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vendredi, 03 novembre 2006

Promenons-nous dans les bois, voir si...

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Si Bretagne ne rime pas forcément avec Champagne ou Chassagne, Breton rime belle et bien avec Chinon, Menetou-Salon ou encore Morgon. Mercredi matin, munis de paniers en osier, de couteaux affûtés et de bonnes paire de bottes, direction la forêt de l'Hermitage Lorge, en Côtes d'Armor. A peine sortis de la voiture, nous sommes saisis par les odeurs de sous-bois, d'écorce et de terreau. L'air est d'une telle fraîcheur et d'une telle pûreté qu'il vous traverse le corps par tous les pores. Chaque bouffée de CO2 et de chlorophile inhalée envahit votre personne pour vous signifier combien vous êtes vivant et combien faites partie des lieus à part entière. Même le sol ondule d'énergie sous vos pieds.

Il va maintenant falloir éviter la chevrotine des chasseurs (ce serait fâcheux) et ratisser la forêt à l'affût de ce qu'elle offre de plus subtile: les champignons. Accompagnés de deux connoiseurs, l'objectif est de trouver 4, 5 types de champignons: chanterelles, cèpes de Bordeaux, coulemelles, bolets, clavaires crépues (plus connus sous le nom d'éponges) et pieds de mouton. En l'espace de deux heures, nous cueillons quelque 5 à 6 kilos de champignon. Les chanterelles sont les plus faciles à trouver: elle tapissent certains coins de la forêt. Nous trouverons également quelques magnifiques cèpes de Bordeaux, bolets et pieds de mouton. Le midi, en fricassée, assortis avec des pommes de terre et des haricots, ils accompagneront des cotes de  porcs. Quel bonheur, quelle fierté, quel pied de manger ce que l'on a soi-même ceuilli!

Et le vin dans tout ça? Le Cabernet se marie à merveille avec des champignons. Des vins relativement rustiques tel que certains Chinon ou Saint-Nicolas de Bourgueil conviennent parfaitement dans le sens ou ils sont produits dans des régions qui offrent, elles aussi, des atmosphères comme celle décrite ci-dessus. Bien sûr, bourguignons, blanquettes, tartes salées apprécieront des produits fraîchement cueillis dans nos forêts. Et les vins qui vont avec. J'oubliais, si l'alcool est dangeureux pour la santé, attention à ne pas ceuillir n'importe quoi! Un passage dans votre pharmacie avec votre ceuillette risque de vous éviter bien des déconvenues... 

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Chanterelles fraîchement ceuillies!

 

 

vendredi, 23 juin 2006

Quel vin avec un France-Togo?

Voilà un exercice difficile: allier football et oenologie. Si bière et ballon rond sont facilement associables, il n'empêche que comme pour faire un bon vin, il faut un beau terrain pour un bon match, un bon arrosage, et une bonne température. Mais il va falloir beaucoup d'imagination pour trouver la bouteille du match France-Togo. Notons que certaines anciennes  gloires des surfaces de réparation ne crachent pas sur un p'tit canon (Fronsac). Guy Roux évidemment et Chablis nous content là une belle histoire d'amour. Jean Tigana (ancien grand joueur de l'Equipe de France) s'est séparé de son château Bibian-Tigana dans le Médoc et a créé le domaine de la Dona Tigana à Cassis.  Bixente Lizarazu possède Château Plaisance, Grand cru de Saint-Emilion à Capian, et même Beckham fait les vendanges au Domaine Saint-Vincent à Bargemon dans le Var. Bon. Réfléchissons. Jusqu'ici la France n'a fait que des matchs nuls. En témoigne d'ailleurs l'interview de Domenech  podcast      glané sur  blog de l'excellent Birenbaum. Un match nul évoquerait-il la complexité de la situation? Pourtant on entend dire çà et là que le ballon est rond, que la défense est charnue, que son duo central est puissant, leurs tâcles épicés et leurs regards plein de soleil. La charnière centrale a du corps, et du caractère. Les attaquants sont vifs, nerveux voire agressifs. Le gardien s'avère parfois sulfureux, animal mais complet. Les remplaçants sont charpentés, corpulents et très concentrés. L'entraîneur, lui, est parfois fermé, austère mais franc. Comparé à Santini qui était mou, court en bouche et décharné... Petite parenthèse fraîche et élégante chez les stars où Carole Bouquet et pourriture noble font bon ménage. Mais cela ne nous dirige pas davantage sur le flacon de ce soir. D'autant plus que ce soir, c'est week-end! Après avoir (quasiment) que de l'eau toute la semaine (du lait aussi), il est possible que l'on fasse une descente dans les profondeurs de l'immeuble. (Traduction: la cave). De toute façon l'heure est grave, il n'y a pas à tergiverser: il faut gagner! J'imagine un bouquet complexe mais chaleureux et délicat, une attaque en bouche franche, du caractère, du corps mais une légère rondeur qui permet d'assouplir un peu les tanins et l'acidé, et du soleil. Je vous propose d'aller en Languedoc. Rouge? Il faudra trouver quelquechose de pas trop puissant car avec la chaleur, il faut bien les aborder! Pourquoi pas un blanc? Allez chez votre caviste et laissez vous tenter par un Coteau du Languedoc après lui avoir demandé de vous en parler un peu. Actuellement Cave Pouchet (rue Pouchet, Paris 17) on trouve "Le Chant du Coq": parfait! Personnellement, je vais prendre le Chemin des Fées. Qui sait? Elles feront peut-être des miracles ce soir? Dieu sait que le vin de Guilhem Coste à Saint-Félix de Lodève dans l'Hérault est une merveille d'originalité, de subtilité et de caractère. N'est-ce pas Christophe?! Je crois me souvenir que ce vin est elaboré à partir d'un assemblage de grenache, de carignan et de marsanne. Mr Coste fait également de magnifiques vins rouges. Je ne puis que vous laisser son téléphone. L'homme est discret et d'une gentillesse rare. Pour en revenir à nos moutons, il ne me reste plus qu'à vous souhaiter un très bon week-end. En espérant que la question du vin ne se pose pas pour les joueurs à l'issue du match...

