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mercredi, 13 mai 2009

Le Japanese Paradox

romaneconti.jpgLe vin français rencontre un vif succès au Japon. Sa consommation évolue et le rapport que les japonais entretiennent avec ces gouttes de dieu n’a jamais été aussi particulier : bars à vin, mangas, clubs d’œnophiles, sommeliers surdoués… Voyage au pays du soleil, le vin. Lire la suite sur vinsurvin 2.0.

dimanche, 11 janvier 2009

Des vins français buvables à moins de 4€?!

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En se balladant dans les travées des supermarchés, l'on trouve pléthore de flacons dont les prix fluctent entre 3 et 4€. Mais que valent ces vins? A qui s'adressent-ils? Présentent-ils un quelconque intérêt pour l'oenophile doté d'un sens du goût élémentaire?

Fronton 2002 à 3,95€. Côtes de Saint-Mont 2004 à 3,75€. Minervois 2004 à 3,49€! Pas cher le vin dans nos supermarchés! Et tous dénommés vins de récoltants! A quoi bon regarder la gamme au-dessus si, pour des sommes très raisonnables, l'on peut acheter du vin autour des anciens 24, 25 Francs (qui, accessoirement, coûtaient moins de 2O Francs avant le passage à l'Euro)? D'autant plus que les vins affichant des prix entre 6 et 9€ n'existent pour ainsi dire pas en supermarchés. L'on passe de suite à la valeur décimale. Alors, peut-on encore boire des bons vins français à moins de 4€?

Pour répondre à cette question, j'ai (une fois de plus) payé de ma personne. Afin de "travailler" dans des conditions les plus proches de la réalité, c'est à dire les conditions se rapprochant le plus fidèlement de celles dans lesquelles mes confrères dégustent et notent leurs flacons (Concours des Grands vins de Mâcon, Wine Spectator, Robert Parker... ), j'ai débouché 10 bouteilles de vin rouge dont les prix étaient inférieurs à 4,00€, et je les ai toutes goûtées, les unes après les autres, à l'aveugle (dans le noir), sur une période de cinq heures. Le résultat est édifiant! J'ai tâché le magnifique canapé en velour blanc, je suis sulfaté à l'excès  et suis au bord de la cirrhose. Conclusion sans appel: les vins à moins de 4€ ne valent pas un cachou. La semaine prochaine, les vins à 100€.

Critères de sélection. Trêve de plaisanterie, contrairement à celle de VINSURVIN, ma cave personnelle se voyant fort dépourvue de petits vins de pays sympathiques (pas que je n'aie que des Romanée Conti), et les invitations chez les vignerons de France et de Navarre se faisant rares ces derniers temps (ils préfèrent monter à Paris !), il ne me restait plus qu'une chose à faire: prendre mon caddie et me rendre dans mon supermarché Champion de l'avenue de Saint-Ouen. Promenade bucolique si l'en est. Tous ces bordeaux à moins 2€ en têtes de gondoles. Que du bonheur.

Critères de sélection (bis). Les critères, donc.

1. Le prix. Objectif, moins de 4€. Et pourquoi pas 3, et pourquoi pas 5? J'essaie de croire encore qu'entre un vin à 3€ et un à 5€, une différence de qualité nette doit se faire. Cependant, sachant que les supermarchés ont leur marge à dégager et qu'à l'achat ils tirent sur les prix, je vous laisse imaginer à quels prix les viticulteurs vendent leurs productions. 

2. Vins de récoltants: l'information apparaît en vert sur le goulot de la bouteille.

3. La sobriété de l'étiquette. Moins on en dit, mieux sait. 

4. "Elevé en fûts de chêne" n'est pas un critère, bien au contraire. D'autant plus que cela ne veut rien dire, à par faire plaisir aux amateurs de vin sans relief. Durée du passage en fût inconnue: 6 ou12 mois, cela n'a pas le même impact sur le vin. Type de chêne inconnu également: neuf, vieux, un an, dix ans? Au final, cette mention peut nous indiquer que nous aurons à faire à un vin sans réels arômes (absences de fruits dûes au bois), sans personnalité et se réduisant à un pur produit stéréotypé. Mais je ne généralise pas.

5. Médaillé à un concours: aucun intérêt quand on voit la tristesse de certains vins ayant obtenu l'or.

Les vins retenus.

1. Fronton, Relais du Comte de Négret, Sud-Ouest, 2002, 12%, récoltant. Elevé en fûts de chène. Jolie bouteille, étiquette orange, habillage sobre.

Robe intense, violette. Nez concentré de fruits rouges évoluant vers des notes de fruits mûrs, et plus complexes, de cuir. Bouche très aromatique, fraîche, presque gouleyante, très bien équilibrée. Un vin bien fait, agréable, tout simplement bon. Un rapports qualité/prix très intéressant.

2. Côtes de Saint-Mont, Duc de Termes, Sud-Ouest, 2004, 13%, vendange à la main, VDQS.

Une jolie robe sombre, cerise. A l'ouverture, nez réservé, presque fermé. Quelques notes de fruits noirs, de pruneaux, peut-être. Je le caraffe une bonne heure. Bouche relativement généreuse, grasse. Notes de bois humide, de sous-bois, de tabac. Sensation d'austérité. Vin fermé. Tannins discrets qui éclosent en finale: assez rustiques. Vin somme toute complexe, puissant, charpenté. Dans le verre (VINAO), des notes de fruits macérés dans l'alcool font nettement leur apparition. Le lendemain, toujours en caraffe, le vin s'est arrondi. Il reste relativement fermé mais s'équilibre convenablement entre fruits mûrs et boisé naturel. Il est encore jeune et méritera deux ou trois ans de garde. Ses rares tannins nous indiquent qu'on ne pourra le garder beaucoup plus longtemps. Offrira-t-il alors plus de bouquet? Evoluera-t-il sur le fruit ou sur des notes plus rustiques? S'ouvrirat-il? En substance, un vin de terroir très intéressant de par sa modestie, sa réserve et le temps qu'il semble demander à l'amateur de vin pour l'apprécier. Du beau travail pour un prix si raisonnable.

3. Château Millegrand, Minervois, Languedoc Roussillon, 2004, 13%, Elevé en futs de chène, médaillé d'or au coucours des G.V du Languedoc Roussillon en 2005.

