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lundi, 10 mars 2008

Vin de Loire dort comme un...

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Comme les hommes (qui a dit "et contrairement aux femmes"? Ah, non, je ne le tolérerai pas.), le vin a souvent besoin de quelques années pour exprimer tout son potentiel, offrir le meilleur de lui-même, trouver une certaine forme de plénitude. Lorsque certains vins nécessitent du repos des décennies durant, l'amateur patientant ne serait-ce que trois ans peut tout à fait profiter de cette sagesse. 

Il est des vins qui vieillissent mieux que d'autres. Pire, il en est que l'âge bonifie! Les années passant, et après avoir traversé plusieurs phases, le nectar objet de tous nos désirs va atteindre ce que l'on appelle son apogée. De là à dire qu'il n'est pas "buvable" lors de sa prime jeunesse, il y a un pas. Mais, les spécialistes, dont votre humble serviteur ne fait pas partie, s'accordent à dire, qu'effectivement, un vin ayant sommeillé dans d'excellentes conditions de garde pendant de longues années (dix, vingt, quarante années, voire bien plus), conduira le dégustateur vers des contrées bachiques rarement explorées. Parmi les millésimes exceptionnels, on compte notamment 1921, 1949, 1959 et 1990 (sur l'ensemble du territoire),  1995 (Loire et Rhône), 1996 (Bordeaux), 2000 (Bordeaux, Chateauneuf du Pape, Gigondas), 2003, 2005 (Bordeaux, Bourgogne, Loire, Rhône). Comparativement, 1956 fut catastrophique, 1980 médiocre et 2002 moyen à médiocre. Entre autres. On dit aussi que les millésimes de 1939 à 1945 n'eurent pas pas bon goût.

Parallèlement, il est des vins qui ne peuvent pas, et qui ne doivent pas, passer certains caps temporels. Ce ne sont pas des vins de garde. Attention, ce n'est pas parce qu'un vin n'est pas de garde qu'il n'est pas de qualité. Tout naturellement, il ne possède pas les critères (cépage, appellation, terroir, sucre résiduel, acidité, vinification) qui font d'un vin un vin de garde. De même qu'on n epeut pas décréter que certaines régions françaises (comme la Loire) ne sont pas propices à la garde. Certains Chinon peuvent tenir dix années. Et si les vignerons ligériens se gardent bien de vous promettre 15, 20 ans de garde, je ne serais pas étonné de trouver dans leurs caves des étiquettes affichant des millésimes inférieurs à 1990, et pas uniquement par esprit de collectionneurs.

Le flacon ouvert aujourd'hui affichait 2004. Un gamin me direz-vous! Sauf que ce Saint-Nicolas de Bourgueil (Les Graviers, de chez David Drussé) n'a pas vocation à vieillir. En 2005, votre humble serviteur décrivait une robe rubis éclatant, un nez expressif et pur, des arômes de fruits rouges évoluant vers des notes d'épices et de fruits macérés dans l'alcool, une bouche ronde et grasse se développant avec un équilibre parfait et une élégance rare. Une trame tanique présente mais pas outrancière (Archives). Mars 2008 : la couleur est aubergine, claire. Le nez est plus discret mais nourrit toujours des arômes de fruits rouges mûrs. Dans un parfum homogène et discret, le côté "fruits macérés" persiste et le nez demeure épicé. Fraîcheur et vivacité se sont amenuisées. En bouche, le vin a conservé un beau volume mais n'a plus ni l'attaque, ni la chair "d'antant". Le fruit est là mais il se confond avec d'autres notes, offrant à l'ensemble une certaine complexité. La puissance typique du cabernet fait un peu défaut. Les tannins se manifestent mais qu'est-ce qu'ils se sont arrondis. Ce Gravier est devenu ce qu'on appelle volontier un "vin léger", souple et agréable à boire. Les qualités intrinsèques du vin, celles que l'on devine et que l'on estime si prometteuses chez les grands vins de garde dans leurs premières années, ne se sont pas exacerbées. Au contraire, elles se sont joliment fondues dans un décor très harmonieux. Pour être franc, bien qu'encore très agréable, il est temps de boire ce vin qui a désormais quatre ans. Pour l'anecdote, ce vin avait fait l'unanimité lors du Tupperwine 3.O. Ce vin de Loire a donc peu, mais assez, et bien vieilli. En l'espace de quatre ans, il a finalement trouvé une certaine sagesse pour devenir vraiment agréable, et n'a rien perdu de son caractère.   

Commentaires

En matière de vin de garde, le roi de cette catégorie reste quand même le vin jaune du Jura:
"...Vin de garde, le vin jaune pourra alors vieillir en bouteilles jusqu’à plus de 100 ans. Pour preuve, en 1994, une bouteille de vin jaune datant de 1774 dont les vendanges furent travaillées sous le règne de Louis XV et vendangées sous Louis XVI, fut débouchée au Château de Pécault et révéla un vin parfaitement conservé !..."
http://www.juracom.com/affiche.asp?arbo=1&num=155

Écrit par : C-Drick | mardi, 11 mars 2008

On boit à Bourgueil des 1976 ou de 1969 remarquables et il se trouve encore, dans les caves de tuffeau du chinonais ou du bourgueillois, quelques bouteilles de la trilogie 1947, 1948, 1949, qui sont loin d'être fanées.

Écrit par : Guillaume | mercredi, 12 mars 2008

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