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dimanche, 16 décembre 2007

Au Café Rouge, on boit aussi du (gros) rouge.

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Voilà qui va rassurer les amateurs de bon vin : il n’y a pas qu’en France qu’on trouve du vin mauvais dans nombre de brasseries, cafés et restaurants. De retour de Londres après un séjour de trois jours, j’ai pu constater que les anglais servaient à leurs clients du vin qui n’en a que le nom. Seule différence : ce dernier n’est pas mauvais en soit. Il est juste adapté à un certain (mauvais) goût anglo-saxon.

An exotic chenin ! Mercredi soir, Londres, quartier de Knightsbridge, en face de chez Harrods. Pendant que mes élèves font leurs emplettes, je vais enfin pouvoir m’asseoir et souffler, au Café Rouge, une chaîne de cafés / restaurants prisée des londoniens après leur shopping et par des gens de passage ayant la naïveté de croire que l’on y sert du bon vin. Suivez mon regard. Au Café Rouge, on boit du "café" (que les anglais appellent "espresso", à différencier de l’eau colorée servie dans des mugs de 300ml), du "déca" ou des "crêmes", et même du vin. La maison a en outre le chic de nous décrire brièvement la (ou les ) caractéristique(s) des vins sur la carte : A full-bodied, spicy and yet fruity syrah with a beautiful, never-ending final. A superb energy that only wines from the Côte du Rhône can offer. On lit encore : A fresh, quick, floral, subtle, exotic chenin from the Loire Valley : a sample of what France can do best.

Seuls les bordeaux ont du corps. Quel lyrisme, quel verbe, quels portraits : moi qui allais me diriger vers une noisette, je me surprendrais volontiers à goûter ces vins anglo-français. Même pendant le service. Mon collègue, qui m’a prévenu qu’il n’aimait que les vins de bordeaux « car ce sont les seuls vins français à avoir du corps », me laisse tout le loisir de choisir son vin. Ce sera la fameuse syrah décrite ci-dessus. Un vin rouge élaboré à partir du cépage roi en Rhône. J’opte pour le chenin d’Anjou, un vin blanc sec, minéral mais néanmoins fruité et floral, dont le Savennières serait le meilleur ambassadeur. 

Surcharge pondéral. Le rouge de mon acolyte arrive. Puis repart, le serveur se mélangeant les pinceaux. Ce dernier revient cette fois-ci avec le "syrah" qu’il nous présente avec un accent de l’Est. Mon collègue m’autorise à étudier son drink. Le nez semble flatteur de fruits rouges très mûrs. Il est rond, lourd, volumineux. Puis il vire au boisé, et présente des notes vanillées. Inutile d’aller plus loin. Dix huit mois de barriques, ou copeaux de bois en intra-veineuse, le vin est peut-être même issu d’un laboratoire pharmaceutique. En bouche, il présente une surcharge pondéral inquiétante. Il est sec, boiseux, sucré. C’est proprement lamentable. Mais mon collègue l’apprécie. Et je ne vais tout de même pas lui gâcher son plaisir.

Egarement pathologique. Mon blanc est fantastique. Sa couleur est tellement ambrée que je le prends pour un cognac. Au nez : zéro fruit, zéro fleur, zéro minéral. Nous constatons l’expression du chêne dans toute sa splendeur, une rondeur pantagruélique, des arômes d’E220, E230 et E550. En bouche, c’est la foire du Trône : miel, caramel, et sucre glace contraignent l’amateur à réviser le sens des mots "fresh", "floral" et"subtle". Le produit est littéralement écœurant. Face à de tels concepts, mes incantations oenophiles quotidiennes apparaissent comme les pures produits de l’imagination d’un cerveau illuminé. Elles confèrent à l’égarement pathologique, celui que quelques extravagants (dont je suis victime et acteur) essaiment emphatiquement et prosaïquement sur les écrans blancs de lors ordinateurs et dans les réunions d’amateurs soit-disant éclairés.

My carte des wines is poor. Un quartier chic, une maison réputée, la simple présence de la description des vins sur la carte, leurs prix élevés (autour de 7€ le verre de 200ml) : autant d’éléments qui nous autorisent, dans l’absolu, à espérer des vins d’une bonne qualité. Mais à y voir de plus près, ces deux vins (que l’on eût la naïveté de croire "français") répondent indéniablement à un style. Voire à une qualité. Les vins ronds, sucrés, boisés, charmeurs, (sensés être) faciles à boire semblent donc correspondre à un goût incongru et à des critères étudiés. Pire, désirés.  Conclusion, si my tailor is rich, my carte des wines, elle, is poor.

Photo ci-dessus, VINSURVIN : Westminster et la Tamise, depuis le London Eye.

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Commentaires

Ca donne envie de goûter...

Écrit par : armel | lundi, 17 décembre 2007

Quelle tristesse.
Dans quelques années, c'est ce que nous achèterons...

Écrit par : uraken | mardi, 18 décembre 2007

C'est tellement dommage. Je comptais m'expatrier bientôt à Londres, eh bien je crois que mes allers-retours en France (merci Eurostar) seront ponctués de visites chez le caviste !!
Je reste persuadée que l'on peut trouver du bon vin en Angleterre, à Londres surtout, mais le problème restera le prix, encore et toujours.

Par contre je ne suis pas d'accord avec uraken: je pense qu'en France une certaine tradition est perpétuée, qui fait que ce genre de dérive n'aura qu'une existence limitée, et que nous trouverons toujours des vignerons consciencieux pour nous fournir d'excellents breuvages, de la qualité, du goût, du "terroir" (comprendre: des vins où la terre s'exprime encore, à l'opposé d'une certaine uniformisation et d'une industrialisation avec ajout de produits chimiques qui dénaturent complètement le vin).

Écrit par : Julie | mercredi, 19 décembre 2007

@ Julie : Etes-vous pariennes? Le cas échéant, je vous invite à un prochain Tupperwine, intitulé "Tupper Women".
Merci pour vos bons mots, et vous avez 1000 fois raison, bien sûr qu'on trouve du bon vin à Londres et en Angleterre!
Bien à vous,

@ Fum : sorry dude, I wish I could have translations of my articles, but it'd be an amazing amount of work. Soon, who knows? Thanks 4 popping in, come back soon!
Yours,

@Daniel et Richard : je vous ai mailé. Je serais ravi de vous recevoir à Paris pour goûter (entre autres) vos Saint-Emilions. Revenez vers moi dès que possible!
Cordialement,

Écrit par : vinsurvin (la rédaction) | mercredi, 19 décembre 2007

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