Un nez  rond de fruits noirs et mûrs, assez agrable, enveloppé dans un cocon de bois assez exéburant, finissant par dominer, voire étouffer le fruit. En bouche, première impression favorable de vin bien fait, soyeux, velouté sur un volume oncteux. Trop même. Le bois prend outrageusement le dessus et les premiers arômes de fruits se font littéralement absents en bouche. Peu de corps, pas de tannins, pas de réelle complexité: un vin un peu stéréotypé. En substance, un vin qui donne l'impression d'être bon. Donc parfait pour des gens peu exigeants.

Conclusion. Sur trois vins à moins de 4€, achetés en supermarché, deux s'en sortent plus que convenablement, le dernier se montrant stéréotypé mais pas "mauvais". De fait, le dégustateur lambda y trouvera largement son compte. Doit-on conclure que les petites appellations, les vignobles les plus modestes conservent leur authenticité et ne répondent pas encore aux sirènes parkeriennes? Cela semble être le cas pour les 2/3.

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(1) Le Sud-Ouest en deux mots.

Sud-ouest ne constitue pas une seule et même région viticole. En réalité, il rassemble une quinzaine de petits vignobles, bien distincts. Ceux-ci s'étendent de la limite de la Gironde à la frontière espagnole. Ils suivent le cours des rivières, la Dordogne, le Lot, le Tarn et la Garonne.

Certains vignobles sont assez vastes et comptent entre 1 600 et 2 500 hectares. C'est le cas de Gaillac, Fronton et Vic-Bilh (1 600 dont 1 400 consacrés au Madiran). D'autres n'excèdent pas les 1 000 hectares, comme les Côtes-de-Saint-Mont et le Jurançon. Enfin, la plupart ont une superficie très modeste, comprise entre 150 hectares (Lavilledieu et Irouléguy) et 460 (Tursan).

On produit donc ici tous les styles de vins, des rouges charpentés et puissants aux rosés fruités et délicats en passant par les blancs secs et vifs ou encore les doux et liquoreux.
 

 

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(2) Le Minervois en deux mots.  

Le vignoble du Minervois est l’un des plus vaste du Languedoc Roussillon. Sur près de 15 000 ha de vignes, dont 5000 ha destinés à la production de vins d’AOC, la palette très large de vins de table, de pays et de cépages se complète de trois AOC distinctes : l’AOC Minervois, l’AOC Minervois – La Livinière et le Muscat de Saint Jean de Minervois. 

A côté d’une production assez confidentielle mais de grande qualité en vins blancs et rosés, vous trouverez en Minervois une large palette gustative de vins rouges qui se traduit également sur les tarifs de vente au consommateur. Vous apprécierez tout d’abord dans les premières cuvées (entre 3 et 5 € la bouteille) des caves et domaines du Minervois des vins friands, fruités, gouleyants, des vins de plaisir simple à consommer dans l’année ou sous deux ans. Légèrement rafraîchis (entre 14 et 16°C) ces vins rouges exalteront tous leurs arômes. En montant en gamme (entre 8 et 15 € environ la bouteille), on atteint les vins de terroirs, de vignerons, les cuvées exceptionnelles qui demanderont deux à trois ans pour vous être proposés dans leur plénitude.

VINSURVIN. 17.02.2007 

jeudi, 25 octobre 2007

Le beau blanc de Beaulieu.

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N’en déplaise aux amateurs de grands blancs (dont je fais partie…), ces chambolle-musigny, montrachets, sancerres, pessac-léognan ou alsaciens (pour n’en citer que trop peu) : je me prosterne ce soir devant un sauvignon ardéchois. Et c’est peu dire. VINSURVIN avait déjà évoqué le viognier (1) de la même région, divine surprise. Aujourd’hui, c’est un 100 % sauvignon qui me fait dire qu’outre la qualité remarquable de certains vins produits en Ardèche, cette région, qualifiée comme mineure dans le paysage viticole français, possède bien des trésors cachés.

Cinéma belge. Un homme, grand, sec, nu, au teint blanc et au physique ingrat, fait une course insouciante et insensée dans les dunes iodées d’Ostende. Affichant une joie infinie, une liberté insolente, un air indéniablement idiot. Ce n’est pas Jacques Brel. C’est Benoît Polvorde dans "C’est Arrivé Près de Chez Vous", chef d’œuvre du cinéma belge. Quel rapport avec ce vin ? Aucun, si ce n’est l’impression que ce dernier dévale les pentes de votre gorge avec une joie extrêmement communicante. Tel ce géni belge.

"Maman est dans les vignes". Découvert dans le petit village de Beaulieu (07), le domaine de Peyre Brune est un lieu soigné, bien tenu, et y on passerait volontiers quelques jours de vacances. Du calme, du soleil, de la sérénité. Ce qu’on est bien. VINSURVIN avait  déjà vanté le 100% merlot de ce domaine dont la valeur ferait rougir plus d’un AOC, pour un vin de pays… On y arrive après s’être annoncé par téléphone et c’est une jeune demoiselle qui se précipite au portail. "Maman est dans les vignes. Je l’appelle." A peine cinq minutes plus tard, une jeune femme souriante et décidée vient nous serrer la main : "Désolée, on prépare les vendanges !" Dans les vignes, dans le caveau, dans les foires, au bureau et à la maison : les vignerons n’ont pas le temps de s’ennuyer.

Un lobby du mauvais goût. Après deux mois passés en cave parisienne (épaisse meulière, 1880, sol sain, 70% d’humidité, 14°), ce sauvignon (à la robe or pâle aux reflets argentés et lumineuse) est ouvert pour un apéritif familial et c’est un florilège d’arômes fruités qui exulte in situ : salade de petits fruits blancs (cassis, pommettes), de fleurs blanches (chèvrefeuille, rose blanche) cèdent vite la place à des fruits rouges (cassis, groseille, et même fraise). L’attaque est franche, fine, pimpante. La bouche est fraîche, radieuse, élégamment élancée, d’une acidité bien équilibrée. Tout le monde est d’accord pour dire que ce vin est bluffant ; que c’est un pur bonheur. Votre humble serviteur est élogieux : lorsqu’un vin vous émerveille, il faut le dire. Les picrates sont tellement légion dans nos restaurants, nos bars, nos cafés et nos supermarchés (à croire qu’il y a un lobby du mauvais goût en France) qu’il faut faire savoir où se trouve le bon.

(1) cépage blanc très parfumé évoquant des arômes exotiques, engendrant le rare condrieu (vin produit en Rhône septentrional) et récemment adopté pour les vins de pays.

