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lundi, 22 septembre 2008

Arrachage des vignes : crève-coeur des viticulteurs

 

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L’arrachage des vignes, « crève-cœur » des viticulteurs, un article de Gwenaëlle Moulins, du Journal La Croix (13.09.2008).


Plus de 70 % des demandes françaises d’arrachage en 2008 ont été déposées en Languedoc-Roussillon, une région qui a déjà perdu la moitié de son vignoble en vingt ans.

 

Il en gardera « quand même » un hectare, « histoire de s’occuper un peu et de ne pas rester devant la télévision ». À 63 ans, dont près de cinquante à travailler la vigne, Christian n’a pas pu se résoudre à arracher tout son domaine, hérité de son grand-père.

« Si j’avais pu, j’aurais même tout conservé. Mais c’est impossible de continuer. Chaque année, je perds 10 000 €, raconte ce viticulteur de Baillargues, aux portes de Montpellier. Le prix du vin est quasiment le même qu’en 1957, comment voulez-vous qu’on s’en sorte ? »

Comme lui, plus de 3 600 viticulteurs du Languedoc-Roussillon ont demandé à bénéficier du plan européen d’arrachage, c’est-à-dire à toucher des primes en contrepartie d’une destruction définitive de leurs parcelles. La date limite du dépôt des candidatures, c’est lundi 15 septembre, en pleine période de vendanges.

Combien de viticulteurs se seront décidés dans les derniers jours ? « On craint le pire », ne cache pas un responsable de Viniflhor, l’établissement public chargé de collecter les dossiers. D’autant que cette année, en plus de la hausse du prix des carburants et de la concurrence internationale, la récolte s’annonce historiquement faible.

 

Objectif : arracher 175 000 hectares en trois ans

 

Sur l’ensemble de l’Union européenne, l’objectif est d’arracher 175 000 hectares sur trois ans. Cette année, rien qu’en Languedoc-Roussillon, plus de 13 000 hectares devraient ainsi disparaître ; cette région représente à elle seule 70 % des demandes de la France.

Le sujet, synonyme d’échec personnel, reste encore largement tabou. Seuls les vignerons qui n’arrachent qu’une partie de leur domaine pour se refaire de la trésorerie acceptent de témoigner.

« C’est un crève-cœur, confie d’emblée Anne, viticultrice depuis vingt-huit ans dans le Minervois. Cela me fait bizarre de recevoir de l’argent pour casser mon outil de travail. Dans les années 1990, on a reçu des primes pour tout replanter. On a arrêté la production de carignan, le fameux “gros rouge”, pour un vin de qualité et des cépages nobles… qu’on doit aujourd’hui arracher ! »

Après avoir déjà détruit deux hectares, Anne n’a pas pu se résoudre cette année à arracher ses parcelles « qui datent de 1905 ». Elle se laisse le temps d’une « réflexion sentimentale ».

« Ce système est absurde. On ferait mieux de financier les vignerons pour les maintenir sur leurs terres », n’hésite pas à dénoncer Robert Curbières, viticulteur et porte-parole dans l’Aude de la Confédération paysanne, l’un des rares syndicats à contester le système des primes à l’arrachage.

« Dans la région, la viticulture a un rôle économique, touristique, paysager et écologique. On est en train de faire disparaître un patrimoine, poursuit-il. Bientôt, il n’y aura plus que de la garrigue et les incendies pourront courir de Carcassonne à la mer ! »

 

Arracher les vignes et planter des oliviers

 

En vingt ans, le Languedoc-Roussillon a déjà perdu près de la moitié de ses vignes, dont certaines ancrées dans ce terroir depuis le Moyen Âge. Autre indicateur inquiétant : en 2007, pour la première fois, le chiffre d’affaires

de la viticulture, pilier du « Midi rouge », est même passé sous celui de l’arboriculture.

Que sont devenus ces anciens vignobles ? Pour la plupart, de la garrigue ou des terrains à villas. La reconversion des viticulteurs est un pari très loin d’être gagné. « On nous dit : “Arrachez et plantez des oliviers”, mais ce n’est pas si simple, explique Anne, la viticultrice du Minervois. Notre sol est trop pauvre. Moi, j’ai planté 250 oliviers en 2001 et je n’ai toujours pas eu de récolte… »

Au château de Coujan, au nord de Béziers, Florence, elle, expérimente un « nouveau débouché » sur les 20 ha arrachés il y a deux ans. Il a d’abord fallu se résoudre à détruire de vieilles vignes, plantées au milieu du XXe siècle et sans cesse améliorées par son père, François, l’une des figures marquantes de l’histoire du vin en Languedoc.

Puis, en contact avec une association locale de valorisation des paysages, « Mosaïque », Florence a semé sur des coteaux très secs des fleurs variées – phacelie, sainfoin, radis fourrager… – pour un apiculteur dont les abeilles manquaient cruellement de diversité. Mais après deux ans d’essais, les aides financières se sont arrêtées… Florence ne veut pas « désespérer », mais elle ne cache pas un fort sentiment d’« abandon » par les pouvoirs publics.

 

Photo VINSURVIN, mai 2008, dans le vignoble de Marc Houtin et d'Olivier Bresteau, de la Grange aux belles, Anjou. 

Commentaires

Merci, d'avoir reproduit cet article - et pour illustrer, qu'il n'y a pas que les producteur de vins de masse de basse qualité, qui sont obligés d'arracher, un lien vers un de mes anciens posts, qui parlait de Château Coujan et son rôle de précurseur pour la production de vins de qualité dans le Languedoc:

http://lisson.over-blog.com/article-10267331.html

La situation pour les petits viticulteurs en coopérative dans l'arrière pays est encore pire, ici, ce sont les vignes des coteaux, onéreux en main-d'œuvre, qui s'arrache à tour de bras ces dernières années - un prix de vente de 0,35 €/l en moyenne pour des parcelles à bas rendement ne couvre plus les frais.

L'impact sur le paysage et l'environnement est désastreux!

Écrit par : Iris | mardi, 23 septembre 2008

On a du mal à saisir la cohérence de cette politique. Si la baisse de la production locale peut à court terme faire remonter les prix (selon la loi de l'offre et de la demande) quelles solutions l'arrachage apporte t-il à la concurrence internationale dans un contexte de libre-échange??? Est-ce que l'arrachage résout le problème de la compétitivité des vins du Languedoc? Au contraire elle affaiblit les producteurs, réduit la taille des exploitations et donc des économies d'échelles et encourage des logiques de rente qui desservent la viticulture.

Écrit par : Damien | jeudi, 25 septembre 2008

Les commentaires sont fermés.

 
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