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dimanche, 11 janvier 2009

Des vins français buvables à moins de 4€?!

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En se balladant dans les travées des supermarchés, l'on trouve pléthore de flacons dont les prix fluctent entre 3 et 4€. Mais que valent ces vins? A qui s'adressent-ils? Présentent-ils un quelconque intérêt pour l'oenophile doté d'un sens du goût élémentaire?

Fronton 2002 à 3,95€. Côtes de Saint-Mont 2004 à 3,75€. Minervois 2004 à 3,49€! Pas cher le vin dans nos supermarchés! Et tous dénommés vins de récoltants! A quoi bon regarder la gamme au-dessus si, pour des sommes très raisonnables, l'on peut acheter du vin autour des anciens 24, 25 Francs (qui, accessoirement, coûtaient moins de 2O Francs avant le passage à l'Euro)? D'autant plus que les vins affichant des prix entre 6 et 9€ n'existent pour ainsi dire pas en supermarchés. L'on passe de suite à la valeur décimale. Alors, peut-on encore boire des bons vins français à moins de 4€?

Pour répondre à cette question, j'ai (une fois de plus) payé de ma personne. Afin de "travailler" dans des conditions les plus proches de la réalité, c'est à dire les conditions se rapprochant le plus fidèlement de celles dans lesquelles mes confrères dégustent et notent leurs flacons (Concours des Grands vins de Mâcon, Wine Spectator, Robert Parker... ), j'ai débouché 10 bouteilles de vin rouge dont les prix étaient inférieurs à 4,00€, et je les ai toutes goûtées, les unes après les autres, à l'aveugle (dans le noir), sur une période de cinq heures. Le résultat est édifiant! J'ai tâché le magnifique canapé en velour blanc, je suis sulfaté à l'excès  et suis au bord de la cirrhose. Conclusion sans appel: les vins à moins de 4€ ne valent pas un cachou. La semaine prochaine, les vins à 100€.

Critères de sélection. Trêve de plaisanterie, contrairement à celle de VINSURVIN, ma cave personnelle se voyant fort dépourvue de petits vins de pays sympathiques (pas que je n'aie que des Romanée Conti), et les invitations chez les vignerons de France et de Navarre se faisant rares ces derniers temps (ils préfèrent monter à Paris !), il ne me restait plus qu'une chose à faire: prendre mon caddie et me rendre dans mon supermarché Champion de l'avenue de Saint-Ouen. Promenade bucolique si l'en est. Tous ces bordeaux à moins 2€ en têtes de gondoles. Que du bonheur.

Critères de sélection (bis). Les critères, donc.

1. Le prix. Objectif, moins de 4€. Et pourquoi pas 3, et pourquoi pas 5? J'essaie de croire encore qu'entre un vin à 3€ et un à 5€, une différence de qualité nette doit se faire. Cependant, sachant que les supermarchés ont leur marge à dégager et qu'à l'achat ils tirent sur les prix, je vous laisse imaginer à quels prix les viticulteurs vendent leurs productions. 

2. Vins de récoltants: l'information apparaît en vert sur le goulot de la bouteille.

3. La sobriété de l'étiquette. Moins on en dit, mieux sait. 

4. "Elevé en fûts de chêne" n'est pas un critère, bien au contraire. D'autant plus que cela ne veut rien dire, à par faire plaisir aux amateurs de vin sans relief. Durée du passage en fût inconnue: 6 ou12 mois, cela n'a pas le même impact sur le vin. Type de chêne inconnu également: neuf, vieux, un an, dix ans? Au final, cette mention peut nous indiquer que nous aurons à faire à un vin sans réels arômes (absences de fruits dûes au bois), sans personnalité et se réduisant à un pur produit stéréotypé. Mais je ne généralise pas.

5. Médaillé à un concours: aucun intérêt quand on voit la tristesse de certains vins ayant obtenu l'or.

Les vins retenus.

1. Fronton, Relais du Comte de Négret, Sud-Ouest, 2002, 12%, récoltant. Elevé en fûts de chène. Jolie bouteille, étiquette orange, habillage sobre.