Domaine de Peyre Brune : Marina et Régis Quentin, Pléoux, 07460 Beaulieu. tél / fax : 04.75.39.29.01

dimanche, 16 septembre 2007

Ze bottle of ze wik.

medium_DSCF0101.4.JPGEt bien, elles sont deux bouteilles de la semaine, cette semaine, une bonne nouvelle n'arrivant jamais seule. Il s'avère que j'ai été confronté à un accident cette semaine. Rien de grave, je vous rassure. Un ami breton, fraîchement rentré de Berlin, a débarqué mercredi midi à la maison. Je n'allais pas lui faire boire l'Evian d'Hortense, ma fille (également fraîchement arrivée) de trois mois. Elle se porte bien, la maman aussi, merci beaucoup. A ce sujet, l'idée selon laquelle le vin est mauvais pour les femmes enceinte est vraiment reçue : malgré ma consommation hebdomadaire de vin (le dimanche devant le Jour du Seigneur) et quasi nulle de ma femme (et là, je suis sérieux), mes enfants sont en excellente santé, beaux et particulièrement bien éveillés! Pour preuve, Hippolyte a trois ans et sait compter (déjà) jusque deux. En même temps, leur père, enfin, je veux dire, bon, les chats ne font pas des chiens. 

Don't worry, Fleg. Une descente (en rappel) à la cave et le choix fut... relativement simple. Il faut dire que six étages en ascenseur, et quelques marches dans la fraîcheur de la cave, permettent une réflexion efficace. Je me suis vu, un jour, arriver en sueur au deuxième n'ayant pas encore trouvé ce que j'allais remonter de ma grotte d'Ali Baba. "Fuck, Georges, we are at ze second floor and we still haven't found the bottle of ze wik, come on, please, do something about it!" " Don't worry, Fleg. I guess I got it." "Oh, Georges, you're wonderful! What is it?" "It's a bottle of wine." "...".

Jennifer confond "beach" et "bitch". La première bouteille de la semaine nous vient d'Ardèche. Conseillée par l'ami Jean-medium_domaine_Forey.2.jpgDuc de Casteljau, elle fut découverte un jour de grand soleil alors que le nord expérimentait l'automne en plein mois d'août. Ouverte sur un steak de cheval (+ haricots verts au sel de guérande et pommes dauphines), elle s'est avérée bien plus que la bouteille de la semaine : c'est la surprise du mois (ou du chef). Quelle est-elle cette bouteille? Et bien, il s'agit d'une bouteille de vin. Pour ceux qui n'auraient pas suivi. Ceux qui sont assis au fond, auprès du radiateur. Ce vieux chauffage à bain d'huile âgé de quatre-vingts ans et tout pourri. Chaque hiver, lorsque l'administration le remet en route, on l'entend glousser, tousser, puis flancher dans une douleur noble mais touchante. C'est Moustapha qui s'est assis près de Arlette cette année (j'ai fini par lui donner un nom, celui de l'ancienne proviseure, on se connaît depuis tellement longtemps lui et moi). Problème, il ne permet pas une approche sereine de la langue anglaise. Voyez le pauvre Kevin l'année dernière qui ne savait toujours pas compter jusque deux en fin de terminale. Jennifer, une blonde souffrant d'un léger strabisme, qui confondait "beach" et "bitch". Basile, qui à "what's your name?" répondait "I live in Nanterre." 

Chaque gorgée est un délice. Une bouteille de vin, disions-nous. De vin rouge. Enfin, "rouge". Rubis foncé, soutenu, profond. Il s'agit en fait d'un vin de pays, 100% merlot, issu du village de Beaulieu, dans l'Ardèche-Sud, à deux pas du Gard, et élaboré au Domaine de Peyre Brune, par Marina et Régis Quentin (photo, ci-dessus). Le nez est gourmand. La palette olfactive (je viens de lire ça sur un blog, pompeux mais précis, non?) est généreuse : la cerise et les fruits rouges priment. C'est une délice. Nous sommes tous les trois le nez dans le verre, nous régalant de ces arômes. La bouche est vive, grasse et ample. Je la trouve même opulente. Le vin est puissant, charnu et bien équilibré. Chaque gorgée est un délice. Fredo me dit que j'aurais dû en ramener plus (que trois). Sauf que sur le coup, je lui trouvai un beau potentiel mais ne m'attendais pas à ça. Tout le contraire du Château de la Selve (Grospierre, 06, cuvée Beaulieu), qui me séduisit lors de la dégustation mais que j'ai trouvé décevant et surfait par la suite... 

La deuxième bottle of ze wik est également une belle surprise. Un pinot noir (Apellation Bourgogne Contrôlée, 2004, Domaine Forey, propriétaire à Vosne-Romanée), acheté cave Pouchet à deux pas de chez moi, que j'avais un peu délaissé (si ce n'est snobé) à la faveur de mes gevrey-chambertins et autres aloxe-cortons... que je regarde vieillir bien sagement. Ce midi, certains incultes auraient sorti la cavalerie bordelaise avec le boeuf-carottes de ma dame. Mais comment ne pas faire prôner un bourgogne sur la table? Comment donc? La surprise ne tient pas seulement dans ce nez discret, minéral et de petit fruit rouge. Rien de charpenté, d'ample et de gargantuesque : je suis interloqué par l'équilibre entre l'humilité, la finesse, la légèreté du vin et la richesse aromatique qu'il développe en bouche (fraise notamment). Gourmande et effilée, cette dernière est posée et insistante. Après renseignement, je lis que Régis Forey est un magicien dans le monde très fermé de la Vosne-Romanée. Tenant des méthodes traditionnelles d'élevage de la vigne et vinificateur talentueux, ses vins font partie des meilleurs du monde. Rien que ça.

La bouteille de la semaine vous intéresse? Le vin abordé sur ce blog vous met à l'eau à la bouche? Malheureusement, ce n'est pas toujours chose facile de se le procurer dans votre ville ou votre région. Entrer en contact avec VINSURVIN via vinsurvin2006@yahoo.fr, et qui sait, il pourrait se retrouver sur votre table incessemment sous peu.

lundi, 04 juin 2007

Le Muscadet: c'est plus ce que c'était.

