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mercredi, 13 février 2008

2003, odyssée de l'espace. D'un instant.

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Cette bouteille est ouverte depuis hier soir. Soit, depuis 24h. A présent, il en reste un fond dans mon verre. Un open up de chez feu Mikasa. Et que sens-je? De la liqueur de cerise, du kirsch, associés à de subtiles notes de cacao et de torréfaction. Le tout est nettement enrobé de réglisse. En faisant légèrement tournoyer le vin dans mon verre, ce sont des effluves de café qui refont surface. Ce nectar dans le fond de mon verre est épais et gras. Comme une crème de liqueur ou un coulis. Si je m'en ressers, le premier nez est sur du fruit noir très mûr, de la griotte juteuse, mais pas macéré. La bouche est d'abord riche... de fruits rouges! Puis de tabac, de sous-bois. Elle est concentrée mais jouit d'une jolie finesse. Elle est suave, grasse et terriblement épicée. Les tanins ont littéralement fondu sous le poids de la concentration et du sucre. L'acidité est très faible. L'ensemble produit un effet remarquable. Je pense que ce vin n'est plus très loin de sa maturité. S'il ne l'a pas déjà atteinte. Souvenez-vous. 2003, année de la canicule. Rendements faibles. Grosse maturation. Hauts taux d'alcool. Potentiel de vieillissement irrégulier et incertain selon les régions. Mais, résultats fantastiques.

Je suis entrain de sirotter un vin que j'ai acheté au domaine en 2004 : un Crozes-Hermitage, 2003, du Domaine Collonge, La négociale, 26600 Mercurol, Drôme.

jeudi, 01 novembre 2007

in rasteau veritas

 

 

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Le vin réserve de bienheureuses surprises ! Il nous en apprend sur lui-même et sur nous-même, si tant est que l’on se donne les moyens de l’observer. Cette remarque m’est née suite à la dégustation d’un rasteau qui, en dépit de son manque de corps, avait bien d’autres cordes à son arc.

Pendant que certains se la coulent douce au bord d’une piscine en Espagne ou dans un mobile-home à 150 km de leur bled, les pérégrinations oeno-estivales de VINSURVIN (appelées « pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle » ou encore « de la Mecque  » par d’autres) conduisirent ce dernier dans le Vaucluse en août dernier. A quelques 200 km de l’Ardèche, après avoir traversé le Gard et la Drôme comme par enchantement, c’est au cœur du Rhône méridional que sied Rasteau, village au vin classé Village, surtout connu pour ses vins doux naturels. Si son cousin de Cairanne est tout près d’obtenir l’AOC, Rasteau  n’en est pas loin non plus.

Madame Armand, du domaine de la Magnaneraie, à Cairanne, nous accueille des cigales plein la bouche. Prolixe sur son élixir comme si son existence courait des risques, ou pour compenser les carences du cairanne, elle monologue. A moins que ce ne soit la passion, tout simplement. Quand le mou du rustre taciturne promet de grandes choses, le vin de la loquace cache souvent des insuffisances ; in vino veritas. Laissons le vin parler. Lui seul détient la vérité.

Le soleil de plomb, la pierre blanche et les cigales ont pourtant le don d’occulter les imperfections. Ce qui me fait dire qu’entre les journalistes du Wine Spectator qui goûtent du vin en cravate (perso, en short, c’est mieux), dans des bureaux climatisés et "éclairés" aux néons 120 watts, et ceux de la Revue du Vin de France qui jouissent des mêmes conditions que VINSURVIN (cigales en moins, dès l’automne), l’objectivité en prend un coup. Facile donc d’être magnanime lorsque le magnétisme de la Magnaneraie opère à plein régime en ce fantastique début août. La dégustation à Paris, sous les néons et le ciel gris, ne jouit pas de tels auspices.