Robe intense, violette. Nez concentré de fruits rouges évoluant vers des notes de fruits mûrs, et plus complexes, de cuir. Bouche très aromatique, fraîche, presque gouleyante, très bien équilibrée. Un vin bien fait, agréable, tout simplement bon. Un rapports qualité/prix très intéressant.

2. Côtes de Saint-Mont, Duc de Termes, Sud-Ouest, 2004, 13%, vendange à la main, VDQS.

Une jolie robe sombre, cerise. A l'ouverture, nez réservé, presque fermé. Quelques notes de fruits noirs, de pruneaux, peut-être. Je le caraffe une bonne heure. Bouche relativement généreuse, grasse. Notes de bois humide, de sous-bois, de tabac. Sensation d'austérité. Vin fermé. Tannins discrets qui éclosent en finale: assez rustiques. Vin somme toute complexe, puissant, charpenté. Dans le verre (VINAO), des notes de fruits macérés dans l'alcool font nettement leur apparition. Le lendemain, toujours en caraffe, le vin s'est arrondi. Il reste relativement fermé mais s'équilibre convenablement entre fruits mûrs et boisé naturel. Il est encore jeune et méritera deux ou trois ans de garde. Ses rares tannins nous indiquent qu'on ne pourra le garder beaucoup plus longtemps. Offrira-t-il alors plus de bouquet? Evoluera-t-il sur le fruit ou sur des notes plus rustiques? S'ouvrirat-il? En substance, un vin de terroir très intéressant de par sa modestie, sa réserve et le temps qu'il semble demander à l'amateur de vin pour l'apprécier. Du beau travail pour un prix si raisonnable.

3. Château Millegrand, Minervois, Languedoc Roussillon, 2004, 13%, Elevé en futs de chène, médaillé d'or au coucours des G.V du Languedoc Roussillon en 2005.

Un nez  rond de fruits noirs et mûrs, assez agrable, enveloppé dans un cocon de bois assez exéburant, finissant par dominer, voire étouffer le fruit. En bouche, première impression favorable de vin bien fait, soyeux, velouté sur un volume oncteux. Trop même. Le bois prend outrageusement le dessus et les premiers arômes de fruits se font littéralement absents en bouche. Peu de corps, pas de tannins, pas de réelle complexité: un vin un peu stéréotypé. En substance, un vin qui donne l'impression d'être bon. Donc parfait pour des gens peu exigeants.

Conclusion. Sur trois vins à moins de 4€, achetés en supermarché, deux s'en sortent plus que convenablement, le dernier se montrant stéréotypé mais pas "mauvais". De fait, le dégustateur lambda y trouvera largement son compte. Doit-on conclure que les petites appellations, les vignobles les plus modestes conservent leur authenticité et ne répondent pas encore aux sirènes parkeriennes? Cela semble être le cas pour les 2/3.

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(1) Le Sud-Ouest en deux mots.

Sud-ouest ne constitue pas une seule et même région viticole. En réalité, il rassemble une quinzaine de petits vignobles, bien distincts. Ceux-ci s'étendent de la limite de la Gironde à la frontière espagnole. Ils suivent le cours des rivières, la Dordogne, le Lot, le Tarn et la Garonne.

Certains vignobles sont assez vastes et comptent entre 1 600 et 2 500 hectares. C'est le cas de Gaillac, Fronton et Vic-Bilh (1 600 dont 1 400 consacrés au Madiran). D'autres n'excèdent pas les 1 000 hectares, comme les Côtes-de-Saint-Mont et le Jurançon. Enfin, la plupart ont une superficie très modeste, comprise entre 150 hectares (Lavilledieu et Irouléguy) et 460 (Tursan).

On produit donc ici tous les styles de vins, des rouges charpentés et puissants aux rosés fruités et délicats en passant par les blancs secs et vifs ou encore les doux et liquoreux.
 

 

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(2) Le Minervois en deux mots.  

Le vignoble du Minervois est l’un des plus vaste du Languedoc Roussillon. Sur près de 15 000 ha de vignes, dont 5000 ha destinés à la production de vins d’AOC, la palette très large de vins de table, de pays et de cépages se complète de trois AOC distinctes : l’AOC Minervois, l’AOC Minervois – La Livinière et le Muscat de Saint Jean de Minervois. 