 

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Afin de se recueillir, François Mitterrand effectuait l'ascension de la Roche de Solutré, Jean-Paul II embrassait le sol de son pays de pélerinage, Nicolas Sarkozy s'offre une croisière à quelques centaines de milliers d'€... Personnellement, lorsqu'il s'agit d'habiter ma fonction résidentielle (bretonne), je m'arrête "Chai Pierre", un hidalgo de caviste briochain de chez qui je sors systématiquement réjoui, serein, le pas léger et plein de couleur après que ce dernier m'eût fait déguster des choses dont la régularité qualitative est sans égale. Ces derniers temps, cet assemblage de coureur cycliste italien et de styliste sicilien m'a fait découvrir des muscadets qui feraient rougir plus d'un grand chardonnay bourguignon.

Arrivage de gerberas. Tel un disquaire fou de jazz avide de vous faire découvrir une réédition des plus beaux morceaux de Thelonious Monk ou de Michel Petrucciani, comme un libraire vous glissant dans la poche le dernier opus de Douglas Kennedy et à l'oreille que vous ne le paierez pas s'il ne vous a pas plus, ou encore à l'image de Stéphane, mon fleuriste avenue de Saint-Ouen, me saisissant délicatement le bras pour me conseiller vivement un arrivage de gerbera, Pierre Daniel a l'art et la manière de me verser dans un joli Mikasa des choses extraordinaires, dans des fourchettes de prix toujours très raisonnables.

L'excellence à 5€. Un bon caviste n'est pas seulement quelqu'un qui vous conseille la bonne bouteille au bon moment. C'est aussi quelqu'un qui vous réconcilie avec un vin. Prenez le muscadet par exemple : ce vin qui même accouplé à une liqueur quelconque vous laisse des mauvais souvenirs pendant trois jours. Ce vin dont le prix chaque année ne cesse de baisser: "0,35€ le litre? Attends, ils sont malades! Trop cher! A ce prix là, je prends une villageoise." Dionysos merci, Pierre est passé par là. Encore une qualité de ce jeune caviste qui montre son amour pour le vin: il trouve du bonheur et du plaisir dans des vins dont les prix commencent à 5€ pièce. La preuve, ce muscadet primeur 2006 du Domaine du Bois Brûley, conçu et mis en bouteille par Chéreau-Carré à Saint-Fiacre: enfin un muscadet pas recroquevillé sur lui-même, ouvert, fleuri et d'un équilibre remarquable. Je fus sidéré par le plaisir offert par ce vin.  Sans compter l'impressionnante liste de vins  qu'offrent ces vignerons. Un clin d'oeil au passage à Emmanuel Luneau à Vallet dont le muscadet ne me laissa guère insensible non plus. Comme si cela ne suffisait pas, la dégustation de vendredi dernier commença par un muscadet au nom bio-médico-bionique: l'Amphibolyte Nature 2006. Un vin bio de chez Joseph Landron qui me liquéfia sur place (un nez mentholé voire sur l'eucalyptus --comme trouvé  à Chinon d'ailleurs!, un vin vif mais tendre également, d'une belle minéralité, sur des notes pamplemousse). Leçon retenue de ces dégustations de muscadet de grand qualité? Force est de constater que le muscadet, autrefois relégué au rang des parias par des incultes de ma sorte, n'est vraiment plus ce qu'il était! Et l'année prochaine, pèlerinage à Saint-Fiacre!

Chai Pierre, 8 rue Michelet, 22000 Saint-Brieuc.

vendredi, 27 avril 2007

Touchez pas au Sacré!

medium_touche_pas....jpgIl est des trucs comme ça dans notre culture franco-franchouillarde qui nous laisseraient fort tristes si l'on devait tirer un trait dessus. Souvent le résultat de directives européennes mises en place par des gens qui n'ont que ça à faire, certaines décisions modifient considérablement notre quotidien, nous signifiant au passage que le temps suit son cours (ce qui ne veut absolument rien dire, je vous l'accorde) et que, effectivement, l'expression "c'était le bon temps" est loin d'être usurpée.

Ces petits trucs qui font notre identité, qui se transmettent de générations en générations, qui nourrissent les conversations et finissent par nous rendre nostalgiques ne cessent de disparaître à la faveur de la modernité et du changement, comme si certains dans les hautes sphères étaient fatigués de voir et revoir certains objets leur rappelant, non pas leur tendre enfance, mais au contraire, les pires instants de leur vie. Ces objets, pourtant si discrets et si désuets, leur projettent au visage un temps où ces pseudo-décideurs étaient les rejetons des écoles, les parias des lycées, les fléaux des universités. Alors, comme par vengeance, lorsqu'ils se voient accorder certaines prérogatives ou accèdent au pouvoir, le plus infime soit-il, ils se vengent. Pour ce faire, ils nous retirent, pire, ils tuent des symboles comme pour effacer de leur quotidien les séquelles de leur enfance malheureuse.

La disparition progressive du bouchon de liège est un exemple probant. Si la séparation des nouveaux bouchons (en plastique siliconé) du culot de la bouteille produit encore ce bruit inimitable (quoique une octave en-dessous et sonnant comme plus sourd), son esthétique est elle d'une laideur inégalable. Par ailleurs, il nous prive d'un moment de plaisir absolument incomparable: apporter à son nez le cul de ce bouchon de liège et en sentir les arômes.

A cause de ces nouveaux boucheurs (car je n'appelle pas ça un bouchon), nous voilà handicapés, que dis-je, orphelins d'une étape prépondérante dans la dégustation de notre vin. Des générations de tireurs de bouchons élaborés à partir de nos plus beaux chênes-liège doivent se retourner dans leurs caveaux à l'idée de voir le sort réservé à l'oenophile du vingt et unième siècle. Si ce nouveau bouchon, conçu à partir d'une matière que pas un d'entre nous n'est capable de nommer à première vue, permet de garantir une meilleure capacité d'exportation à nos vins, alors, cela ne nous regarde pas, nous habitants de ce pays. A moins que l'on importe notre propre vin?! S'il permet de limiter le goût de bouchon, alors je crie à l'hérésie et aux économies de bouts de chandelles. Car, rassurons nos vignerons: leur vin n'a que extrêmement rarement le goût de bouchon. Et quand bien même, est-ce un drame? Certes (mais simplement pour la digression), lorsque vous êtes invité chez des gens qui ne se rendent pas compte que leur vin est bouchonné, comment suggérer le léger désagrément? A ce sujet, je me souviens de notre concierge à notre annuel "immeuble en fête" de l'année dernière! Ravie de nous faire goûter un vin portugais absolument imbuvable et s'étonnant de ne pas voir le niveau de mon verre baisser, je dûs improviser: "juste un peu barbouillé aujourd'hui madame Da Costa...". Difficile de lui avouer devant un parterre de voisins l'impression que son vin avait macéré quinze jours dans un fût en liège. A moins que les portugais ne confondent "copeaux de bois" et "copeaux de liège"! (Pauleta si tu me lis, je t'adore.)

