de chaleur étaient considérables. Ca ne pouvait plus attendre. Investir dans le vin demanderait beaucoup plus de patience qu'investir dans des SICAV monétaires ou chez France Télécom. En même temps, vu la mauvaise santé de la bourse en ce moment, c'était peut-être le moment d'investir dans autre chose. Et puis, une fois fortune faite, au lieu de refaire une toiture, il vendrait la maison dans la Somme et achèterait un appartement au Grau du Roi. Jeannick en rêvait depuis si longtemps. Et puis, leur couple battait un peu de l'aile depuis un certain temps : c'était l'occasion rêvée pour recoller les morceaux.

Sans même consulter sa femme, il fit savoir sa décision à Talamoni dès le lendemain au travail. Ils créèrent une SARL dans les semaines qui suivirent, firent le tour des négociants dans le bordelais, mirent la main sur des stocks considérables de 1999 et de 2002, qualifiés d'"hétérogènes" par les adeptes du politiquement correct, d'"invendables" par les anti-langue de bois. Ils se le feraient livrer par transporteur et le garderaient dans l'entrepôt de la société.

Rapidement, ils entrèrent en contact avec le marché japonnais. Le vin se vendit comme des petits pains, avant même exportation au pays du soleil levant! Et la plus-value fut, en effet, astronomique. Après dégagement des charges diverses, c'est un magot cinq fois supérieur à l'investissement de départ qui se profila à l'horizon. Ce qui permettrait de dégager un bénéfice considérable et de réinvestir de la même façon, pour s'enrichir de nouveau puis réinvestir, s'enrichir, investir, s'enrichir... Le Talamoni avait donc eu raison : l'investissement dans le vin valait son pesant de cacahuètes. Quéméneur commençait à être riche. Très riche. Mais il en voulait plus, désormais. Bien plus, lui, ce fils de fraiseur-tourneur. Vint le jour de la réception du vin, par transporteur.

- Bon, j'ai pas pris d'assurance sur le transport. Trop chère, annonça Talamoni à son partenaire.

- T'es fou ou quoi?! Imagine si on se les fait piquer ou s'il y a un problème, s'étrangla Quéméneur.

- Mais y'aura pas de problème! D'ailleurs, j'ai mis tout l'investissement sur ton compte, puisque c'est toi qui a les fonds, poursuivit le corse.

- Quoi?! Mais t'es complètement givré! Si on pomme tout, t'imagines, c'est moi qui perds tout! Toi, tu t'en sors tranquille, vociféra le breton.

- Oui, mais dans le cas contraire aussi. C'est une question de confiance. Tu me fais confiance au départ. Je te fais confiance à l'arrivée... Ma, cé pa diffichillé.

- Bon sang, mais t'es pas possible.

- De toute façon, Quémé, il est où le problème? Le vin... il est là!

Talamoni se dit que ce Quéméneur était vraiment un amateur. Aucun sens des affaires, aucun cran, aucun sens de l'initiative, ces bretons. Tout juste bons à pêcher la sardine. Enfin, après lui avoir rafflé sa mise, l'avoir dépeucé de son livret bleu au Crédit Agricole, il n'en entendrait plus parler. Par la fenêtre de son bureau, Quéméneur vit le camion pénétrer dans la cours de la modeste entreprise. Par une porte dérobée, il quitta les lieux, enfourcha son vélo et disparut dans la brume.

Deux silhouettes se dessinaient à l'intérieur du Saviem. Talamoni, déjà dehors et chaud comme la braise, les aida à manoeuvrer et attendit que le 3,5T se garât.  Ce dernier tendit les bras au ciel et s'exclama : 

- Ah, Dieu merci, bonne mère, sous le soleil de Bastia, vous êtes arrivés!

Chose étrange, les deux hommes, le visage masqué par des cagoules, descendirent du camion par le côté opposé à Talamoni, comme pour s'en protéger, si bien que Talamoni ne put les distinguer.

- Baisse tes bras Talamoni, Falchetu Culibiancu, figlio di putana, mitrailla l'un des deux hommes, dans un accent saccadé.

Il ne fallut pas deux heures à Talamoni pour comprendre qu'il avait affaire à Paolo et Morazzati. Vite, il courut se réfugier dans l'entrepôt.

- Paolo, mon cousin, mon frère! Restons calmes! Tu sais tout le bien que je pense de toi, tenta Talamoni qui cherchait à gagner du temps comme le font les vrais gangsters dans les films américains histoire de réfléchir à un plan ou à une contre-attaque qui leur permettrait de se sortir des beaux draps dans lesquels ils se sont foutus malgré que leur mère leur avait pourtant prévenu de pas faire de bêtises comme leur père, leur grand-père, leurs frères et leurs oncles qui étaient des exemples pour la famille et la Corse entière mais qui pour des raisons obscures avaient été gangrènés par les esprits du mal comme on les trouve en Sicile. Alors que Talamoni était en pleine réflexion, une première balle fusa.

- Talamoni, c'est pas toi qu'on veut, immbéchillé du maquis ardéchois, c'est Quéméneur, cria l'un des deux hommes masqués.

- Quoi?

- Quéméneur nous a fait miroiter qu'on gagnerait des milles et des cents si on investissait dans le vin avec lui, et qu'en prime, on te mettrait la main dessus et on te ruinerait. Ca nous ferait une belle revanche en prime. Alors, nous on a suivi. Tout l'argent du casse de la préfecture et du salon de coiffure d'Anna Maria di Calvi y est passé. 600000F corses.

