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mercredi, 09 avril 2008

Mathilde et la Fourmi.

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Un roman de VINSURVIN.

Aux Editions Tupperwine.

Chapitre 1

Nils arriva à l’Eternel Retour, une accueillante librairie de la rue Lamarck tenue par Olivier et Cyril, partagé entre la hâte de goûter du bon vin de Cahors et l’impression d’avoir (un peu égoïstement, comme il se l’avouait) abandonné sa femme, fiévreuse et déjà affublée d’une jambe cassée. Il espérait qu’elle s’en sortirait quand même, avec leur trois enfants, âgés de cinq, trois ans et sept mois. Sa petite dernière (Choupinette, comme il l’appelait) était vraiment une sacré petite pirate, et pas facile à gérer avec ses dents qui se mettent à pousser ! Les deux autres, deux garçons adorables, avaient tendance à en profiter un peu en l’absence de leur père, et jouer à Tarzan avec le lustre et les rideaux étaient leur passion du moment ! Pas arrivé depuis cinq minutes, sa femme l’avait déjà appelé à trois reprises. Comme elle ne semblait pas en mesure de faire face à ses tâches les plus quotidiennes et familiales qu’il soit, il tenta de la rassurer en lui promettant de ne pas rentrer tard. Elle pouvait le rappeler bien sûr, ça allait de soi, mais il n’était pas sûr d’entendre son téléphone : attentionné, il, s’en excusait par avance. Lui souhaitant bon courage alors qu’elle semblait ne pas en avoir terminé avec lui, il raccrocha. C’est alors qu’un autre téléphone retentit dans la librairie. Il trouva cela un peu impoli et décida d’éteindre le sien. Et puis, Nils était venu accompagné de son ami Laurent, un homme souriant et sympathique d’une trentaine d’années, installé aux Batignoles. Il fallait quand même qu’il s’intéresse à lui, qui participait à son premier Tupperwine.

Chapitre 2

Olivier et Cyril, dont la librairie est spécialisée sur les livres de philosophie, ont disposé des ouvrages relatifs au vin sur la grande table. Celui intitulé Vin et Cigares me plaît particulièrement. Quant au Robert Parker, encore dans son cellophane, il remplit à merveille son rôle de pose-verre. Comme quoi, les ouvrages de Parker ne servent pas à rien, comme trop le prétendent. La dégustation commence par le Tradition de la maison Lacapelle-Cabanac, dont la particularité est de travailler en agriculture biologique. 90% malbec, 10% merlot, le Tradition présente une robe sombre. Les officionados lui trouvent un nez discret de fruits noirs tels que la mûre. La bouche est souple et d’une bonne consistance. Si l’on tarde à retrouver les notes de fruits que le nez promettait, une palette de notes plus terroirs s’affichent, elles, généreusement : sous-bois, champignon et une touche minérale. On est d’accord pour dire que ce vin léger accompagnera volontiers des salades et des grillades cet été.  

Olivier a beaucoup aimé le premier cahors. Cyril se délecte du deuxième opus de Lacapelle-Cabanac : Cuvée Prestige. Nos yeux plongent dans une couleur encre noire. Chacun s’empresse de tourner les premières pages. L’influence de Malbec (non, pas de Houellebecq !) et de Merlot (et non Berlioz) est incontestable. Rédigé en 12 à 18 mois en fûts de chêne, le vin intrigue ceux qui découvrent la bio. Le narrateur fait effectivement dans la langue de bois, au nez comme en bouche. Sa plume est ronde, grasse et opulente. On n’est pas dans la littéculture à l’eau de rose, mais tout cela est quand même vanillé. En substance, joli romance que ce Prestige de Simon-Vérax.

Chapitre 3

Mathilde s’arrêta devant la devanture de l’Eternel Retour, sa librairie de la rue Lamarck. Elle scruta les livres exposés puis décida d’entrer. Elle était à la recherche d’un livre de Paul-Alain Jacques, ou Jacques-Alain Paul. Ou était-ce Paul-Jacques Alain ? Son regard s’arrêta sur la première personne en face d’elle. Ou peut-être sur les verres et les bouteilles de vin posés sur la grande table. Elle prit cette homme pour le libraire. Mais ce n’était pas lui. Etait-ce le vigneron, alors ? Non ? Où suis-je tombée, dut-elle alors se demander. Elle ne fut pas contre un verre de Fourmi, ce cahors rouge, du Clos Troteligotte. Immédiatement, elle l’adora. C’est vrai que l’assemblée se délecta des Fourmi et Perdrix. Du fruit au nez comme en bouche, de la joie, de la gouleyance, une belle mâche, de l’épice, du fruit noir. Mathilde en revoulait, mais la Fourmi n’étant pas prêteuse… 4,95€ pour le premier, 7,50€ le deuxième : un rapport qualité/prix époustouflant. Puis vint le K-Or (7,80€), passé un an en fût de chêne (agé de 2, 3 millésimes). Un boisé fin, fondu, maîtrisé. Sans compter le CQFD (22€), véritable Rolls Royce de la maison Rybinski, qui nous conduit vers des notes de réglisse, de tabac, de torréfaction. Quelle cuvée ! Quelles cuvées ! Mathilde était déjà reparti avec son ami, Frank, passé la rejoindre et tombé immédiatement sous le charme de la Perdrix. Un peu comme nous tous de Mathilde, qui virent ce personnage débarquer, deus ex machina, dans la librairie et donner à l’intrigue une épice digne des cahors.