Pour revenir à ce fonctionnaire zêlé, je crois que ces jours derniers nous sommes tombés sur un cas sérieux de vengeance personnel. Après avoir essayé de faire disparaître les bouchons de liège de la circulation, voilà que l'on s'attaque aux bouchons-tout-court, pour les remplacer par des bouchons à vis! Là, on touche le fond. Vicieux le boutonneux à lunette à qui je piquais les billes en CM1 (c'est vrai que je l'ai particulièrement martyrisé Yvon Kervelen). Le bouchon à vis! Ce bruit pourtant relativement supportable à l'ouverture d'une bouteille de whisky apparaît comme un véritable tue-l'amour sur une bouteille de vin. Pire qu'un vent d'épouse au lit, ce dernier me donne des sueurs froides, me couvre de honte et m'a même procuré des vertiges lorsqu'il a fallu que j'ouvre un Côtes de Duras la semaine dernière devant un puriste qui voyait en moi une sorte de frère viticole. Nous ne nous fréquentons plus depuis. Alors, telle une Brigitte Bardot des bouchons de liège en voie d'extinction, je pousse un cri et demande solennellement aux influenceurs qui liront cette note d'arrêter le massacre. Naîtra d'ailleurs dans quelques jours, après parution au Journal Officiel, l'Association des Nostalgiques du Bouchon de Liège.

La prochaine étape regardera la défense des plaques d'immatriculation à la française que l'Europe envisage de nous sucrer. Pour des questions d'harmonie européenne, croyez-vous! Mais non, encore un fils à papa en culotte courte brimé en primaire et qui sait que là aussi, s'il parvient à éliminer le numéro de département des plaques (quitte à laisser les quatres premiers chiffres et les deux lettres du milieu, genre 2047 ZT, vous imaginez?), il prendra une revanche assez phénoménale. Mais que celui-là soit prévenu: si je n'entends pas un jour mon fils me demander "Papa, c'est quoi 34?", ou "Papa, c'est quoi 37?", je monte à Bruxelles, muni de quelques bouchons de liège, et ça chauffera pour leur matricule.

Note publiée le 10.09.2006

vendredi, 30 mars 2007

"Nîmes s'anime": précisions

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"La crise? Quelle crise?"

A lire certains vignerons (dixit Iris), j'ai eu semble-t-il une interprétation un peu trop pittoresque, onirique, ou littéraire de l'affiche de la Remise 2OO7, le jeudi 29 mars dernier; la situation des viticulteurs étant bien différente. Enfin, en même temps, qui va faire rêver les internautes si les vignerons ne peuvent plus le faire?! Donc, là où je devinais un homme "suspendu à un fil et muni d'une perche, [semblant] évoquer le subtil équilibre qui compose les vins du sud", les gens du métier verraient, eux, "un viticulteur suspendu sur une corde raide" et financièrement au bord du précipice. Là où j'évoque un vigneron "perché au-dessus de son pays, de ses vignes et de son histoire", d'autres voient un homme qui "comtemple une dernière fois son paysage aimé" avant "de se précipiter en bas". La situation est-elle si désespérée? Les amateurs de vin se mettent-il le doigt dans l'oeil en élevant la viticulture au rang des métiers mytiques?

Entre vision idéaliste et discours réaliste, entre passion et raison, enthousiasme et pessimisme, il semble que l'image que se font certains amateurs de vin soient loin du quotidien vécu par certains producteurs. Cependant, à bien y regarder, on a tout de même du mal à comprendre comment le pays roi de la viticulture par excellence depuis toujours soit atteint par une crise de la sorte. Si l'émergeance des vins du nouveau monde, de modifications dans les comportements sociaux ou encore de la peur du gendarme jouent des rôles prépondérants, difficile somme toute de justifier cette crise uniquement par ces seuls événements. On est efffectivement en droit se demander si la France, qui a les moyens de ne produire que du bon vin, n'aurait pas intérêt à vanter davantage les bienfaits du vin (français) et à élever considérablement le niveau de l'AOC afin de redonner à ce seigneur ses lettres de noblesse. En attendant, je vous propose un petit passage en revue "évolutif" de la situation sur l'état de la crise viticole en France.

  1. Ca va mal. 

La confédération des coopératives vinicoles de France (CCVF), réunie en congrès national à Labège, dans la banlieue toulousaine, entend lutter contre la grave crise frappant la viticulture, par une refonte complète de sa stratégie. wineatlas.net, 12/07/06.

« La situation est catastrophique : à l'exception de quelques niches comme le Chablis, ce sont aujourd'hui 80 % des viticulteurs qui sont en difficulté, y compris dans des régions prestigieuses telles le Beaujolais ou le Bordeaux », explique Denis Verdier, président de la confédération des coopératives vinicoles de France (CCVF). wineatlas.net, 12/07/06.

     2. Enfin, ça dépend pour qui...

Dominique Bussereau, le ministre de l'Agriculture, confiait encore récemment qu'« en réalité, nous parlons de crise viticole mais il y a aussi, à l'intérieur du vignoble français, des viticulteurs en bonne santé », wineatlas.net, 07/2005

De Châteauneuf-du-Pape à Rasteau, en passant par Tavel et Gigondas où les vendanges se poursuivent, les vins de la vallée du Rhône (sud-est), dopés par des marchés étrangers en forte progression et portés par les crus célèbres entrevoient la sortie de crise mais restent fragiles. wineatlas.net, 21/09/06.

     3. C'est la faute du consommateur: il est trop con pour savoir lire une étiquette. Il faut tout lui expliquer.

Pour Denis Verdier, président de la CCVF, « il faut simplifier l'offre, faire émerger des marques sur des produits de cépage, car le consommateur non initié est aujourd'hui perdu devant la complexité de ce qui lui est proposé dans les magasins ». wineatlas.net, 12/07/07.

Languedoc-Roussillon, Sud de France. Telle est désormais la dénomination du premier vignoble mondial qui s’unit pour partir à la conquête de nouveaux marchés, seule alternative à la sévère crise viticole actuelle. wineatlas.net, 27/02/07.

vinsurvin: Il n'y a qu'à carrément enlever "Languedoc-Roussillon", ni les français, ni les étrangers ne savent où sait. Même de Montpellier à Perpignan, on se demande. On pourrait écrire "Mauvais / passable / convenable / satisfaisant / bon / très bon / excellent / exceptionnel / inclassable vin rouge du sud de la France", en entourant la mention utile. Mais pas sûr que les gens comprennent.