Chemin des Fées, Guilhem Coste, Saint-Félix de Lodève (34). Tél: 04.67.96.66.99

lundi, 19 juin 2006

Le vin chez les anglo-saxons

Les anglais et les américains ne sont pas aussi incultes que l'on croit lorsqu'il s'agit de boire une bonne bouteille de vin. Les bonnes manières, le savoir-vivre et la joie de vivre ne sont plus des notions réservées à la France. Au regard des résultats économiques affichés par ces deux grandes nations,  on attribuerait bien volontier ces expressions à nos cousins Outres-Manche et Atlantique. De fait, des expressions telles que morosité ambiante, sinistrose et autre moral-des-français-pas-au-beau-fixe conviendraient mieux à l'état d'esprit actuel de notre pays. A ce sujet, ce n'est pas la bande à Zizou qui risque d'arranger les choses. Ceci dit, autour d'une bonne bouteille, les choses finissent toujours par s'arranger! Modération oblige.

En dehors du Sparkling Wine, sorte de blanc pétillant dont les anglais raffolent, boire un verre de blanc ou de rouge avant de passer à table est chose courante dans la (Upper) Middle-Class en Angleterre, mais aussi aux Etats-Unis et au Canada. Ces Anglo-Saxons qui aiment voyager (et notamment en France) éprouvent beaucoup de plaisir à parler des régions viticoles françaises qu'ils ont visitées. 

Lors de notre dernier voyage au Canada, nous avons eu l'occasion de goûter un superbe Shiraz d'Afrique du Sud: bleuffant! Issus d'un mono-cépage (Syrah), on aurait pu dire de ce vin qu'il avait une robe profonde de couleur rouge rubis. Au nez se dégageaient des saveurs d’épice et de fruit à baies rouges. Quelques notes boisées. Le fruit mûr (vu l'ensoleillement!) se retrouvait au palais avec un bon équilibre. Une bouche pleine, ronde et charnue. Une finale longue et épicée. En substance, un vin certes peu complexe mais offrant toutes les garanties menant au plaisir.

Les merlots et cabernets-sauvignons trouvent également preneurs. Mais le cépage n'est pas avant tout ce qui semble attirer les consommateurs. Le fruit, la fraîcheur, le plaisir, et l'esthétique de la bouteille sont ce qui les guident avant tout. Ce qui constitue déjà une belle palette d'arguments.

Les blancs ont également la cote, notamment auprès des femmes. Certains Chardonnay de la Napa Valley californienne n'ont (presque) rien à envier à ceux que l'on trouve sur la route de Tonnerre dans l'Yonne. Ceci dit, le Chablis reste un incontournable.