A côté d’une production assez confidentielle mais de grande qualité en vins blancs et rosés, vous trouverez en Minervois une large palette gustative de vins rouges qui se traduit également sur les tarifs de vente au consommateur. Vous apprécierez tout d’abord dans les premières cuvées (entre 3 et 5 € la bouteille) des caves et domaines du Minervois des vins friands, fruités, gouleyants, des vins de plaisir simple à consommer dans l’année ou sous deux ans. Légèrement rafraîchis (entre 14 et 16°C) ces vins rouges exalteront tous leurs arômes. En montant en gamme (entre 8 et 15 € environ la bouteille), on atteint les vins de terroirs, de vignerons, les cuvées exceptionnelles qui demanderont deux à trois ans pour vous être proposés dans leur plénitude.

VINSURVIN. 17.02.2007 

jeudi, 25 octobre 2007

Le beau blanc de Beaulieu.

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N’en déplaise aux amateurs de grands blancs (dont je fais partie…), ces chambolle-musigny, montrachets, sancerres, pessac-léognan ou alsaciens (pour n’en citer que trop peu) : je me prosterne ce soir devant un sauvignon ardéchois. Et c’est peu dire. VINSURVIN avait déjà évoqué le viognier (1) de la même région, divine surprise. Aujourd’hui, c’est un 100 % sauvignon qui me fait dire qu’outre la qualité remarquable de certains vins produits en Ardèche, cette région, qualifiée comme mineure dans le paysage viticole français, possède bien des trésors cachés.

Cinéma belge. Un homme, grand, sec, nu, au teint blanc et au physique ingrat, fait une course insouciante et insensée dans les dunes iodées d’Ostende. Affichant une joie infinie, une liberté insolente, un air indéniablement idiot. Ce n’est pas Jacques Brel. C’est Benoît Polvorde dans "C’est Arrivé Près de Chez Vous", chef d’œuvre du cinéma belge. Quel rapport avec ce vin ? Aucun, si ce n’est l’impression que ce dernier dévale les pentes de votre gorge avec une joie extrêmement communicante. Tel ce géni belge.

"Maman est dans les vignes". Découvert dans le petit village de Beaulieu (07), le domaine de Peyre Brune est un lieu soigné, bien tenu, et y on passerait volontiers quelques jours de vacances. Du calme, du soleil, de la sérénité. Ce qu’on est bien. VINSURVIN avait  déjà vanté le 100% merlot de ce domaine dont la valeur ferait rougir plus d’un AOC, pour un vin de pays… On y arrive après s’être annoncé par téléphone et c’est une jeune demoiselle qui se précipite au portail. "Maman est dans les vignes. Je l’appelle." A peine cinq minutes plus tard, une jeune femme souriante et décidée vient nous serrer la main : "Désolée, on prépare les vendanges !" Dans les vignes, dans le caveau, dans les foires, au bureau et à la maison : les vignerons n’ont pas le temps de s’ennuyer.

Un lobby du mauvais goût. Après deux mois passés en cave parisienne (épaisse meulière, 1880, sol sain, 70% d’humidité, 14°), ce sauvignon (à la robe or pâle aux reflets argentés et lumineuse) est ouvert pour un apéritif familial et c’est un florilège d’arômes fruités qui exulte in situ : salade de petits fruits blancs (cassis, pommettes), de fleurs blanches (chèvrefeuille, rose blanche) cèdent vite la place à des fruits rouges (cassis, groseille, et même fraise). L’attaque est franche, fine, pimpante. La bouche est fraîche, radieuse, élégamment élancée, d’une acidité bien équilibrée. Tout le monde est d’accord pour dire que ce vin est bluffant ; que c’est un pur bonheur. Votre humble serviteur est élogieux : lorsqu’un vin vous émerveille, il faut le dire. Les picrates sont tellement légion dans nos restaurants, nos bars, nos cafés et nos supermarchés (à croire qu’il y a un lobby du mauvais goût en France) qu’il faut faire savoir où se trouve le bon.

(1) cépage blanc très parfumé évoquant des arômes exotiques, engendrant le rare condrieu (vin produit en Rhône septentrional) et récemment adopté pour les vins de pays.