- 200000€, lui chuchotta l'autre.

- Ouais, 200000€, ça fait pareil, non? lui répondit Paolo. Je lui dis 250000$? Ca fera plus?

- Peut-être, ouais.

- A l'heure actuelle du marché en cours, ça fait dans les 250000 dollars. US. Tou undrid hand faïfti saouzent dollarz, US.

- Oui, bon, accouchez! Il est où le problème? Je n'y suis pour rien là dedans, moi! interrompit Talamoni qui commençait à perdre les pédales.

- Le problème? C'est que ce marin d'eau douce a encaissé la mise (ainsi que ton fric) et nous a fait hypothéquer notre bar-tabac à Ajaccio. Nous somme ruinés! Tout ça pour investir... dans deux palettes de cidre breton éventé.

 

mercredi, 02 janvier 2008

Golden Sémillon.

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Dans un accent proche de celui d'Edouard Balladur, perché sur son estrade, le commissaire-priseur abattit son maillet à tête d'ivoire contre sa table et s'exprima d'un ton monocorde et ennuyeux.

- Messieurs, dames, je vais vous demander de faire silence, les enchères vont débuter.

Mais personne ne semblit entendre la voix de cet homme court sur jambes et rond de visage. Une perle de sueur naquit sur son front dégarni puis se laissa allègrement glisser le long de sa tempe, avant de contourner, de façon presque réfléchie, un grain de beauté diforme. Lui qui détestait vendre les biens des pauvres gens insolvables mais reconnaissait volontier que le métier contenait quand même certaines joies, comme lorsqu'une larme coulait sur la joue d'un heureux vainqueur, se leva de sa chaise. Ce qui ne le rendit guère plus impressionnant. Il reprit sa respiration.

- Je vous demande de vous arrêter!     

Sa voix dérailla sur la dernière syllabe de "arrêter" et semblit crisser comme les roues métalliques d'un train sur une voie ferrée. Le son fut effroyable et l'assistance se tut. Le commissaire reprit, d'une voix blasée.

- Premier lot. Une caisse en bois de chêne français comprenant 12 bouteilles, 75cl, de bordeaux supérieur 1970. Les informations complémentaires apparaissent dans les livrets qui vous été remis à l'entrée. La mise à prix est de cinquante centimes d'euro. Un peu cher, pensa-t-il en baissant la voix. Qui pour cette caisse?

Les bras commencèrent à se lever et la vente se poursuivit dans la bonne humeur, si ce n'est lorsqu'un homme souffla à son voisin que l'année dernière à Pessac il avait fait une super affaire grâce à son beau-frère qui bosse dans le vin (il est livreur de restaurants) et qu'il avait ramené du sauterne à 1,10 la bouteille.

Dans l'assemblée, assis au fond, monsieur Sémillon, dans sa veste marron, attendait son tour avec impatience. Prends ton temps, se disait-il, ce n'est pas le moment, attends sagement qu'un grand cru débarque, et là, tu fonces. Monsieur Sémillon avait vaguement entendu parler de Haut-Brion, Lascombes, Montrose, la Lagune... Pas qu'il était connaisseur en vin (il n'aimait que le bergerac et le sauvignon), pas qu'il était fortuné (il vivait d'une modeste retraite de boucher-désosseur), pas qu'il était bête (il avait eu son CAP au bout de la troisième fois), non, il était juste lui, monsieur Sémillon, Hubert Sémillon.

Monsieur Sémillon assistait à des enchères pour la première fois, il ne connaissait pas très bien le principe mais avait une vague idée de leur fonctionnement. On donnait un prix (le monsieur sur l'estrade), les gens levaient la main pour faire monter les prix. Au bout d'un moment, celui qu'il considérait comme une sorte de président de séance décomptait, un peu comme au catch, et puis le dernier à avoir eu le bras bien haut remportait la mise! Facile. Fallait pas sortir de Saint-Cyr pour comprendre ça.

Au bout d'une bonne heure d'enchère le monsieur-sur-l'estrade prit un ton solennel pour annoncer l'ultime et dernière vente. Monsieur Sémillon comprit alors que, enfin, un grand vin allait être mis aux enchères. Il était venu avec 75€. 75€! Quelle somme, près de 500 Francs! 500 Francs dans une bouteille de vin : inimaginable! Le jour où son beau-père, qui se plaint constamment de la médiocrité du vin bu chez les Sémillon, goûterait un vin à 500F, ça lui en boucherait un coin, à monsieur-le-directeur-des-ressources-Zhumaines. Par ailleurs, monsieur Sémillon avait bien un peu d'argent de côté (2625€), mais, pas question d'y toucher! Lui et sa femme avaient économisé des années pour pouvoir payer un beau mariage à leur fille unique, Marie-Claire. Et cet argent lui était destiné.

- L'enchère pour ce superbe magnum de Château La Clotte, grand cru classé de Saint-Emillion, 1969, démarre à 50€. 50€, qui dit mieux?