Servi sur un lapin au vin blanc, pruneaux et carottes, pâtes, ce rasteau 2005 offre des premières impressions très favorables : la robe est d’un grenas sombre et intense. Le nez est fin, sur des arômes de petits fruits rouges évoluant sur des notes de terroir rehaussées d’une touche animale. La bouche est fine, aromatique, pleine de fruits mais elle manque d’attaque, de vivacité, et surtout, de longueur. Les tanins sont, eux, aux abonnés absents. On se dit alors qu’en effet, les cigales ont eu don de nous et que notre objectivité en prit un coup. Premier cairanne, premier rasteau, premiers râteaux. Si le temps nous était compté, si l’on ne se trouvait pas dans une démarche hédoniste mais purement commerciale, l’affaire serait pliée.

Seulement peut-on rester sur de telles impressions lorsqu’à table, entouré des nôtres, on a le temps ? Si ce vin ne correspond guère aux critères purement subjectifs qui enchantent le palais de votre humble serviteur (attaque, vivacité, corps, matière, élégance tannique, complexité, longueur), cela en fait-il nécessairement un vin quelconque ou médiocre ? Et bien oui.  Le vin en général, et ce rasteau en particulier, ne saurait se limiter à quelques aspects invariablement ciblés.

Léger, nonchalant, presque dilettante, ce jeune rasteau consent à se révéler par delà les heures : le nez évolue sur des fruits mûrs, confiturés et sur des notes de fleurs blanches et aériennes. A bien y regoûter, les notes animales et de cuir s’exacerbent, le poivre entre dans l’arène et le tanin éclot. Ce vin nécessite qu’on lui accorde du temps dans sa prime jeunesse. Et bien, soit ! Attendons de voir ce qu’il offrira dans les années à venir. Car ces premières notes (animales, garrigue, cuir) devraient à n’en pas douter se faire plus concrètes dans avec le temps. A l’heure d’aujourd’hui ce rasteau se boira volontiers à l’apéritif ou avec une salade. 

 

En substance, il va de soi que l’on pourrait imputer cette chronique et ces remarques à la simple et bonne raison que contrairement au professionnalisme, l’amateurisme requiert certainement davantage de recherche, d’analyse et de patience dans la dégustation d’un vin. Vertus qui pourraient toutefois mener à une justesse et une objectivité disparues depuis bien longtemps chez certains érudits.

mardi, 16 octobre 2007

Bon baiser de Gigondas.

 

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Si certains se trémoussent devant un saint-julien, un pauillac ou un pomerol, attitude des plus compréhensible, je dois avouer qu’à la simple évocation de certains noms de vins français, je ressens également, en mon fort intérieur, une série d’émotions que seuls ont connu le chasseur à l’affût du gibier qui au contact de la cartouche va éclater, le passionné de classique transi par le mouvement qui parachèvera cette septième symphonie en apothéose et le pêcheur taquinant son acolyte de brochet aussi vieux que lui dans les eaux froides de la Méaugon. Oui, l’on pourrait en sus ajouter la transe éprouvée par ce percepteur conscient de mettre la main sur un arriéré. Ou le contraire.

Comme toi cher amateur de vin, mes sens à moi se magnifient sous la pression d’un panel de stimulus. Lorsque que, par exemple et par le plus grand des hasards fortuits, l’on me présente un beau Chinon, un somptueux Canon Fronsac, un subtil Pouilly-Fuissé ou Fumé ou encore un superbe Gigondas, le brame du cerf que l’on entend en ce moment en forêt n’est rien à côté du cri que poussent mes épigastres au contact de ces élixirs.

medium_amadieurgigondasetiquette.2.jpgDernière véritable révélation en date : le 23 septembre dernier pour les trois ans de ma progéniture aînée. Pour accompagner un superbe tagine maison : le Domaine Grand Romane de Pierre Amadieu. Le nez présente dès l’ouverture un formidable bouquet de fruits noirs (griotte) ainsi que de petits fruits rouges très mûrs (framboise, groseille). Puis apparaissent des saveurs plus complexes de garrigue (thym, laurier, olives noires…). Les tanins sont vigoureux mais pas outrecuidants car ils se fondent en une longue finale de réglisse et d’épices poivrées. Le vin est ample, riche, puissant et élégant. Il offre vraiment beaucoup de plaisir, notamment avec ces plats orientaux.