Domaine de Peyre Brune : Marina et Régis Quentin, Pléoux, 07460 Beaulieu. tél / fax : 04.75.39.29.01

dimanche, 16 septembre 2007

Ze bottle of ze wik.

medium_DSCF0101.4.JPGEt bien, elles sont deux bouteilles de la semaine, cette semaine, une bonne nouvelle n'arrivant jamais seule. Il s'avère que j'ai été confronté à un accident cette semaine. Rien de grave, je vous rassure. Un ami breton, fraîchement rentré de Berlin, a débarqué mercredi midi à la maison. Je n'allais pas lui faire boire l'Evian d'Hortense, ma fille (également fraîchement arrivée) de trois mois. Elle se porte bien, la maman aussi, merci beaucoup. A ce sujet, l'idée selon laquelle le vin est mauvais pour les femmes enceinte est vraiment reçue : malgré ma consommation hebdomadaire de vin (le dimanche devant le Jour du Seigneur) et quasi nulle de ma femme (et là, je suis sérieux), mes enfants sont en excellente santé, beaux et particulièrement bien éveillés! Pour preuve, Hippolyte a trois ans et sait compter (déjà) jusque deux. En même temps, leur père, enfin, je veux dire, bon, les chats ne font pas des chiens. 

Don't worry, Fleg. Une descente (en rappel) à la cave et le choix fut... relativement simple. Il faut dire que six étages en ascenseur, et quelques marches dans la fraîcheur de la cave, permettent une réflexion efficace. Je me suis vu, un jour, arriver en sueur au deuxième n'ayant pas encore trouvé ce que j'allais remonter de ma grotte d'Ali Baba. "Fuck, Georges, we are at ze second floor and we still haven't found the bottle of ze wik, come on, please, do something about it!" " Don't worry, Fleg. I guess I got it." "Oh, Georges, you're wonderful! What is it?" "It's a bottle of wine." "...".

Jennifer confond "beach" et "bitch". La première bouteille de la semaine nous vient d'Ardèche. Conseillée par l'ami Jean-medium_domaine_Forey.2.jpgDuc de Casteljau, elle fut découverte un jour de grand soleil alors que le nord expérimentait l'automne en plein mois d'août. Ouverte sur un steak de cheval (+ haricots verts au sel de guérande et pommes dauphines), elle s'est avérée bien plus que la bouteille de la semaine : c'est la surprise du mois (ou du chef). Quelle est-elle cette bouteille? Et bien, il s'agit d'une bouteille de vin. Pour ceux qui n'auraient pas suivi. Ceux qui sont assis au fond, auprès du radiateur. Ce vieux chauffage à bain d'huile âgé de quatre-vingts ans et tout pourri. Chaque hiver, lorsque l'administration le remet en route, on l'entend glousser, tousser, puis flancher dans une douleur noble mais touchante. C'est Moustapha qui s'est assis près de Arlette cette année (j'ai fini par lui donner un nom, celui de l'ancienne proviseure, on se connaît depuis tellement longtemps lui et moi). Problème, il ne permet pas une approche sereine de la langue anglaise. Voyez le pauvre Kevin l'année dernière qui ne savait toujours pas compter jusque deux en fin de terminale. Jennifer, une blonde souffrant d'un léger strabisme, qui confondait "beach" et "bitch". Basile, qui à "what's your name?" répondait "I live in Nanterre." 

Chaque gorgée est un délice. Une bouteille de vin, disions-nous. De vin rouge. Enfin, "rouge". Rubis foncé, soutenu, profond. Il s'agit en fait d'un vin de pays, 100% merlot, issu du village de Beaulieu, dans l'Ardèche-Sud, à deux pas du Gard, et élaboré au Domaine de Peyre Brune, par Marina et Régis Quentin (photo, ci-dessus). Le nez est gourmand. La palette olfactive (je viens de lire ça sur un blog, pompeux mais précis, non?) est généreuse : la cerise et les fruits rouges priment. C'est une délice. Nous sommes tous les trois le nez dans le verre, nous régalant de ces arômes. La bouche est vive, grasse et ample. Je la trouve même opulente. Le vin est puissant, charnu et bien équilibré. Chaque gorgée est un délice. Fredo me dit que j'aurais dû en ramener plus (que trois). Sauf que sur le coup, je lui trouvai un beau potentiel mais ne m'attendais pas à ça. Tout le contraire du Château de la Selve (Grospierre, 06, cuvée Beaulieu), qui me séduisit lors de la dégustation mais que j'ai trouvé décevant et surfait par la suite... 