- Cinquante Euros?!, s'exclaffa monsieur Sémillon sans même se retenir. A peine eut-il le temps de se remettre de son émotion qu'il entendit :

- 100€, monsieur avec la cravatte verte à pois jaunes. 150 à ma droite, madame, (assise, là avec l'espèce de roquet sur ses genoux, se dit-il)... 200 au fond, 250 ici, 300€ pour le monsieur au chapeau... 300€, parfait! Allez, on continue pour ce superbe Saint-Emilion 1969. Oui! 400€, 500...

Les enchères abordaient maintenant des sommes faramineuses et monsieur Sémillon se liquéfiait sur sa chaise. On pénétrait dans les hautes sphères des gens du grand monde et Sémillon se rendit alors compte qu'il aurait dû sauter sur l'occasion avec cette caisse en bois. Abattu, désespéré et choqué par tant d'argent dépensé dans du vin, il faillit s'étrangler quand il entendit tou saouzend iouroz. Même les américains s'y mettaient! Ce vin de Bordeaux, symbole par excellence de la culture Française, allait filer en Amérique sans même qu'un français ne l'eût goûté. Ce magnum de 1969, année de mariage de monsieur et madame Sémillon, traverserait l'atlantique et serait bu par d'autres directeurs des ressources Zhumaines, d'autres chefs, d'autres Mes-sieurs et Mes-dames et bla bla bla... C'en était trop. Notre homme se leva, enfila sa veste et s'apprêta à partir lorsqu'il aperçut son beau-père assis au premiers rang. Le bruit de la chaise de Sémillon le fit d'ailleurs se retourner, lui et d'autres enchérisseurs. C'est alors que son regard croisa celui de Sémillon qui ne put s'empêcher de lui faire un signe du bras, à la suite duquel le commissaire-priseur rétorqua :

- Oui, monsieur à la veste marron! Bravo monsieur! 2700€ pour ce magnum 1969! Qui dit mieux? 2700, une fois, 2700, deux fois, 2700, trois fois? Adjugé!!!

lundi, 17 septembre 2007

Le paletoquet de bistrotier.

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- Alors mes bons princes! Je vous trouve bien dubitatifs devant ma carte des vins! Attendez, je vous explique, vous m'avez l'air un peu perdus, là. C'est peut-être parce qu'il n'y a que du bon vin! Faut le savoir! Non, mais, c'est vrai que parfois les gens connaissent pas trop les noms des vins, alors il savent par trop... Alors? Qu'est-ce que je vous sers?

Après le vernissage de l'exposition photo sur Joy Division chez Agnès b. et avant de nous rendre au Gibus pour un hommage au groupe du même nom, un petit blanc s'imposait. Pas que le gamay en bag in box proposé chez la styliste nous rebutait... Juste une envie d'"un peu mieux que ça quand même". Les bons bars à vin sont légion dans le quartier Montorgueil et il ne serait pas difficle de trouver une bonne carte où les blancs rivaliseraient de noms aussi prestigieux que Pouilly Fuissé, Sancerres, Ménetou Salon, Chablis ou Montrachet. C'est alors que nous fîmes la découverte de ce bistrot à vin. La somptueuse décoration fin 19ème ne pouvait guère laisser insensible.

- Heu, m'aventurai-je, le Château de l'Hoste, c'est un blanc?

- Ah, bah, non, c'est un rosé! Y connaît rien en vin, c'est pas possible?! Ha!

Ca devait être ça.

Une dizaine de vins apparaissaient sur l'ardoise. Leur couleur n'était pas indiquée, région d'origine et millésime non plus. On reconnaissait çà et là quelques vins "connus", dont les noms m'ont déjà échappé. Je ne me souviens guère aujourd'hui que de celui que nous fûmes contraints de choisir, puisqu'aucune autre solution ne s'offrait à nous. Il s'agit d'un bourgogne aligoté. Un bourgogne aligoté. Dans un bar à vin. Quartier de Montorgueil. J'ai honte. Je sais je dois en décevoir plus d'un. 

- Un alogoté? Très bien, s'enflamma le patron.

Quelques minutes plus tard, il revint avec une demie bouteille d'aligoté, propriété d'un des ces négociants verreux.

- Goûtez-moi ça. Ah, non, c'est du bon ça, s'empresssa-t-il de nous mentir, le marchand de tapis.

Le vin, servi dans des verres laids n'avait aucun nez. En bouche : rien. Le vide intersidéral. Je n'ai pas les mots. L'impression qui dominait : une vulgaire acidité aux allures d'aigreur de lendemain de fête tentant péniblement de se hisser le long de la gorge trois minutes après chaque gorgée. La rondeur excessive s'approchait sensiblement de l'eau de bain que mon psychopathe de cousin Christophe me faisait boire sous la torture quand il venait en vacances depuis son 9-3 natal. "Tu dis à ma mère, je t'explose." 

- Alors mes bons princes? C'est pas bon ça? nous demanda l'inculte de service.

- Combien ça fait? lui répondit-on.

- 10€ seulement mes seigneurs. Déjà sur le départ? s'inquiéta l'espèce de vieux fût ferrugineux.

- 10€? Sur le départ? Oui, conclua-t-on, incapables (chose étonnante) d'émettre le moindre signe d'antipathie ou la moindre critique pour cet espèce de sinoque : la couche étant trop épaisse, vraisemblablement. Trop de boulot en somme. Une chose était acquise : il menait sa boutique, acquise depuis un mois et demi, droit au (kir) mur.