La littérature américaine raffole de références au vin. Le dernier opus de Douglas Kennedy State of the Union, qui nous fait voyager entre le Massachussets, le Maine, le New Hampshire et le Vermont, nous gratifie de clins d'oeil savoureux sur le vin:

'Wasn't in the mood for a drink with Alice this evening,' I said, walking over to to the little bar in the corner of the room. I reached for a wine glass and the open bottle of Washington State Pinot Noir. (...) 'It's a new winery on the British Colombia border. Raban Estates. Absolutely first-class stuff, and a rave review for this 2002 Pinot in Wine Gourmet this month.' 'With a price to match?' 'Thirty-five a bottle'.

Dans Match Point, le dernier film de Woody Allen, JONATHAN RHYS MEYERS (Chris Wilton), SCARLETT JOHANSSON (Nola Rice), EMILY MORTIMER (Chloe Wilton), MATTHEW GOODE (Tom Hewett) n'ouvrent rien d'autre qu'une bouteille de Chassagnes-Montrachet (sans même prononcer le 't'!).

Difficile de ne pas faire référence à Mondovino: "Ce devait être un petit film sur la passion du vin. Mais Jonathan Nossiter, cinéaste et sommelier, s’est laissé griser par son sujet. Après trois ans d’enquête sur trois continents, Mondovino se retrouve en compétition au Festival de Cannes. Enthousiasme immédiat. Car la vigne et le vin sont des symboles de la civilisation occidentale, dans sa diversité et sa complexité. Et ils sont menacés, comme tant d’autres biens culturels, par l’uniformisation du goût. Sous la forme d’une saga jubilatoire et poétique, c’est la mécanique implacable de la mondialisation que démonte Jonathan Nossiter." Télérama.

Que les anglais débarquent à Calais pour vider nos stocks de piquette est une chose mais ne nous méprenons pas, ils pillent également nos plus belles bouteilles!

jeudi, 06 avril 2006

DU VIN... EN BEAUCE!!!

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Champ de colza, près de Rambouillet.

 La vigne en Beauce

La présence des vignes dans cette région n’avait pas échappé à Émile ZOLA lors de son séjour à Romilly-sur-Aigre. Car si le plateau (le Pays Plat ou le Haut Pays) était déjà voué à la culture des céréales et des plantes fourragères, les coteaux des vallées constituaient par leurs ensoleillements et leurs pentes un terrain de prédilection pour la vigne. À cette époque la vigne était présente dans presque toutes les régions. Le vignoble de l’Ile de France voisine, totalisa jusqu’à 44.000 ha dans les années 1850. Mais deux évènements majeurs allait modifier profondément la viticulture dans notre pays, le chemin de fer et la maladie.

Les premières vignes

La cathédrale de Chartres fournit des témoignages intéressant du 13ème siècle. Un vitrail de la série des " corporations " représente deux vignerons taillant la vigne, un autre montre un tonnelier ajustant un cercle. Sur le portail sud, parmi les douze personnages figurant " les travaux du mois ", celui du mois de mars reprend le thème de la taille et celui de septembre illustre la vendange (foulage du raisin dans une cuve). D’autre part des manuscrits relatifs aux biens du Chapitre prouve l’existence de vigne au 11ème siècle.

D'autre documents attestent que la vigne était cultivait dans le Perche (aujoud'hui dans le département voisin de l'Orne) à l'époque Mérovingienne (VI ème siècle). Il devait s'agir des vestiges d'un vignoble planté par d'anciens légionnaires romains qui avaient éte gratifiés dans ces lieux d'une concession après la proclamation de l'édit de l'Empereur Probus en 281 aprèsJ.-C.

La culture de la vigne

Le vignoble était le plus souvent planté sans alignement, en " vigne mêlée " . Chaque plant de vigne était soutenu par un tuteur appelé " charnier " . Il est à noter que ce mode de palissage est toujours utilisé dans les vignobles en fortes pentes comme les Côtes-Rôties, appellation prestigieuse des Côtes-du-Rhônes septentrionales. Dans quelques secteurs, comme à Jouy, la culture en rangées séparées par des " riots, riaux ou réaux " était déjà pratiquée.

Dans la vallée de l’Eure le sol est constitué d’argile à silex. Avant de planter les ceps de vignes sur ces coteaux escarpés, il fallait retirer du sol une quantité fabuleuse de pierres. Les silex transportés dans les hottes étaient entassés aux extrémités de chaque parcelle sur des hauteurs pouvant atteindre plusieurs mètres. Ces tas était appelés des " murgers " ( prononciation " meurgers") .