Sans tragédie ni coup de théâtre, la dégustation eut le dénouement des histoires qui se finissent bien. Personne ne se maria ni n’eut d’enfants mais le sentiment de s’être lié d’amitié avec chacun des personnages présents et mentionnés, mêlé au effluves de griottes, de tabac et de réglisse, parfuma la librairie. Nils ralluma son portable et sa messagerie agacée ne tarda pas à se manifester. Il lui faudrait désormais ouvrir un autre livre, dans lequel trois juvéniles héros, au beau milieu d’un séjour ressemblant à un champ de bataille, piaffent d’impatience de revoir leur papa, pendant que leur maman rigole avec ses copines, autour d’une bonne bouteille de vin.

Commentaires

Tupperwine 5.0, encore une réussite!
J'ai bien aimé le nez fruité de Lacapelle-Cabanac, mais j'ai été un peu déçue de ne pas retrouver ces fruits en bouche.
Et puis j'ai été séduite par le bel équilibre des Fourmi et Perdrix du Clos Troteligotte, une couleur rubis profonde, du fruit, des tanins maîtrisés, très agréable.
Parallèle très intéressant entre le vin et les livres, on aime le vin parce qu'une bouteille nous a marqué, on aime les livres parce qu'un jour un livre a déclenché chez nous une émotion nouvelle.
Et l'Eternel Retour, ça veut dire qu'on y retournera!
Merci à tous, vignerons, libraires, bloggueurs, oenophile, pour cette belle soirée.

Écrit par : Anne | vendredi, 11 avril 2008

Aviez-vous vu que la cuvée Tradition de Lacapelle-Cabanac a obtenu un excellent 16/20 en page 71 de la RVF d'avril?

@ Fabrice: j'ai pris par inadvertance le papier où la célèbre Mathilde avait écrit le nom de son Gigondas: Roucats Toumba

@ Eric: à quand un Tupperwine avec le domaine Bérénas?

Écrit par : Anne | samedi, 12 avril 2008

Voilant enfin mettre un visage (un goût et une odeur...) sur les Fameux Tupperwine dont Anne nous rebat les oreilles, j'ai accepté avec une grande joie de venir vous rejoindre le temps d'une soirée.
En tant que parfaite néophyte je ne m'aventurerai pas à commenter les vins mais plutôt le lieu et les rencontres... Je ne saurai mettre le doigt sur l'ingrédient mais l'alchimie fut très agréable. Cette soirée m'a fait repenser à un livre que j'avais adoré : Itinéraire spiritueux de Gérard Oberlé.

Merci à tous pour cette délicieuse soirée!!

Écrit par : Aurélie | dimanche, 13 avril 2008

Pour moi aussi ce fut une premiere. Et une premiere fort agréable.
Un grand merci donc au GO, à nos hotes du soir (experience interessante et originale que de marrier les univers du livre et du vin pour une soirée), à ces gentils vignerons sans qui nous n'aurions rien a déguster, à debattre, à analyser, ... (pour ma part j'ai aimé l'equilibre des trotteligotte) et à tous les participants qui rendent la soirée tres conviviale.
En attendant la prochaine édition !

Écrit par : Seb | dimanche, 13 avril 2008

j'a retrouvé ma femme allongee à motie inconsciente dans l'entrée suite à sept jours de jeûne forcé entoure de nos enfants de trois et cinq ans,courageux mais impuissants .Fort d'un etat d'esprit nicolas S. aesque en période de crise et autres prises d'otages,je l'ai 'immediatement perfusé avec ce que 'on avait goute de plus agréablement inattendu pour un cahors et de plus complet savoir le fourmi et la perdrix du clos troglidotte.Surprenante trouvaille qui fait sauter les préjugés comme de qualifier à tort les vins de cahors d'un peu rude ,de pas très subtile;,de plus ils m'ont paru d'un excellent rapport qualite prix c'est suffidsament rare pour le souligner. Donc j'avais pris soin de subtiliser discretement lors de cette studieuse(l'environnement intimidant des grands esprits) mai toujours aussi conviviale degustation en cas d'urgence ;elle a(ma Carla, princesse des montagnes de kabylie) au fil des heures retrouver ses couleurs,son equilibre,et une certaine gaité .Fabrice, grace toi ,j'ai pu aller sur d'autres fronts ,au nord le lendemain(ceux de la diversite des bieres belges) la conscience plus ou moins tranquille.Donc Merci Fabrice,pour ces degustations et plus largement ces moements salutaires pour le corps et l'esprit ,passés et à venir.

Écrit par : Nils | lundi, 14 avril 2008

Les commentaires sont fermés.

 
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