Je critique souvent les bistrotiers français pour la médiocrité des vins servis dans leurs cafés, brasseries, pubs et autres restaurants ; pour le plaisir qu'ils semblent prendre à servir des vins absolument infâmes à leur clientèle, ou pour leur méconnaissance totale du vin français : ces muscadets indigestes, ces rosés aigres et roses bonbon, ces rouges de fonds de cuves... C'est un fait, une très grande majorité de tenanciers de base français nous servent de la merde. C'est pourquoi, je suggère que, de même qu'un médecin ne peut exercer qu'avec des diplômes, l'on instaure un diplôme de connaissance des vins français à tous les paletoquets, qui, pignon sur rue, font l'apologie du mauvais goût dans notre pays.  

samedi, 18 août 2007

Du vin à 99 pour sang.

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Aujourd'hui, j'ai reçu un coup de fil important. Il provenait du Centre de Transfusion Sanguine de Rennes (CTSR), suite au don de sang (enfin, de "sang") que j'ai fait cet été en Bretagne. Si Sous le Pont Mirabeau Coule la Seine, rien n'est moins sûr que sous mon épiderme coule du sang.

- Monsieur Vinsurvin? me demanda une voix féminine se voulant rassurante.

- Lui-même, répondis-je, un large sourire au lèvre.

- Mademoiselle Garou à l'appareil, je suis médecin recallé des hôpitaux de Dunkerque et je vous appelle suite au don de sang (enfin, de "sang...") que vous avez bien voulu consentir cet été en Bretagne.

- Heu, oui..., répondis-je, essayant tant bien que mal de dissimuler une inquiétude grandissante. Que va-t-elle m'annoncer mademoiselle Garou? Que j'ai une cirrhose? Que je n'en ai plus pour longtemps à vivre? Qu'il faut que je fasse mon testament? "A mes enfants les CD je lègue. A ma femme le découvert je cède. Avec moi le vin j'emporte." 

- Rien de grave Monsieur Vinsurvin, tenta-t-elle vainement de me rassurer, ne vous inquiétez pas. Avez-vous un peu de temps à m'accorder afin que je vous fasse un rapide compte-rendu des analyses effectuées sur les 75cl de sang (enfin, de "sang"...) prélevés en juillet dernier dans notre centre de Binic?

- Rien de grave? Mais je ne m'inquiétais pas! Comme si je me faisais un sang d'encre! répondis-je avec le cran (et l'humour) qui me caractérisent. A ce moment là, ma voix sembla comme dérailler, trahissant un perte de contrôle de la maîtrise de mon calme. Je vous écuuuute.

- A la lumière des analyses et des recherches complémentaires effectuées sur un échantillon de votre sang, il apparaît que non seulement ce dernier ne peut être transfusé à aucun patient mais qu'en outre il semblerait qu'on ne puisse décemment appeler ce qui coule dans vos veines du sang tant ce dernier est marqué, si ce n'est contaminé, à 99%, par une présence excessive de vin multicépagé, m'expliqua la dame d'un trait, un peu comme les commentateurs de courses hippiques dans les 200 derniers mètres avant l'arrivée d'Idéal du Gazeau au Prix d'Amérique en 1983 quand tonton Jean-Clause faillit m'arracher le bras au bord de l'hippodrome de Vincennes tellement il était sûr qu'il allait remporter le tiercé dans l'ordre. Puis elle ajouta qu'elle me passait le docteur Dracu qui me fournirait des éléments supplémentaires.

A ces mots, je n'eus pas de coup de sang à proprement parler. Bien au contraire. Hors de question de me faire du mauvais sang puisque je n'ai pas le vin mauvais. Je gardai donc, comme d'habitude en pareilles occasions, mon sang froid. Cependant, bien qu'ayant le sang chaud, qui peut se plaindre d'avoir ce noble liquide à couler dans ses veines?

- Ui, 'teur Acu à l'abareil, 'bjour. J'eus immédiatement l'impression d'être en communication directe avec Michel Rocard revenu du diable-vau-vert. Puis il poursuivit. Il apparaît donc, comme vous l'expliquait ma consoeur, que nous sommes manifestement en présence ici d'un phénomène dit d'acidocétose aigüe combinée à une méthémoglobinémie (dite de Dionysos) symptomatique de l'oenophile urbain. En clair, il faudrait modérer vos...

- Consommations, l'interrompis-je, je sais, un verre ou deux par semaine, c'est encore trop?

- Mais pas du tout! Vos angoisses! Il faut modérer, voire maîtriser, vos angoisses. Parce que, pour faire simple, quand certains se font un sang d'encre, vous, vous voyez tout de suite rouge. Alors qu'il n'y a pas lieu.

A ce moment là, il y eut un blanc. Puis il reprit.

- Ne vous inquiétez pas il s'agit d'un phénomène classique et votre cas est bénin comparé à d'autres. Nous avons toutes les raisons d'être optimiste! s'enflamma-t-il pendant que je me liquéfiais sur place.

- Optimiste, c'est-à-dire?

- Il s'avère qu'après analyse de votre... vin, par nos plus grands sommeliers, la dominante syrah-grenache-carignan est excellente : très belle couleur rubis profond, nez expressif dévoilant des notes confites de fruits mûrs réhaussé d'épices douces et d'un boisé déjà bien fondu. La bouche est ample, soyeuse, dense et pure, relativement complexe, soutenue par une fraîcheur fruitée et des tanins fermes. La finale est longue, soutenue par les fruits et les épices. Vraiment un très beau millésime! Voilà qui vous met en outre à l'abri d'un grand nombre de soucis cardio-vasculaires! 

