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dimanche, 11 mai 2008

Château Chimique : de belles années devant lui.

A l'heure où le bio est de plus en plus tendance et où plus un seul vigneron ne néglige le respect de la nature (dans leurs discours en tous cas), les médias traitent souvent leurs reportages à coups d'enquêtes chocs révélant de sordides "vérités" sur l'état sanitaire a priori lamentable de nos vignobles. Une récente enquête de Gérard Muteaud dans le Nouvel Observateur met le feu aux poudres. Et le CEMAGREF confirme. De quoi se mettre à l'eau, moins polluée quand même.

1358458589.jpg"Ce Clos Vougeot présente des tanins fondus, heu, fongicides, pardon, m'enfin c'est superbe !" "Et ce Saint-Emilion... un côté herbacé...", "Herbicide, vous voulez dire, mon cher !"  Selon le jargon populaire, nos vignobles seraient comme nos hommes politiques : tous pourris. Les optimistes, eux, voient une prise de conscience et arguent que nos vignes se portent de mieux en mieux, et notre santé avec. Pourtant, à lire le papier du Nouvel Obs, une étude très sérieuse le prouve : les vins sont contaminés par les pesticides. Y compris les plus grands prix.

François Veillerette, président du Mouvement pour le Droit et le Respect des Générations Futures (MDRGF) et administrateur du Réseau Pesticide Action Network Europe (PAN Europe), l'affirme, le vin est contaminé par des résidus de pesticides à des doses mille fois plus élevées que celles tolérées pour l'eau du robinet. Sur une quarantaine d'échantillons de vin rouge millésime 2002 piochés au hasard (1) et analysés par son association, tous à l'exception de six bouteilles issues de l'agriculture biologique, contiennent des traces  de quatre à dix  pesticides différents. Des produits chimiques inscrits pour la plupart comme des agents cancérigènes, mutagènes ou perturbateurs endocriniens par la directive européenne sur les substances dangeureuses. Mais cela ne semble émouvoir personne en France. L'Union des Grands Crus de Bordeaux estiment que la question ne relève pas de sa compétence. Sur les dix vins français (trois bourgognes, sept bordeaux) passés au crible figurent pourtant trois crus vendus plus de 200 euros le flacon.1501938745.jpg

Les chiffres du CEMAGREF font froid dans le dos : les cultures consommant le plus de pesticides sont, largement en tête, la vigne (51%), contre les céréales (26%) et le maïs (13%). Toujours selon l'institut de recherche public, la France est le pays qui utilise le plus de produits phytosanitaires en Europe, avec en 2001, 95 0000 tonnes de substances actives appliquées sur des parcelles agricoles. Des chiffres en baisse, notamment grâce à... l'instauration de taxes sur les activités polluantes. Il y a donc bel et bien eu prise de conscience. Economique. Revers de la médaille, si ces traitements tuent les ravageurs, ils éradiquent aussi leurs prédateurs et leurs parasites. Au bout de quelques années, les ravageurs débarrassés de leurs ennemis se mettent à proliférer. Il est alors nécessaire d'appliquer des doses encore plus fortes. Ou alors changer de formule. Depuis plusieurs années, des organismes deviennent résistants à certains traitements qu'il faut donc changer. Ainsi, au début des années 1990, plus de 500 espèces d'arthropodes, 270 espèces de mauvais herbes et 150 autres espèces pathogènes étaient devenues résistantes à au moins un pesticide. La mention "contient des sulfites", obligatoires sur les bouteilles de vin depuis 2004, est donc d'une hypocrisie invraisemblable, si ce n'est une supercherie, dans le sens où elle valide l'emploi de sulfites (générateurs de migraines) et met tout le monde dans le même sac. Car les taux de sulfite varient de 1 à 160 mg/L pour les rouges et de  1 à 210 mg/ L pour les blancs. Le taux d'anhydrique sulfureux peut atteindre les 400 mg/L pour un vin liquoreux ! Cette mention est donc caduque.

Toujours selon l'enquête du Nouvel Obs, et d'après un rapport du très sérieux Institut de Veille Sanitaire (InVS), entre mai et août, l'air en Gironde et en Champagne est saturé de produits comme le folpel, la trifluraline, la pendiméthaline et l'endosulfane. Pis encore, on détecte aussi du lindane (insecticide de la famille des organochlorés, considérés comme l'un des principaux polluants des nappes phréatiques), interdit depuis 1998. Les risques sanitaires pour la population ?  Ils n'ont jamais fait l'objet d'une étude épidémiologique sérieuse.

Dans la Revue du Vin de France de ce mois-ci, Claude et Lydia Bourguignon, microbiologistes considérés comme les meilleurs spécialistes mondiaux des sols viticoles, estiment que la France bénéficient aujourd'hui des quatre conditions majeures indispensables pour produire les plus grands vins du monde : un climat tempéré, le calcaire, la diversité des cépages, les caves construites avec les roches de l'appellation. La France a donc toutes les cartes en main mais elle gaspille ses chances et les met en danger. L'utilisation massive des pesticides, le désherbage chimique systématique de nombreux vignobles et l'emploi intensifs des engrais font des ravages. Les Bourguignon vont jusqu'à citer le Beaujolais au palmarès des terroirs les plus moribonds, où la culture du désherbage a causé des dommages qui mettront des décennies à se résorber. Mais il y a a aussi les Costières de Nîmes et le Médoc, qui apparaît très mal en point. 

Discours alarmistes ? Réalités taboues ? Le discours ambiant des vignerons est au "traitement raisonné" et à l'emploi de souffre le plus infime qui soit, critères manifestement absents du cahier des charges de l'AOC. In fine, le consommateur lambda n'a aucun moyen de contrôle si ce n'est de se réfugier vers le vin bio. Une chose est sûre, on va finir par se demander si le vin est si bon que ça pour la santé.

(1) L'étude porte sur 40 bouteilles de vin rouge du millésime 2002 provenant de France, Autriche, Allemagne, Portugal, Afrique du Sud, Australie et Chili.

Photos : vigneronblog ; linternaute.

12:29 Publié dans VIN & ACTU | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Un bon article a ce sujet dans le Midi Libre du 12/05

http://www.midilibre.com/articles/2008/05/12/20080512-FAIT-DU-JOUR-Une-nouvelle-etude-met-les-residus-de-pesticides-en-cause.php5

Malheureusement une fois que le sol est contaminé pour le récupèrer c'est mission impossible, sauf en etant patient

Écrit par : C-Drick | mardi, 13 mai 2008

Les commentaires sont fermés.

 
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