La deuxième bottle of ze wik est également une belle surprise. Un pinot noir (Apellation Bourgogne Contrôlée, 2004, Domaine Forey, propriétaire à Vosne-Romanée), acheté cave Pouchet à deux pas de chez moi, que j'avais un peu délaissé (si ce n'est snobé) à la faveur de mes gevrey-chambertins et autres aloxe-cortons... que je regarde vieillir bien sagement. Ce midi, certains incultes auraient sorti la cavalerie bordelaise avec le boeuf-carottes de ma dame. Mais comment ne pas faire prôner un bourgogne sur la table? Comment donc? La surprise ne tient pas seulement dans ce nez discret, minéral et de petit fruit rouge. Rien de charpenté, d'ample et de gargantuesque : je suis interloqué par l'équilibre entre l'humilité, la finesse, la légèreté du vin et la richesse aromatique qu'il développe en bouche (fraise notamment). Gourmande et effilée, cette dernière est posée et insistante. Après renseignement, je lis que Régis Forey est un magicien dans le monde très fermé de la Vosne-Romanée. Tenant des méthodes traditionnelles d'élevage de la vigne et vinificateur talentueux, ses vins font partie des meilleurs du monde. Rien que ça.

La bouteille de la semaine vous intéresse? Le vin abordé sur ce blog vous met à l'eau à la bouche? Malheureusement, ce n'est pas toujours chose facile de se le procurer dans votre ville ou votre région. Entrer en contact avec VINSURVIN via vinsurvin2006@yahoo.fr, et qui sait, il pourrait se retrouver sur votre table incessemment sous peu.

jeudi, 30 août 2007

L'Ardêche tête bêche.

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Domaine de Peyre Brune, Beaulieu, Ardêche.

Il faut bien admettre que si l'on devait demander au premier quidam venu de nous citer un vin ardéchois, ce dernier en serait pour son compte. J'eus été "ce dernier" moi-même avant d'y mettre les pieds, je l'avoue. La région est classée en VDP (pour sa grosse part) et en AOC (Côteaux du Vivarais, voire Cornas - mais village à part dans le paysage viticole ardéchois il faut bien le dire). De retour de la "Corse Continentale" (ou "Corse des Pauvres"), je me fendrais bien d'une lapalissade du style "cette région possède bien des atouts, tant sur le plan touristique que sur le plan gastronomique", mais je n'apprendrais rien à personne. Outre ces deux (bons) plans, il s'avère qu'un troisième mérite qu'on s'y attarde: le vinicole. Ce qui tombe bien.

Hippies-chic. Ma première approche avec le vin ardéchois s'est faite dans un de mes endroits préférés, surtout pour le vin : un supermarché. Champion, ça va de soi. Certains maris passent des heures dans leur voiture à lire Tiercé Magazine pendant que madame pousse le chariot. Pendant que Dorothée arpente les rayons à la recherche des plus beaux produits régionaux (les marchés sont devenus insupportables avec ces cars de retraités, ces hippies-chics qui se la jouent "terroir" et ces otochtones qui vous snobent), je squatte littéralement les rayons liquides des grandes surfaces.  