- Pas de quoi s'inquiéter alors? 

- Pas de quoi.

- Vraiment?

- Du tout.

- On ne change rien?

- Consommation de vin modérée, alimentation soignée, activité sportive régulière. Et brossage de dents matin et soir. Voilà, au revoir, monsieur.

- Au revoir docteur. Et merci!

- Oh, une dernière question. Dites-moi? Où donc achetez-vous votre vin? 

mardi, 12 juin 2007

Sujet de Philo

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Vous n'êtes pas sans savor le grand philosophe (de comptoir) que je suis. Imbibé ou non, les aléats de la vie, les traquats du quotidien, le contexte politico-économique mondial, les fluctuations de la bourse, me poussent parfois, chantre que je suis, à la chansonnette, au poème ou tout simplement... à la réflexion! Diable! Véritable musique de l'âme, la philosophie ne permet-elle pas de s'acquitter de quelques fardeaux et de laisser vaquer l'esprit à quelques escapades impromptues? Oui, cela ne veut rien dire, je sais, mais, n'est-ce pas le lot que réservent à cet art ancestral ces faquins d'élèves pour qui la philosophie se résume à  des "Ca craint, mon portable a plus de batterie!" ou des "C'est chaud, y'a Kevin qu'a perdu son casque"? Je me suis donc laissé aller à quelques pensées autour des sujets "tombés" lundi. Attention, âmes sensibles, s'abstenir.

SULET L (Littéraire) : Toute prise de conscience est-elle libératrice?

Il s'agit ici de définir la "prise de conscience" avant de considérer que dans certains cas elle est, en effet, libératrice et que dans d'autres elle ne l'est pas. Bien au contraire. La difficulté à "prendre" conscience peut sous-entendre que le sujet soit dans un état éthylique avancé mais surtout, comme nous le verrons, inconscient. De fait, son état, pour une raison ou pour une autre (mais qu'est-ce que la raison?), nécessite une prise de recul lui permettant d'évaluer la situation dans les meilleures conditions. Vous me suivez? Car, la conscience morale implique la présence, en chacun, de valeurs qui l'aident à définir ce qui lui paraît bien ou mal. Un sujet consommant deux à trois unités de vin par jour peut être soumis à une prise... de poids. Mais peut voir ses risques de problèmes cardio-vasculaires nettement amoindris par rapport au buveur d'eau. Dans ce cas, ce dernier, jusque là inconscient, peut prendre conscience que cesser de boire de l'eau et se mettre à boire du vin ne peut lui être que libérateur.

SUJET L - Les oeuvres d'art sont-elles des réalités comme les autres?

Réalité et fiction, art et matérialisme, épicurisme et stoïcisme sont autant de thèmes qui s'opposent et continuent de faire débat. Qu'est-ce que la réalité? La réalité existe-t-elle? A quoi doit-on et peut-on la soumettre? Chacun est en droit de se forger sa propre réalité, dans les limites de la liberté d'autrui. Si l'on considère qu'un vin est une oeuvre d'art, car d'une qualité remarquable, car pur produit d'un artiste doté d'une magie, d'un savoir-faire hors du commun et conférant au sublime, ce n'est pas forcément une réalité, pire, ce n'est pas nécessairement la réalité! Car ce qui est réel pour moi ne l'est pas forcément pour le commun des mortels. De même que si je dis "ce vigneron a réellement l'art de faire de la merde", ce point de vue purement subjectif que j'estime réel ne peut s'inscrire que dans la réalité d'amateurs qui, comme moi, ont bon goût et récusent l'obstination qu'ont pléthore de vignerons à produire du vin fade, dépressif et sans relief; mais correspondant à ce que recherche la majorité des français! On peut alors se demander si la majorité est la réalité.

L'on pourrait également disserter sur les sujets des autres séries. C'est d'ailleurs ce que je vous invite à faire en laissant vos commentaires. "Le désir peut-il se satisfaire de la réalité?", "Que vaut l'opposition du travail manuel et du travail intellectuel?" (série S), "Peut-on en finir avec les préjugés?",  "Que gagnons-nous à travailler? (série ES)".

Reste une question entendue récemment et à élucider: "J'étais ivre mort et j'ai pas pris ma bagnole... c'est bien, non ?"

mercredi, 30 mai 2007

Ce vin est chaud!

 

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"Excusez-moi mademoiselle, mais le vin est chaud..." 

Nous avions pourtant déjà dîné dans cet excellent italien de la rue des Dames et il n'y avait eu rien à redire sur le vin. Peut-être fut-ce parce que nous n'avions bu que du blanc et que les restaurateurs n'étant pas si incultes que certains veulent bien le dire, ils savent que le vin blanc, ça se sert frais. Pas de chance cette fois-ci, le Montepulciano d'Abruzzo (rouge) avoisinait les vingt degrés, et sans exagérer. L'on m'avait dit que les italiens buvaient le vin chaud, voire tiède, mais à ce point là.

"Oui, cé norRRRmal é, il fait chaud Ann ce moment. C'est oRRRageux," me rétorqua la serveuse en roulant les "r" tel un berger corse. 

