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dimanche, 11 novembre 2007

Il faut apprendre Parker

L'information scolaire, école rue Buffon, Paris V, 1956 

Je suis plongé dans les premières pages de la biographie de Robert Parker, que son auteur, Hannah Agostini (et accessoirement collaboratrice française du phénomène en question), m’a gentiment fait parvenir. Premier paradoxe pour quelqu’un qui s’autorise à faire la pluie et le beau temps sur le vin français : cette  biographie est non autorisée ! Si les anecdotes (comme la couleur de la robe de sa femme lorsqu’ils se rendent chez Maxim’s pour la première fois, où le manque de modestie et de savoir-vivre de Parker en société, sans intérêt, quoi que…) sont pléthores dans les premières pages, elles permettent cependant de cibler un aspect du personnage : ses goûts.

La problématique que je pose à cet ouvrage est la suivante : en connaîtra-t-on plus sur ce qui guide, détermine et influence les goûts de Parker en matière de vin, à la fin d’Anatomie d’un Mythe, aux éditions Scali ? Connaître les vins qu’il aime, en soit, n’a pas ou prou d’intérêt : chacun ses goûts. Non, ce que je veux savoir c’est si origine, culture, éducation, centres d’intérêts, situation professionnelle, pays et lieu d’habitation déterminent les goûts et les préférences en matière de vin ?

Dès le début de la biographie, il semble acquis que Parker a un certain talent  pour parler du vin. Postulat pourtant remis en question quand on lit que ce « don » est en partie justifié par le fait que même son père était capable de reconnaître l’odeur de l’ail à des kilomètres... Quand, page 42, tel un ordinateur, Parker décrypte les bordeaux 2003 comme, des synthèses à 20% de 1982, 20% de 1990, 25% de 1989, 15% de 1991, 15% de 1975 et 5% de je-ne-sais-quoi n’ayant en mémoire aucun repère. Peut-être est-ce le millésime 2025.

Je vous dirige vers cette note sur VINSURVIN qui part du principe que les ballades dans les bois, dans les vignes, en montagne et au bord de la mer, faites dans l’enfance, permettent à l’âge adulte, en partie, de poser des mots sur les arômes perceptibles lors de dégustations de vin et d’en apprécier toutes ses subtilités.  

Les premières pages dressent donc sans complaisance le portrait (pour ne pas dire une caricature) de cet américain lambda. Sont clairement abordés les stéréotypes traditionnels de l’américain dit « moyen ». C’est donc un homme élevé aux hot-dogs, meat-loaves et soda (page 32), pourvu de connaissances limitées, voire inexistantes, sur la France (au point que Parker donne dans ses ouvrages des explications erronées sur, par exemple, la dénomination du Château des Carmes Haut-Brion (Page 31)) que l’on élève au rang des plus grands connaisseurs du terroir français. Cela donne rapidement le tournille. Mais, tant que sévira dans l’hexagone, et notamment à Bordeaux, une fascination du français pour l’américain, cet espèce d’icône impénétrable (surtout quand on ne parle pas l’anglais), et que l’on vénère sur la simple dénomination « made in the USA »... 

Ironie de l’histoire, à la lecture de ces premiers coups de fusain sur l’homme né à Monkton dans le Maryland, c’est un autre un Robert qui attire l'attention : Robert Blazer, une des personnalités les plus influentes de la critique viticole américaine dans les années 70, de paire avec un autre Robert, Finigan. Pour anecdote, dixit l’ouvrage d’Hannah Agostini, en 1973, Robert Blazer se distingue en organisant une grande dégustation à l’aveugle – révolutionnaire pour l’époque  – qui oppose, avant « le jugement de Paris » (1), vingt-trois chardonnays de France, de Californie et de l’Etat de New York. Ces flacons sont soumis à l’appréciation d’un jury composé de quatorze sommités, dont le célèbre Alexis Lichine (2). Un par-terre de 250 membres assistent à la manifestation qui voit le triomphe des vins californiens, lesquels occupent les quatre premières place du classement, la cinquième place revenant au Beaume Clos Des Mouches 1969 de Joseph Drouhin.

Pour en revenir au mentor d’une France ayant une certaine vision du vin, que l’on pourrait qualifiée de Parkérienne, on ne saura se satisfaire de la simple lecture de cette bibliographie pour cerner le personnage. Il faudra incontestablement également passer par la phase dégustation afin de voir si, effectivement, il y a un « goût Parker » et si son approche est aussi uniforme et globale qu’on le dit. Du travail en perspective, mais pas des moins intéressant.

En attendant, demain, c’est école. Point commun avec le vin ? Je vais encore retrouver mes élèves dans le moût. Alors, je leur dirai que s’ils veulent que le bac 2008 soit un bon millésime, il leur faudra apprendre un certain nombre de choses… par cœur.

(1) Le Jugement de Paris : événement décisif organisé en 1976 par l’anglais Steven Spurrier (3), qui oppose chardonnays de Californie et de Bourgogne, et cabernets contre bordeaux, qui propulse les vins américains sur les devants de la scène internationale. En présence de personnes, pour ne citer qu’eux, comme Christian Vanneque, sommelier de la Tour d’Argent ou Jean-Claude Vrinat, propriétaire du Taillevent, trois vins de la Napa comtent parmi les meilleurs blancs, tandis que le cabernet sauvignon 1973 de Stag’s Leap Wine Cellars se classe devant Mouton-Rotschild, Haut Brion et Montrose 1973.

(2) Alexis Lichine : "Encyclopédie des Vins et des Alcools", Edition Laffond.

(3) Steven Spurrier : Grand spécialiste britannique du vin.

Commentaires

je découvre, enchanté, très bien, est ce que je peux suivre ce blog?
je laisse mon adresse mail, n'hésitez pas à me contacter, merci;
Dominique (garçon) COURREGELONGUE

Écrit par : COURREGELONGUE | lundi, 12 novembre 2007

Bonjour Domainqiue,

Dites nous en un peu plus sur vous! J'ai cru lire que vous animiez des dégustations. Vigneron également? Veuillez m'excuser mais j'ai envoyé un nombre considérable de mails pour les Tupperwine et si je me souviens très bien de votre nom, votre activité et région précises m'échappent.

Écrit par : vinsurvin (la rédaction) | mardi, 13 novembre 2007

Les commentaires sont fermés.

 
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