A la limite de l'onctuosité.  L'on trouve en Ardêche essentiellement des vins de cépages (c'est à dire élaborés d'après un seul type de vigne : 100% chardonnay, 100% merlot...). Les Vignerons de l'Ardêche proposent des syrahs et des merlots dont ils n'ont pas à rougir. Ceux que j'ai pu boire ne présentaient pas d'aspects radicalement rédibitoires! Un nez souvent gourmand pour la syrah, et de fruits noirs pour le merlot. Convenablement concentrés, bien équilibrés, ils se boivent volontier frais et se marient très bien avec les plats légers que l'on peut se concoqueter sous pareilles chaleurs. Je reprends une note que je fis sur un merlot 2006 (VDP des Côteaux de l'Ardêche) de la Cave Lablachère tant se dernier me surprit : Nez de griottes, de thym et de garrigue évoluant sur des petits fruits rouges. Notes animales. Jolie fraîcheur malgré l'attaque un peu ronde. Une bouche sur une minestrone de fraises. Finale animale et boisée. Tanins fondus. Si les chardonnays m'ont moins séduit, le viognier restera comme le vin qui m'a vraiment offert beaucoup de plaisir. Et je ne fus pas le seul! Le Viognier est un cépage ancien des vignobles de Condrieu et d'Ampuis. On le retrouve également dans un grand nombre de Vins de Pays du sud de la France où il est souvent vinifié seul. Il donne un vin de grande qualité, gras, souple à la limite de l'onctuosité, d'une très grande finesse, très parfumé. On lui prête des arômes tel que l'abricot, la pêche, la mangue mais aussi la fleur d'amandier, d'aubépine.

Grands Vins de l'Ardèche. Côté viticulteurs, le merlot du Domaine de Cassagnole à Casteljau fera parti du folklore local. Le but et l'intérêt de l'assemblage 95% sauvignon, 5% viognier demeurera une énigme. Par contre, on relèvera le joli merlot  de Marina et Régis Quentin, au Domaine de Peyre Brune à Beaulieu. Foncé, puissant et évoluant sur des notes de griottes, ce vin offre un beau potentiel, aspect qui m'a également attiré. Il accompagnera des viandes rouges mais aussi des charcuteries. Le sauvignon de cette sympathique Marina (arrivée précipitemment et expressément des préparations aux vendanges pour nous) fit également des émules et on a déjà hâte de le sortir à l'apéro mais aussi sur des entrées (telles que des noix de Saint-Jacques) ou un fromage. Enfin, la preuve que l'on peut faire du grand vin en Ardèche se trouve au Château de la Selve à Grospierres. Si le Serre de Berty (60% syrah, 30% merlot, 10% grenache) apparaît comme la cuvée phare de Benoit Chazalon, j'ai personnellement retenu la cuvée Beaulieu (60% cabernet, 30% grenache, 10% merlot) dont le nez, le gras, l'onctuosité et la matière (pour ne citer qu'eux) me rappelèrent, étrangement d'ailleurs, le Chinon de Bernard Baudry et le Cahors de Lacapelle-Cabanac, pour l'esprit, la générosité, la complexité et l'élégance. J'allais oublier le très joli rosé de Jean-Duc (à qui je passe un très chaleureux bonjour) et des Vignerons de La croisée de Jalès. Premier vin ardéchois dégusté bien frais le premier jour, il arriva à point nommé et eut toute ma considération.

En substance, entre petits vins modestes, cuvées plus élaborées et grands vins, l'Ardèche mérite tout à fait amplement sa place dans le paysage viticole français. Cette région, en dehors des splendeurs naturelles qu'elle offre comme chacun sait, mérite vraiment d'être découverte pour sa production viticole. Et pas seulement en visitant les travées des supermarchés comme certains incultes touristes peuvent le faire. 

Informations complémentaires sur les vins d'Ardèche : ici!

 

lundi, 04 juin 2007

Le Muscadet: c'est plus ce que c'était.

 

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Afin de se recueillir, François Mitterrand effectuait l'ascension de la Roche de Solutré, Jean-Paul II embrassait le sol de son pays de pélerinage, Nicolas Sarkozy s'offre une croisière à quelques centaines de milliers d'€... Personnellement, lorsqu'il s'agit d'habiter ma fonction résidentielle (bretonne), je m'arrête "Chai Pierre", un hidalgo de caviste briochain de chez qui je sors systématiquement réjoui, serein, le pas léger et plein de couleur après que ce dernier m'eût fait déguster des choses dont la régularité qualitative est sans égale. Ces derniers temps, cet assemblage de coureur cycliste italien et de styliste sicilien m'a fait découvrir des muscadets qui feraient rougir plus d'un grand chardonnay bourguignon.