Je parvenai à garder mon sang froid et à prendre une distance raisonnable entre l'absurdité de son argument et la gravité de l'événement grâce à cette maîtrise de mon corps et de mes nerfs que l'on ne me discute plus depuis longtemps. Garder la situation under control et keep cool: tel était mon leitmotiv. Maintes fois ai-je vécu dans ma vie des situations de crise dites désespérées. Et maintes fois ai-je tempéré grâce à l'équilibre ying/yang que m'a enseigné un maître en la matière dont je dois taire l'identité aujourd'hui pour des raisons politiques.

"Ecouter mademoiselle, entamai-je en arborant mon plus sourire, qu'un vin se serve chambré, c'est une chose, mais qu'il donne l'impression qu'on se trouve en bas des pistes de Couchevel en est une autre."

"PeRRRsonnellement, je préfèRRRe Val GaRRRdena...," me rétorqua l'employée au cheveux longs et blonds, et aux allures d'actrice italienne sur le déclin. C'est vrai qu'elle me faisait à penser à une actrice. Mais la quelle?

"Non, mais, oui, d'accord, heu, enfin, on s'éloigne du sujet," m'embrouillai-je fasse à la pause photogénique de mon interlocutrice.

"Ma, mais quand le vin est trop fRRRais, ce n'est pas bon non plus," me dit-elle dans son assurance la plus inébranlable.

Ca y était. On sombrait le pathétique. L'arrogance ingénue du sosie de cette ancienne actrice de films X ou Y (ma pensée se faisait de plus en plus précise) commençait singulièrement à m'exaspérer pendant que mon vin, sous la chaleur de la salle, semblait faire des bulles. Les lapalissades fusaient et les inexactitudes allaient accourir.

"Mais ce n'est pas le problème mademoiselle, essayai-je vainement de rectifier, ce vin est chaud!" L'impression de me retrouver dans une série de la Quatrième Dimension des frères Bogdanov me gagna soudainement. Comment pouvait-on à ce point s'enferrer dans un argumentaire aussi éloigné de la réalité et aussi invariablement défectible?

"Vous avez vu les stations de métro feRmées à cause des pluies toRRRRRRRRRRentielles qui sont tombées sur PaRRRis aujourd'hui? Vous avez vu?" me demanda la serveuse, mains posées sur le bassin, regard fougueux et ton incisif. 

"Oui , mais..."

"Et la foudRRRRRRRRRe? Ces tRRRRRRRains BLOqués. Ces gens ap...euRRRRés. Cette chaleuuuuRRRR dans les tRRRRRansports en commun. Cette chaleur! Cette moiteur! Moi j'ai mis 2h15 pour veniR au boulot! Deux heures et quart. Et vous, tout ce qui vous omnibulle c'est un verre de vin à la tempéRRature légèrement supéRRieure à la noRmale? Mais il a un teRRRRmomètre ou quoi Albert Simon pour me diRRRRe que mon vin fait vingt degrés?"

"Non, mais, ce n'est pas gr..."

"Non mais vous entendez ça?" s'adressa la serveuse aux clients qui s'intéressaient à la scène depuis un moment déjà. "Monsieur tRRRouve le vin tRRRRRRRRRRRRRRRRRop chaud!!!"

Les gens attablés commençèrent à échanger des paroles, certains à s'offusquer, et un brouhaha de plus en plus infernal envahit la salle. La Miss Azura 1983 allait la boucler après que les gens se soient plaints eux aussi du mauvais service. "Trop chaud, trop chaud... mais ce vin est à parfaite température," entendis-je surgir du fond de la salle. J'écarquillai les yeux. "Ce rosé est très frais, comme il faut," dit une petite voix non loin de moi. Je tournai la tête à droite, à gauche, pour suivre les déclamations de ceux que la serveuse avait dû payer. "Je suis sommelier, mon Côte Rotie fut servi à température idéale," renchérit une voix rauque. J'hallucinai. "Je suis magasinier en électroménager. Je viens de vérifier la cave Euro, R.A.S," confirma un jeune homme. "Je suis oenologue, enchérit un grand sec à moustache, la cave est à 12 degrés avec un taux d'hygrométrie à 70%, c'est parfait." Seul un homme muni d'un sonotone ne prit absolument pas part aux échanges. Il ne leva même pas la tête une seule fois, concentré sur son tiramisu qu'il était.

Il ne pouvait s'agir que d'une mise en scène, pire, d'une conspiration, me dis-je. Où est la caméra m'entendis-je dire à un moment? Qui me joue un tour? Suis-je éveillé ou s'agit-il d'un cauchemard? Peut-être étais-je entrain de me faire des idées tout simplement. En face de cette sulfureuse serveuse, je ne savais plus à quel saint me vouer.

Puis, à l'image d'un Pipo Inzaghi, la serveuse leva les bras au ciel et fit "Basta!" Le bruit assourdissant des clients révoltés céda soudain la place à un silence d'été calabrais. Une quinzaine de paires d'yeux se braquèrent vers moi de concert et la serveuse qui s'était éloignée pour débarasser une table s'approcha vers moi. Ses talons claquaient sur le carrelage. Je sentis une goûte de sueur glisser le long de ma tampe. Mon coeur se mit à battre la chamade. Un air d'harmonica à la Ennio Morricone résonna dans ma tête. J'avalai le peu de salive qu'il me restait, tendai le bras pour boire une rasade de vin avant de me raviser pour ne pas faire preuve d'incohérence devant le parterre de figurants acquis à la cause de l'ancienne égérie des étalons italiens nés dans les années 60. Son rouge à lèvres. On ne voyait que ça.