Le vin, en général, et celui dont l’éloge vient d’être faite en particulier, est et doit être vecteur de plaisir. Mieux, de plaisirs. Grâce à une infinie palette d’arômes qui se révèlent à notre nez, à l’ouverture et dans les minutes qui la suive, le vin attise nos sens mais invite aussi au voyage. Chose assez étrange, il m’est difficile de faire un parallèle entre les paysages du Vaucluse et le caractère du vin de monsieur Amadieu. Pas qu’on ne puisse pas en faire mais, c’est comme si la vigne allait puiser sa force dans des contrées imaginaires, comme si son âme était hantée par ses origines lointaines.

Cependant, si je devais me risquer à mettre une image, un tableau, une oeuvre sur le vin dégusté ce jour, j’irais vers ce baiser de Klimt (ci-dessus). D’abord, parce qu’effectivement, c’est un baiser que l’on reçoit de ce genre de vin lorsqu’on a la chance de le boire. Qu’ensuite l’attention portée par cet homme à cette femme n’est-elle pas une métaphore de celle que l’homme prête à sa vigne des mois durant pour en extraire la substantifique expression ? Qu’en outre, nous, épicuriens, nous lovons passionnément, comme cette femme, dans cette jouissance hédoniste qu’est la découverte de nouveaux vins.

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Vue depuis les hauteurs de Gigondas (photo VINSURVIN, 08.2007)
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Gigondas (Photo VINSURVIN, 08.2007)

dimanche, 21 janvier 2007

Gigondas c'est gigontesque!

 

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Carte des vignobles des Côtes du Rhône Septentrionales et Méridionales.

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La Frustration sur la Nationale 7. Aujourd'hui, direction Gigondas! Avant toute chose, prendre une carte de France. Se concentrer sur le quart sud-est. Repérer la N7 entre Vienne et Orange. Je vous épargne la chanson de Trénet. Nous commençons par les Côtes-du-Rhône Septentrionales, c'est à dire dans la moitié nord de cette grande région viticole française. Bifurquer à l'ouest sur la N86 afin de traverser Condrieu et les Roches de Condrieu.  Un petit bonjour personnel à la capitainerie et à l'oncle Claude qui rénove sa péniche. Direction Saint-Joseph. Les vignes se trouvent sur ces versants escarpés. De grands panneaux indiquent le nom du maître des lieus: Guigal. Tout au long de la route, les vignerons vous convient à des dégustations. Pas le temps de s'y arrêter aujourd'hui! Les vignerons de France et de Navarre connaissent-ils la frustration de l'amateur de vin? Celui qui passe dans leur région mais ne puit leur rendre visite, faute de temps, d'argent et de place, guidé aussi par des choix subjectifs et pas forcément des meilleurs! Mais c'est le jeu. Nous arrivons sur Tain-l'Hermitage, c'est écrit en grand sur ce mur qui longe le Rhône. Hermitage, Croze-Hermitage: tout un programme pour l'amateur. A condition de trouver les vignerons, chose pas évidente la première fois. Je pense au domaine Collonge à Mercurol, bien caché dans les vignes! Il m'en reste d'ailleurs quelques 2003, bien cachés sous les fagots!