Arrivage de gerberas. Tel un disquaire fou de jazz avide de vous faire découvrir une réédition des plus beaux morceaux de Thelonious Monk ou de Michel Petrucciani, comme un libraire vous glissant dans la poche le dernier opus de Douglas Kennedy et à l'oreille que vous ne le paierez pas s'il ne vous a pas plus, ou encore à l'image de Stéphane, mon fleuriste avenue de Saint-Ouen, me saisissant délicatement le bras pour me conseiller vivement un arrivage de gerbera, Pierre Daniel a l'art et la manière de me verser dans un joli Mikasa des choses extraordinaires, dans des fourchettes de prix toujours très raisonnables.

L'excellence à 5€. Un bon caviste n'est pas seulement quelqu'un qui vous conseille la bonne bouteille au bon moment. C'est aussi quelqu'un qui vous réconcilie avec un vin. Prenez le muscadet par exemple : ce vin qui même accouplé à une liqueur quelconque vous laisse des mauvais souvenirs pendant trois jours. Ce vin dont le prix chaque année ne cesse de baisser: "0,35€ le litre? Attends, ils sont malades! Trop cher! A ce prix là, je prends une villageoise." Dionysos merci, Pierre est passé par là. Encore une qualité de ce jeune caviste qui montre son amour pour le vin: il trouve du bonheur et du plaisir dans des vins dont les prix commencent à 5€ pièce. La preuve, ce muscadet primeur 2006 du Domaine du Bois Brûley, conçu et mis en bouteille par Chéreau-Carré à Saint-Fiacre: enfin un muscadet pas recroquevillé sur lui-même, ouvert, fleuri et d'un équilibre remarquable. Je fus sidéré par le plaisir offert par ce vin.  Sans compter l'impressionnante liste de vins  qu'offrent ces vignerons. Un clin d'oeil au passage à Emmanuel Luneau à Vallet dont le muscadet ne me laissa guère insensible non plus. Comme si cela ne suffisait pas, la dégustation de vendredi dernier commença par un muscadet au nom bio-médico-bionique: l'Amphibolyte Nature 2006. Un vin bio de chez Joseph Landron qui me liquéfia sur place (un nez mentholé voire sur l'eucalyptus --comme trouvé  à Chinon d'ailleurs!, un vin vif mais tendre également, d'une belle minéralité, sur des notes pamplemousse). Leçon retenue de ces dégustations de muscadet de grand qualité? Force est de constater que le muscadet, autrefois relégué au rang des parias par des incultes de ma sorte, n'est vraiment plus ce qu'il était! Et l'année prochaine, pèlerinage à Saint-Fiacre!

Chai Pierre, 8 rue Michelet, 22000 Saint-Brieuc.

mardi, 22 août 2006

Un Coste Coûte Que Coûte

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Rencontré en 2004 lors d'une dégustation dans un mas à Aniane (34) Monsieur Coste démarrait avec une petite production de l'ordre de 2,5 hectares. Ce jour là, son Chemin des Fées (2002) m'avait sidéré :  un Sauvignon blanc d'une couleur ambrée dégageant des arômes généreux de garrigue et une pointe d'épice discrête et harmonieuse. En bouche accompagnés des notes de miel et de pêche. Direction Saint-Félix de Lodez samedi matin pour une nouvelle dégustation.

La dégustation commença par son fameux Sauvignon blanc. La couleur n'est plus celle que je décrivais ci-dessus. Néanmoins, elle est très belle: un jaune or brillant (pour ne pas dire étincelant) et limpide, c'est absolument sidérant. Le nez ne se dévoile pas de suite après ouverture. Comme le vigneron, il faut lui laisser un peu de temps avant de se découvrir, voire de se révéler. Après aération, le nez offre toujours ces notes typiques de garrigue: un mélange complexe de pomme de pin, de thym, de romarin, de maquis. Mais il a évolué vers plus de fraicheur, sur le fruit, et le miel (sensiblement présent) laisse place à des notes de citron vert. La bouche est franche, ample, pas ronde. L'acidité est quasiment nulle car l'équilibre se fait avec les notes de poivre et d'agrume. Les Cornouillers est définitivement un très grand vin. Mais l'homme ne faisant ni dans la communication ni dans dans l'administratif, le Chemin des Fées n'est toujours pas en A.O.C et demeure un (simple) V.D.Q.S, ce qui est proprement hallucinant. Ce blanc se dégustera à l'apéritif accompagné par exemple de tartines de pain de campagne et de tapenade. Il se mariera très bien avec des fruits de mer, notamment avec des huîtres, car, cela me revient, je lui ai trouvé un côté un peu iodé dès que je l'ai eu en bouche. M. Coste nous raconta à cette occasion qu'il aime effectivement boire son vin avec des huîtres achetées sur le marché de Saint-Félix.  