"Alors, monsieur MercuRRRRRe? Il y a un pRRRoblème avec le vin ou tout va bien?"

"Ecoutez, je crois que c'est parfait, répondis-je fébrilement. Je pense même que je vais en reprendre un verre!"

"Et bien voilà, me fit la serveuse, satisfaite, pendant que la salle poussait un ouf de soulagement. Giuseppe, amène-moi des glaçons per il regazzo, qué jé lui mette dans son vin, il ne l'aime pas à l'italienne."

La salle reprit ses activités culinaires, les employés se mirent à vaquer à leurs occupations quand l'homme au sonotone héla la serveuse dont le prénom par "CI" devait commencer mais cela restait vague dans mon esprit, secoué que j'étais encore suite à ce qui eut bien failli tourner en tragédie romaine.

"Excusez-moi, mademoiselle, mais mon capuccino est froid..."

 

dimanche, 20 mai 2007

Service (mal) compris

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Cecilia-Ann, Monte Carlo, 1954.

"Non mais regarde moi ça!" me chuchotta un jour Cecilia-Ann tout en pointant du doigt un verre de Puligny-Montrachet 1989 que le sommelier du Velouria venait de nous servir. Cecilia-Ann, une collègue avec qui j'entretins des relations amicales pendant trois années et demie, avait beau être américaine, elle avait, en matière vinicole, ce qu'il conviendrait d'appeler de la bouteille.

"Je sais, la couleur est magnifique", lui répondis-je.

"Je ne te parle pas de la couleur, nerd!" me dit-elle. "Je te parle du service!"

En fait, j'avais bien remarqué: le verre - à Bourgogne - était rempli au 3/4, constituant de fait une erreur de service. Mais sur le coup, je n'avais pas réalisé que Cecilia-Ann faisait référence à cet aspect du service car il est impossible que quelqu'un - quiconque - ne soit aussi concerné que moi par ces détails qui font la qualité d'un service. Et fatalement, d'une soirée.

Je suis persuadé que certains serveurs ou patrons de restaurants désignent un client bouc émissaire par service afin de mettre un peu de piment dans leur travail. Ce couple qui entend passer une bonne soirée en sera pour ses frais. Et j'ai souvent l'impression que le couple, c'est moi. Quelques conseils pour bien énerver un magnaco-gastronome.

Le premier cas de figure porte sur le serveur en tant que tel et plus précisément sur ses conseils oenologiques.

Dans un premier temps, nous pensons avoir choisi nos plats. Nous avons fait en sorte de prendre tous deux le même type de mets afin de choisir une bouteille qui s'accordera (parfaitement) avec ces derniers. Essayez une fois (chez vous!) de manger  du poisson avec du vin rouge: si vous ne connaissez pas encore le goût de l'iode, l'expérience est édifiante!

"Vous avez fait votre choix messieurs, dames?" nous interroge le maître d'hotel, posant son regard sur celui de ma partenaire.

"Pour moi, ce sera le caneton aux deux pommes soufflées et sa valentinoise."

"Très bien, excellent choix madame. Et pour monsieur?"

Très bien, excellent choix madame. Et pour monsieur? Sa voix nasillarde raisonne dans mes oreilles et je trouve qu'il en fait déjà trop. Va pas falloir qu'il se plante sur le vin. "Le carpaccio de Canard à l'ananas et au gingembre".

"Très bien" fait-il en prenant note - prétextant la décontraction mais raturant nerveusement le mot "carpaccio". Me trouve-t-il un peu retord? Pense-t-il que son bouc émissaire ne sera pas facile à faire mijoter ce soir? Quoiqui'l en soit, il semble que je vienne de marquer un point.

"Avez-vous choisi quelquechose à boire?" nous demande-t-il, respectant scrupuleusement la litanie du bon service. Puis, se penchant vers moi, il me chuchotte presque à l'oreille: "Permettez-moi de vous conseiller le Chateau Brun Despagne 1992. Il est fa-bu-leux!"

Ca y est. Il me conseille! Non, mais, écoutez-moi ce philistin! Il me fatigue. Il m'agace. Il m'exaspère. En une seule phrase, il a trouvé le moyen de réunir les trois arguments les plus rédhibitoires qui soient lorsque l'on me conseille un flacon. Un: j'abohrre le Bordeaux. Deux: 1992 est une année exécrable. Trois: "fabuleux" est l'adjectif le plus ringard qu'il y ait pour qualifier un vin.

"Vous n'auriez pas un Pécharmant par hasard?", je demande, les yeux encore sur la carte avant de les lever et de lui adresser mon plus beau rictus.

"Oh, Monsieur a de l'humour je vois! Heu... Qu'est-ce à dire?"

"Un vin du sud-ouest. Pour aller avec le canard. Le Pécharmant. Quoi."

"Oh, je crains que non Monsieur. Mais le Chateau Brun est très bon."

Vous avez des caisses à refourguer ou vous avez des actions sur votre Chateau Brun? Ai-je envie de lui demander.

"On va prendre le Château Toumillon. 1989" Ce Graves de chez Marie-France Sevenet-Lateyron conviendra parfaitement.