     4. Il faut demander au client ce qu'il aime, et le lui faire. Comme à l'école, c'est l'élève qui décide quoi apprendre.

La solution prônée par la CCVF marque un tournant : il faut abandonner la culture de producteurs, encore trop tournée vers la défense syndicale, au profit de la culture d'entreprise tournée vers la satisfaction des besoins clients. wineatlas.net, 12/07/07

Il me faudrait des grands crus de Bourgogne aux alentours de 2€ pièce. Là, je serais satisfait. C'est possible?

     5. La solution: remplacer le vin par une boisson pour jeunes! Le jeune, il y verra que du feu, le jeune!

Cette recherche des goûts du client est illustrée par une communication faite lors du congrès sur le concept « WineHot », lancé par les Jeunes vignerons coopérateurs de l'Hérault qui vont prochainement déposer la marque : il s'agit d'un cocktail à base de deux tiers de vin, d'eau gazeuse et de sirop destiné au marché des jeunes adultes. wineatlas.net, 12/07/07.

C'est décidé, pour éviter que mes élèves ne boivent de cette infâme potion qui n'aura que pour effet de les habituer au sucre (comme si ce n'était déjà fait), de nuire à leur santé et de les éloigner encore plus du goût du vin, j'envoie une classe visiter un vignoble l'année prochaine. J'estime qu'il est aussi du devoir de l'Education Nationale d'initier ses jeunes citoyens à la connaissance d'un symbole aussi ancré, profond et fondamental de la culture française. L'occasion également de créer du lien et de la cohésion sociale autour d'un seul et même symbole. Qui pour acceuillir des lycéens de banlieues au printemps 2008?!

PS: A noter que le sujet avait déjà été abordé, ici, sur vinsurvin, le 1O décembre 2OO6.

samedi, 07 octobre 2006

Saveurs automnales

medium_confluence_Loire_vienne.jpgJe ne sais pas vous, mais ces températures qui se rafraichissent, ces feuilles qui jaunissent, cette humidité qui se fait de plus en plus insistante ont une incidence sur les vins que j'ai envie de boire. Au revoir gamays du Beaujolais, vins légers du Languedoc et des bords de Loire, place à des vins plus épais, plus concentrés, dégustés à températures ambiantes. A ce sujet, il se passe une chose extraordinaire en ce moment: il est des bouteilles qu'il ne faut pas ouvrir, pire, qu'il ne faut pas déranger! J'ai en cave un Pouilly Fumé (Jean-Pierre Bailly, Tracy/Loire)   décliné sur trois millésimes: 2003, 2004, 2005. Le dernier cité s'était avéré fantastique au mois d'avril dernier après quelques mois de mise en bouteille seulement. Figurez-vous qu'après deux tentatives en septembre et en octobre de cette année, il est actuellement "imbuvable". Les notes d'agrumes si franches il y a six mois ont complètement disparu à la faveur de notes plus florales mais bien plus complexes. La transformation la plus saisissante se situe en bouche: le vin dégage une acidité très prononcée. Explication comme je la vois: ce vin très jeune est rentré en phase d'hibernation! En pleine recherche de maturité actuellement (pour ne pas dire maturation, une des phases de la fabrication du vin), il a été ouvert en plein coeur de sa mutation, au moment ou alcools et fruits subissent des transformations fondamentales qui ne permettent pas d'apprécier la substance à sa juste valeur. Cet aspect permet aussi de se rendre compte que ce vin a (je ne dirais pas "besoin de vieillir" car on n'est pas sur un vin de garde) tout intérêt à être conservé en cave plusieurs mois. Ce n'est pas un vin nerveux comme on peut les rencontrer dans le sud de la France mais un vin vif, élevé sur du silex et qui a subi des niveaux de chaleur assez élevés. Il lui faut donc maintenant le temps de trouver une forme de plénitude afin qu'il puisse s'exprimer en toute sérénité dans les mois à venir. C'est l'avantage de la garde et de l'achat en plus ou moins grande quantité. Ils permettent de suivre des vins sur le terme (court, comme c'est cas ici; moyen sur une garde de dix ans; long sur une garde supérieure avec notamment des vins de Bourgogne ou de Bordeaux). La même chose m'était arrivée sur un jeune Chinon que j'avais trouvé assez puissant et racé à l'achat, chez Laurent Gilloire à Cravant les Coteaux. Quelques mois plus tard, j'avais ressenti les mêmes sensations qu'avec ce Pouilly. Le vin exprimait avec une exhubérance assez insupportable toutes les notes qui lui avaient conféré ses qualités quelques mois auparavant. Les notes de sous-bois et de champignons éructaient à outrance et j'avais l'impression d'avoir acheté un vin de table pour amateur de piquette. Qu'à ce la ne tint, je le mis de côté pour le réouvrir à l'automne. Le jour venu, le nez demeurait quelque peu incommandant mais le vin, gras, souple et ample, racontait les promenades en bord de Vienne et se maria sublimement avec une omelette aux chanterelles de la forêt de l'Hermitage-Lorge en Côtes d'Armor. Il me reste un certain nombre de bouteilles de ce vin de Loire et il me tarde d'aller en Bretagne à la Toussaint, cueillir des champignons (ah, ces odeurs de sous-bois...) et de déboucher un flacon de chez Gilloire, en famille.

 

vendredi, 08 septembre 2006

élevage sans saveur

medium_champagne.jpg

Bon, avant tout, remettre les pendules à l'heure et vous dire qu'il n'y a qu'un seul et unique VINSURVIN. Malgré tout le respect que j'ai pour le génial 20sur20 et pour le respectable 20survins et sans compter qu'il doit bien avoir un vainsurvain quelque part dans la blogosphère, je tiens à revendiquer la paternité et l'originalité de ce nom de blog, même si je n'ai aucune preuve. Appelons cela une introduction à cette 67ème "édition" de VINSURVIN. Tout cela sur le mode humoristique, s'entend. Bon, alors, un petit temps de repos après cette rentrée absolument ecstatique. J'ai quand même eu le temps de prendre quelques décisions:

1. Ne pas oublier d'arrêter d'enseigner dans une dizaine d'années. Soit, avant de devenir un prof aigri, blasé et psychopathe. Si ce n'est déjà fait et comme on en rencontre de plus en plus dans les couloirs du lycée. "Si ce n'est déjà fait" car ces symptômes ont pour particularité de ne pas être décelables par leurs victimes. "Vous devriez vous reposer Monsieur Le Glatin..." "Ah, mais certainement pas, tout va bien." "Alors que faites-vous perché sur cette armoire?"