Mais s'il n'y avait que le blanc! Son rouge nous a également bleuffé. Assemblage de grenache, carignan et syrah, le 2001 offre des note de fruits compotés, de pruneaux mariés au thym et à l'épice. La syrah offre des tannins discrets et soyeux. La bouche est ample, profonde, longue et ne semble jamais finir tant elle s'estompe lentement et délicatement. C'est du grand art. Un vin qui peut encore se garder cinq à six années sans problème. Servi avec un lapereau aux pruneaux, olives et herbes de provence, vous passerez un grand moment!

Le 2003 est superbe également mais évolue davantage sur des notes de petits fruits rouges. Guilhem nous fit également sa vendange tardive: un petit bijou que l'on appréciera à l'apéritif, sur un foie gras ou un dessert.

Guilhem Coste, 4 Placette, 34700 Saint-Félix de Lodez. (Téléphone disponible sur demande sur  vinsurvin)

Les prochaines notes seront consacrées à Marc Cros, de Montpeyroux, et Géraldine Combes-Peyraud, de Puéchabon.

mercredi, 03 mai 2006

Coup de Coeur à Saint-Nicolas de Bourgueil

medium_troglodyte_saint-nicolas.jpgNathalie et David Drussé: la passion du vin bien fait.

"On aimerait insuffler un esprit convivial à notre vin ; faire un vin qui se partage facilement entre amis, en famille." C'est ainsi que Nathalie, petit bout de femme aide soignante reconvertie dans le vin (pour suivre David, le fils de vigneron!),   définissait son vin un matin d'avril 2005, alors que nous errions dans la région à la recherche de ce qu'elle venait de nous décrire! C'est ainsi que naissait aussi notre véritable histoire d'amour avec le Saint-Nicolas de Bourgueil. Nous n'en étions qu'au début de nos surprises puisqu'elle nous convia rapidement à visiter la cave troglodyte dans laquelle quelques dizaines de vignerons stockent leur vin dans des conditions que nombreux amateurs de vin aimeraient avoir à la maison, surtout lorqu'on vit à Paris! Sombre, fraîche, haute, on est vite submergé par l'ambiance qui s'en dégage. Passée la majestueuse grille en fer forgé, quelques trente ou quarante fûts en rang d'oignons sont disposés là, contenant le nectar des deux derniers millésimes. Munie d'un panier en osier et de trois verres, elle plonge généreusement une pipette de verre dans des fûts sélectionnés au hasard. Nous ferons trois dégustations. Chacune d'entre elles s'avère différente et, chose étonnante, plus subtile, plus somptueuse, plus riche à mesure que la dégustation progresse. Une robe rubis éclatant, un nez expressif et pur, des arômes de fruits rouges évoluant vers des notes d'épices et de fruits macérés dans l'alcool, une bouche ronde et grasse se développant avec un équilibre parfait et une élégance rare. Une trame tanique présente mais pas outrancière. Réservée mais pas avare de détails fort intéressants, Nathalie nous livre un secret: "Les quelques jours qui précèdent la récolte, on croque quotidiennement dans un pépin de raisin issu des vignes, et lorsqu'on lui trouve ce goût de noisette et ce croquant bien ferme (qui donneront au vin cet aspect gras caractéristique), nous savons qu'il est temps de vendanger." Effectivement, 2003 et 2004 sont deux millésimes exceptionnels. J'ai abordé 2005 dans une note récente, de grande qualité également et qui ravira les amateurs de vins fruités (fraises des bois), généreux et harmonieux. Un vin définitivement à boire entre amis!

Nathalie et David Drussé, 1 Impasse de la Villatte, 37140 Saint Nicolas de Bourgueil. 02.47.97.98.24 / 06.88.88.77.75 - drusse@wanadoo.fr / http://www.drusse-vindeloire.com/page.php?lang=fr&pag... 

 
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