Le deuxième cas de figure porte sur le service du vin.

Lorsque la bouteille commandée arrive débouchée sur la table, je ne puis m'empêcher de lever la tête en direction du serveur afin d'attirer son attention, espérant  m'entendre dire: "Quelquechose ne va pas Monsieur?". Malheureusement, dans ce cas de figure, le serveur s'empresse de tourner les talons et de s'intéresser à la table voisine: "Tout s'est bien passé messieurs, dames?"

"C'est pour l'aérer, darling," me console Cecilia-Ann.

"Ce n'est pas pour l'aérer, Cecila!", lui retorque-je, feignant l'humilté.

 "Ann. Cecilia-ANN," corrige-t-elle, agacée.

"Oh, pardon, honey! La technique est bien connue! Pour ne pas gaspiller ou perdre de l'argent, on prend l'entonnoir et on gave une bouteille des restes de la veille." lui réponds-je essayant vainement de contenir un agacement grandissant.

Au terme de ce dîner qui se sera somme toute très bien déroulé (le Graves était parfait), notre serveur, qui ne sera pas tout à fait tombé sur le "pigeon" qu'il aurait souhaité griller, réussira un dernier tour de passe-passe en comptant non pas une mais deux bouteilles de vin!

"Oh, pardon, Monsieur, manifestement il y une erreur, je suis terriblement confus. Mais que puis-je faire pour réparer cette grossière erreur?"

Vous taire et nous laisser partir.

 

mardi, 08 mai 2007

VINSURVIN : LE LIVRE! (Enfin, presque...)

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VIN SUR VIN, Michel Droulhiole, Edition Leduc.s

Et voilà. Cela devait arriver. VIN SUR VIN publie son premier ouvrage. Dionysos sait combien il était important pour votre humble sommelier (vous remarquerez le glissement sémantique qui s'est opéré ces derniers temps de "serviteur" à "sommelier", non mais pour qui il se prend?) de rester dans l'anonymat. Tel un grand majestueux flacon de Puligny-Montrachet 1959 (je ne vais tout de même pas me comparer à un bordo cru bourgeois "rien" 2002), je souffrirais de la lumière. Pas décidé à m'enferrer dans l'obscurantisme (que je combats - souvenez-vous de cette rixe qui m'opposa jadis au comte de Villiers, enterré 6 feet under depuis) et encore moins dans l'obscurité (j'ai peur du noir), l'idée de me retrouver dans la lumière m'effrayait quelque peu. Jusqu'à ce jour de mai 2007 (hier en fait).

Quelle est la première chose que vous faites le matin en vous levant? Allez, allez, pas de ça avec moi! Vous allumez votre ordinateur et consultez vos mails. Ayant éteint votre laptop la veille à minuit et des copeaux, il y a forcément de grandes chances qu'une avalanche de mails se soient abattue sur votre mail box entre 1h et 7h du matin. Normal. Ce fût pourtant le cas ce matin. En même temps, je n'ouvris ma boîte qu'à 7h15. Et là, à ma stupéfactude, que lis-je?

Bonjour,

Je viens de tomber par hasard sur votre blog "vin sur vin". Il a attiré mon attention car je suis attachée de presse d'une maison d'édition, Les éditions Leduc.s, 

Oh là, me dis-je, ça sent le droit d'auteur à plein nez. Je vais enfin connaître la gloire, les articles dans les quotidiens et les magazines nationaux, les interviews, Canal +, Cannes, Hollywood... Je me voyais déjà en haut de l'affiche:

"Fabrice Le Glatin, bonjour."

"Bonjour Michel Denisot (j'vous adorais quand vous commentiez les matches avec Cangioni, pu****, chu trop content d'être là!!! Par contre, chu pas tiercé, moi.)

"Hum, oui... vous venez de publier votre premier ouvrage, VIN SUR VIN, Comment s'y retrouver?"

"C'est exact, Michel Denisot, c'est exact." Etc, etc...

Enfin, je toucherais au quart d'heure de gloire promis par Andy Warhol. Quand tout à coup, que lis-je?

qui a publié en septembre un livre intitulé "Vin sur Vin", dont vous trouverez ci-joint le communiqué de presse.

Vous imaginez ma déception? Venir me narguer comme ça, moi. Je ressentai comme un arrière-goût de cru bourgeois "rien" dans le fond de ma gorge, et fermai ma boîte. Mais à dire vrai, je finis par me dire que c'était bien mieux ainsi. Je me souviens de Book Tours, cette nouvelle de Bill Bryson, dans laquelle l'écrivain britannique nous explique quel monde il découvrit lorsqu'il fit sa première tournée promotionnelle: sournois, superficiel et inintéressé.

Je tiens cependant à saluer le travail de ce Michel Droulhiole. Qu'il sache que malgré le plagiat qui semble patent, je ne lui intenterai pas de procès. Après tout, si vinsurvin opère une influence majeure sur le monde du vin et, accessoirement, de l'édition, ce n'est que la rançon du succès. Néanmoins, il fallait oser pour afficher des titres de vinsurvin en première page: Pouilly Fumé ou Pouilly Fuissé?, qui correspond mot pour mot à une note récente de la rubrique Le Saviez-Vous? En substance, si vinsurvin, le vrai, peut contribuer à la gloire de certains tout en restant un modeste petit blog, soit.

 
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