Blind test. Bientôt apparaîtront les panneaux indiquant la direction de Cornas. Le souvenir de cet excellent vin découvert un soir de réveillon de Noël ne s'effacera pas de si tôt. Merci papa! Les chats ne font pas des chiens. D'ailleurs, Gigondas est sûrement son vin préféré. Le passage de témoin a dû se faire le jour où il me fit un blind test un dimanche, à table, en famille: "On va voir si tu es si fort que ça, Monsieur-je-m'y-connais-en vin!" Personnellement, j'ai un peu horreur des blind tests. Vous savez, on vous fait goûter un vin sans vous montrer la bouteille. A vous deviner de quoi il s'agit. En présence d'amateurs, si on se trompe, on pourra toujours argumenter: la couleur me rappelle la Languedoc, Faugères, ce nez de fruits mûrs, un peu confituré, épicé en finale... Votre interlocuteur vous suit et comprend pourquoi vous vous êtes trompé. C'était un Patrimonio. En famille? Rien de tout cela. Tu trouves ou tu trouves pas! Tu t'es trompé: t'y connais rien. Votre égo en prend un sacré coup. Vous essayez de vous justifier mais personne ne veut rien entendre. Non, c'est bon. T'as pas trouvé. C'est tout. Papa me présente un très beau verre. La quantité de vin est parfaite. Elle atteint le niveau le plus évasé du contenant. Il ne m'a pas servi un "sceau". Ni un digestif. La robe est noire, très profonde. J'élimine la Loire, la Bourgogne. Le nez est de fruit noir, macéré et de fruits mûrs avec des notes de balsamique: typique de Gigondas? Non, typique du tout premier Gigondas que papa m'avait fait goûté alors que j'avais à peine 20 ans. Comment a-t-il fait? Mais je m'en suis toujours souvenu. Et je m'en souviendrai toute ma vie. Je ne prends pas le temps de le goûter. Quitte ou double, me dis-je. J'exulte: "Gigondas. 2003." Mon père explose de rire. Ma mère me regarde, admirative. Oncles et tantes sont soufflés. Attends, tu ne le goûtes pas? Pas la peine, je te dis que c'est un Gigondas de 2003. Et là, Dorothée me regarde et sort: "C'est bon, t'avais vu la bouteille dans la cuisine."

medium_vignoble_Rhone_Sud.2.gif Tribu guerrière. Nous arrivons désormais dans la partie sud de la région: les Côtes-du-Rhône Méridionales. Dans les coteaux du Tricastin, pays de la truffe, à l'est de Montélimar, on trouvera de très bonnes choses à des prix raisonnables. Cette région tient son nom d'une tribu guerrière jadis implantée là: les tricastini, une peuplade gauloise préromaine vaincue par les Romains. Cépage syrah oblige, les Coteaux du Tricastin offrent des nez puissants, à dominante d'épices. En bouche: concentration de tanins bien fondus, fruits noirs, notes de vanille et de cuir. Pour ne citer qu'un example. A l'extrême sud-est les excellentes Côtes du Lubéron. A goûter impérativement après une halte à Vacqueyras!

Calmer ses ardeurs. Ca roule bien jusque Gigondas, but de notre tournée des grands ducs d'aujourd'hui. Nous descendons chez la famille Chauvet. C'est ce domaine du Grapillon d'Or 2004, avec sa très jolie étiquette, il faut le dire (voir photo ci-dessous) qui m'a mis sur la voix. J'avais envie d'un vin puissant ce week-end. Nous étions partis sur ce magnifique Saint-Nicolas de Bourgeuil de chez David Drussé le week-end dernier et, allez savoir pourquoi, je voulais quelquechose qui dénoterait complètement cette fois-ci. Rien de tel me dis-je alors que de passer du Nord-Ouest, au Sud-Est. J'ai eu la très agréable surprise à la rentrée de septembre d'entendre Sylvain, un collègue, me dire: "Au fait, j'étais à Gigondas cet été, je t'ai ramené un carton de 2004. Tu n'as plus qu'à venir le chercher." Un peu jeune à son goût, il me conseilla de le garder un peu. Avisé le Sylvain! Effectivement ce vin devrait atteindre sa pléninude dans une petite dizaine d'années, au bas mot. Caraffé une bonne heure avant le service, il a somme toute su m'épater par les qualités qui font déjà sa force. Puissant, charpenté mais empreint d'une certaine rondeur: le passage en fût aura calmé certaines de ses ardeurs. Nous le bûmes avec un cake au lard et au fromage et l'accord fut parfait. Une robe profonde aux reflets rubis, un nez agréable aux arôme de fruits macérés, mêlés de notes plus douces (vanille) et une finale épicée. Un très bel example d'expression de l'assemblage grenache (80%) / syrah (20%). Un vin élégant, subtilement équilibré et qui promet de très bons moments dans le futur. Les Gigondas ont une place particulière dans mon coeur, et je suis certains qu'ils ne laisseront pas insensibles les amateurs que vous êtes! 

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