Par endroits, ils sont encore visibles, délimitants les anciennes parcelles. Mais souvent, ils ont été utilisés pour empierrer les chemins communaux ou les voies ferrées. Seuls les buissons d’épines sont assez rustiques pour pousser sur ces " culots de murgers " . Comme pour le reste des productions agricoles, les vignes étaient très morcelées suite aux partages successifs. Toujours divisée dans le sens de la pente, chaque membre de la famille exigeait un morceau de chaque parcelle. Cette pratique imposa, avant l’invention du système métrique, l’utilisation d’une multitude de mesures.  " L’arpent ", puis le " quart " ou encore le " minot " . Divisé en trois, celui-ci devenait une " danrée " . Il y avait aussi la " maillée " et la " parisées " .

Le vin

Le principal cépage adopté en Pays Chartrain était le " petit meunier ", raisin noir à grain serré provenant de Bourgogne. Il donnait un vin léger (8° au maximum), fruité et peu coloré. D’après les vignerons " on pouvait en boire autant qu'on voulait, il ne rendait pas malade ! " . Sa qualité variait suivant la nature du terrain et l’exposition. Les parcelles situées sur la côte ouest étaient généralement plus renommées que celles de la côte est. Déjà à l’époque les jurys de dégustations récompensaient les meilleurs crus. La notion de " terroir " n’était donc pas l’apanage des grands vignobles. Elle existait également ici. Il arrivait dans les années humides que certains vins trop légers en alcool et en tannins tournaient après l’hiver. Ils " tournaient canon " . Le vin ainsi produit était avant tout destiné à être vendu dans le " Pays Haut " assurant ainsi un revenu relativement bon aux vignerons. Venant de " Grande Beauce ", les voitures apportaient le blé aux moulins à eau de la vallée et remontaient avec un tonneau de vin. Ce vin de pays améliorait l’ordinaire dans les fermes du plateau où la boisson principale était un cidre de piètre qualité baptisait " à quatorze chevaux... un pour aller aux pommes, treize pour aller à l'iau " . À côté de cette vente légale mais taxée, était pratiqué des ventes frauduleuses dites " à la musse ou à musse-pot " . Ce type de vente était de vieille tradition mais s’accentua lors de la construction des lignes de chemin de fer de part la présence d’une main d’œuvre importante à proximité des habitations des vignerons. Toutes les occasions étaient bonnes pour aller " tirer une chopine " ou " à bouère " dans " le geigneux ", la chopine en terre cuite. Les fêtes de village étaient réputées pour y trouver " bon vin et bons gâteaux " . Au café, chaque jeune commandait sa bouteille et ensemble ils mangeaient la galette feuilletée au beurre. D’ordinaire le beurre était remplacé par la graisse et quand le four était allumé pour faire le pain, l’on faisait la " fouée ou fouace " . Lors des réunions et des soirées, crêpes ou gaufres étaient arrosées copieusement de vin du pays.

La disparition de la vigne

Le vin coûtait plus chère à produire et ne rapportait pratiquement plus rien. Après la guerre de 14-18 on renonça à la vigne. Les anciens poilus qui avaient survécu à la boucherie de la guerre et qui avaient un cheval mirent en culture les vignes " déroquées " (arrachées) . Dans les endroits trop difficiles d’accès, ils plantèrent des pommiers où laissèrent le taillis repousser. Quelques-uns, obstinés, replantèrent quelques rangs de vigne pour assurer la consommation familiale. Si en 1812, 5374 hectares de vigne produisaient un peu plus de 100.000 hectolitres de vin, en 1900 il ne restait plus que 600 ha de plantés produisant 16.000 hectolitres. Après les guerres de religions (1568-1591), les faubourgs de Chartres furent abandonnés jusqu’en 1804, date du comblement des fossés et du démantèlement des remparts. La vigne était cultivée jusqu’au porte du centre ville actuel. à la place du théâtre existait le " le clos Notre-Dame ". En descendant le Boulevard de la Courtille, il y avait le vignoble dit le " Champ-Saint-Père ". A Jouy il ne restait en 1935 qu’un hectare de vigne sur les 140 recensés en 1823 ! En 1962 aux " Belles-Croix " (terroir de Saint-Prest, hameau de La Villette) non loin de la croix historique, la vigne, redevenue sauvage, atteint le sommet des arbres, recouvre les vieux murs et se mêle aux broussailles des talus... .

 
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