2. Vendre l'appartement. Casser la tirelire. Acheter 2,5 ha de vignes et l'exploitation qui va avec. Faire mon vin.

N'ont-ils pas l'air heureux tous ces viticulteurs à qui les magazines nationaux viennent rendre visite une fois par an à l'occasion de la foire aux vins? N'ont-ils pas l'air fiers, immortalisés au coeur de leurs vignes grillant sous le soleil de juillet? N'ont-ils pas l'air satisfaits de voir les ventes redécoller et se porter de mieux en mieux malgré la crise qui entoure la profession? C'est une différence majeure entre cette profession et la mienne: j'ai beau ne plus avoir suffisament de tables et de chaises dans ma classe, la liste d'élèves ne cessent de s'allonger. Et plus ils sont nombreux, plus la qualité de l'apprentissage pâtit. C'est le contraire dans les vignes! Pour un même rendement, une vigne plantée à 3 000 pieds à l'hectare porte beaucoup plus de grappes (par pied) qu'une vigne plantée à 10 000 mais s'avère moins riche en sucre et en polyphénols (tanins, arômes...). On considère en effet comme plus à même pour la fabrication du vin une vigne de 10.000 pieds qu'une de 3OOO. Les pieds se font de la concurrence, leurs racines souffrent davantage et descendent plus profond pour se nourrir. Les sarments portent donc moins de fruits, mais ils sont plus concentrés. Plus ils sont nombreux en classe, moins ils sont sollicités. A 38 par classes en seconde, les élèves perdent le goût d'apprendre et peuvent difficilement percevoir les arômes qui se dégagent du plaisir de s'instruire. Certains ressortent donc sans saveur du systême scolaire. D'aspect pâle et trouble, leur présentation incite à la réticence. Aigre, court et sans saveur, leur discours n'a pas les notes gaies et fleuries de leurs camarades. L'argumentation est pauvre, sans relief ni rondeur. "Ecole" ne rime plus avec "viticole", "Lycée" avec "cuvée", "dissertation" avec "vinification". Le travail est dépourvu de références culturelles fondamentales: quid des Raisins de la Colère de John Steinbeck, de the Ballad of Reading Gaol d'Oscar Wilde, de The Garden Party de Katherine Mansfield, des ennivrements littéraires d'Ernest Hemingway ("Always do sober what you said you'd do drunk. That will teach you to keep your mouth shut.")? En finale, oscillant entre dilettantisme juvénile et réactivisme instinctif mais non réfléchi, l'ensemble nous emporte vers les abysses de la médiocrité. Les notes demeurent insuffisantes. Parker (Dorothy de son prénom) sanctionne.  On aimerait se fendre d'un You Were Perfectly Fine  mais c'est navré que l'on classera la performance au rang des travaux imbuvables. Il aurait fallu tailler plus tôt dans l'année. L'Europe préconise l'arrachage. N'allons pas jusque là. Mais ciblons mieux nos objectifs et donnons-nous les moyens de tenir notre rang afin de ne pas tomber dans certains travers éducatifs à l'américaine.

mercredi, 06 septembre 2006

2006: très bon millésime?

medium_mainraisin2.2.jpg

Quand on n'a pas le temps de mettre son blog à jour - Dieu sait que j'ai des choses à dire, surtout en période vendanges! - qu'est-ce qu'on fait? Et bien on conseille ses fidèles lecteurs de se rendre sur http://www.20minutes.fr/articles/2006/09/06/20060906-actu....

Quoi qu'il en soit, avec ce soleil au moment des vendanges, ça risque de nous donner des vins concentrés, ronds et riches en alcool ça! En attendant, on va se concentrer sur les foires aux vins et vous préparer une nouvelle sélection des meilleurs plans supermarchés pour les jours à venir, alors tenez-vous prêts!

 A très vite!

samedi, 02 septembre 2006

Vin au restaurant: ne pas se tromper!

medium_Domaine_Leccia.jpgOui, je sais, elle est facile. Mais c'est véritablement ce que nous avons ressenti hier soir Chez Ramulaud lorsque, enfin, nous avons pu porter ce beau verre de Patrimonio à nos lèvres.

Tout avait commencé par le choix du restaurant dans lequel nous allions pouvoir nous délecter d'une cuisine soignée et généreuse. La rentrée, ça donne faim! Trouver un établissement proposant une assiette à la hauteur de ce que nous espérons n'est pas difficile. Trouver un restaurant offrant une carte des vins digne du nom l'est plus. Comme c'est le cas dans de (trop) nombreux établissements français. Alors, pour ne pas se tromper, direction le Faubourg Saint-Antoine. Mon opinion ne cesse d'évoluer au fur et à mesure de mes passages dans ce restaurant du 11ème arrondissement. Hier soir, l'affluence et la lenteur typique de Dorothée pour faire son choix m'ont permis de consacrer un plus de temps à l'étude de la carte des vins et d'y constater un certains nombres de points tout à l'honneur de Gilles Bénart, patron de la maison.

La carte en elle-même est vaste et variée. Les régions de France les plus significatives y sont représentées mais on sent un net penchant pour la Bourgogne, le Rhône et le Languedoc Roussillon. La représentation de ces régions ne se limitent pas à un seul flacon et cela est remarquable. Avoir un Faugères, un Saint-Chinian ou un Pic Saint-Loup sur sa carte est déjà une chose formidable. Mais en avoir trois, quatre (voire plus) à suggérer... c'est du luxe! Et si je venais à dire à Monsieur Bénart que le Beaujolais souffre d'une réprésentation un peu légère (trois bouteilles dont un Fleurie et un Morgon, pas de Moulin à Vent ou de Juliénas), il trouverait bien un argument pour me justifier ce choix du type: "Attends bonhomme, un Morgon comme celui-ci, t'en reboiras pas de si tôt!".

Deuxième chose: le restaurant offre une large gamme de superbes vins entre 22 et 26€. On ne peut pas dire que l'on massacre sur les vins, contrairement à d'autres restaurants qui vous servent des piquettes à 35€.

A noter également le nombre de VDT et de VDP présents sur la carte. En clair, on vous sert du vin de table et du vin de pays! Certes, mais lorsque l'on connaît ses vignerons et ce qu'ils produisent, comme c'est le cas Chez Ramulaud, on a vite fait de piocher dans leur VDT tant certains sont somptueux. J'ai ouvert le VDT de Guilhem Coste (Monade 2001, Saint-Félix de Lodève, Hérault) cette semaine sur un cake aux tomates séchées. Après une aération d'une bonne demie-heure, ce vin de table fut sensationnel. Il faut savoir que la lourdeur et la stupidité administrative font que certains vins ne passent jamais en AOC, dixit Guilhem Coste.

Enfin, notre choix se porta sur un un vin corse, celui de Yves Leccia, qui se situe dans la région de Patrimonio (tout en haut de la Corse!). J'ai d'abord l'impression de boire un vin oscillant entre Languedoc et Italie, notamment pour son corps, voire son opulence, et sa concentration. Nous ne sommes pas sur de la syrah, du grenache et du carignan, cher oenologue... mais sur du 100% Nielluccio. D'une robe rubis profond au reflet grenat, il ne révèle pas en premier lieu les notes de fruits (mûre et cassis) que l'on s'attendrait à rencontrer. Non, dans les premiers instants qui suivent le carrafage, la bouche est marquée par des tanins relativement puissants mais qui se fondent délicatement pour laisser place à une certaine fraicheur. C'est dans la demie-heure qui suit que le vin se révèle pleinement: l'attaque est devenue extrêmement délicate, veloutée, presque sensuelle et les tanins sont soyeux. Les arômes m'emmènent-ils vers des notes de cacao, de tabac ou de cuir? Ce n'est pas le parfum surdosé de cette demoiselle qui passe à mes côtés qui va m'aider. D'autant plus qu'il sent mauvais. Le vin est complexe, assez déroutant, et demande du temps pour en subir toutes les subtilités. Un soir ne suffira pas. C'est tant mieux. Des fruits très mûrs comme la prune ou la quetche font leur apparition pour s'effacer au détriment des saveurs du maquis, du thym et de l'épice. Dorothée me dit: "C'est exactement ce que j'avais envie de boire ce soir." Tout est dit.

samedi, 08 juillet 2006

Dans le Monde des Vins Fins, la France aura toujours sa place.

Une nouvelle rubrique est entrain de naître dans VINSURVIN, et elle me tenait à coeur depuis bien longtemps. Même si cela sonne un peu ronflant, j'ai décidé de l'appeler REVUE DE PRESSE INTERNATIONALE, car il faut bien appeler un chat un chat. Son but, vous faire part d'articles tirés de la presse américaine (New York Times, Washington Post, et USA Today), et anglaise (the Times et the Guardian), traduits par mes soins, et  consacrés au vin.

Le site du New York Times nous gratifie ce matin d'un très bel article sur la place du vin français dans l'industire viticole mondiale intitulé In the World of Fine Wine, There'll Always Be a France. Un article écrit par Eric Asimov. Je vous en traduis la majeure partie.

medium_Sylvain_Pitiot_Bourgogne.jpg 
Sylvain Pitiot makes a grand cru Burgundy, Clos de Tart, in Morey-Saint-Denis, France.

Permettez-moi de parler brièvement en faveur de la France. Oui, la France, le plus grand pays producteur de vin au monde. Ne soyez pas si choqués. (...) Je connais toute la grandeur du cabernet Californien et du shiraz Australien et je comprends que les français soient à la traîne dans la commercialisation de leur vin, notamment dans l'idenfication immédiate de la provenance des flacons.

Néanmoins, personne n'égale la France lorsqu'il s'agit de fixer des niveaux d'exigence propres à une région viticole ou de produire une telle variété de vins constamment excellents. (...) Pourquoi me faut-il alors affirmer ce qui devrait être évident? Parce que, dans le Nouveau Monde, se dégage actuellement envers la France une forme de pitié et de jubilation pour une viticulture qui serait entrain de pourrir de l'intérieur. (...)

Le milieu des affaires voit une industrie fatiguée et vieillissante. A travers sa rigidité, sa bureaucratie et son manque de créativité, on reproche à cette France qui fut Jadis dominatrice de s'accrocher becs et ongles à des méthodes obsolètes et dépassées, et de ne plus pouvoir être compétitive face aux puissances modernes que sont l'Australie, les Etats-Unis, le Chili et l'Afrique du Sud.

Ceux qui éprouvent de l'amitié pour la France ne peuvent qu'hausser les épaules, soupirer et se demander: "que voulez-vous y faire?" Ceci dit, certaines des critiques les plus acerbes sont émises par les français eux-mêmes. En particulier par des producteurs issus des régions les moins prestigieuses ou par des entrepreneurs qui se sentent lésés par les lois dictées sur le territoire.

Mais, ne nous méprenons pas. Les problèmes français, pour ce qui est de la viticulture, sont nombreux. La consommation de vin des foyers s'est précipitemment écroulée. Car la culture qui prisait jadis de longs repas élaborés privilégie aujourd'hui paragmatisme et rapidité. La quête de productivité dans une économie mondialisée joue indéniablement un rôle dans la consommation lambda, pendant que des lois contre l'alcool au volant se font plus strictes. Les fortunes diverses rencontrées dans le Bordelais et dans le Languedoc sont bien connues, si ce n'est bien comprises. Sans compter que les parts de marchés des vins français à l'export ont également chuté. (...)

Si un nouveau déclin au bas de l'échelle de l'industrie du vin français aurait un coût social et humain terrible, il n'ébranlerait pas la grandeur des vins français. On peut imaginer que la France sera rejointe au sommet par des pays comme l'Italie et l'Espagne qui produisent des vins distingués et remarquables, comme le Barola ou le Rioja, et qui travaillent dur pour améliorer la qualité dans des régions distinctes longtemps ignorées.

Il est plus difficile d'imaginer des pays du Nouveau Monde, comme les Etats-Unis et l'Australie, atteindre le même pinacle. (...) Ce qui compte pour les vins du Nouveau Monde réside dans la façon avec laquelle ils ont amélioré leur qualité  à petite et moyenne échelle, au point qu'aujourd'hui  on peut affirmer que peu de mauvais vins y sont produits.

Non, la France fixera toujours un niveau d'exigence, faisant obstacle à toutes sortes de mouvements auto-destructeurs, comme saborder les règles de ses appellations. Mais si cela devait arriver, les Américains et le reste du monde auraient des raisons de la huer. 

http://www.nytimes.com/glogin?URI=http://www.nytimes.com/...

 
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