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jeudi, 01 novembre 2007

in rasteau veritas

 

 

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Le vin réserve de bienheureuses surprises ! Il nous en apprend sur lui-même et sur nous-même, si tant est que l’on se donne les moyens de l’observer. Cette remarque m’est née suite à la dégustation d’un rasteau qui, en dépit de son manque de corps, avait bien d’autres cordes à son arc.

Pendant que certains se la coulent douce au bord d’une piscine en Espagne ou dans un mobile-home à 150 km de leur bled, les pérégrinations oeno-estivales de VINSURVIN (appelées « pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle » ou encore « de la Mecque  » par d’autres) conduisirent ce dernier dans le Vaucluse en août dernier. A quelques 200 km de l’Ardèche, après avoir traversé le Gard et la Drôme comme par enchantement, c’est au cœur du Rhône méridional que sied Rasteau, village au vin classé Village, surtout connu pour ses vins doux naturels. Si son cousin de Cairanne est tout près d’obtenir l’AOC, Rasteau  n’en est pas loin non plus.

Madame Armand, du domaine de la Magnaneraie, à Cairanne, nous accueille des cigales plein la bouche. Prolixe sur son élixir comme si son existence courait des risques, ou pour compenser les carences du cairanne, elle monologue. A moins que ce ne soit la passion, tout simplement. Quand le mou du rustre taciturne promet de grandes choses, le vin de la loquace cache souvent des insuffisances ; in vino veritas. Laissons le vin parler. Lui seul détient la vérité.

Le soleil de plomb, la pierre blanche et les cigales ont pourtant le don d’occulter les imperfections. Ce qui me fait dire qu’entre les journalistes du Wine Spectator qui goûtent du vin en cravate (perso, en short, c’est mieux), dans des bureaux climatisés et "éclairés" aux néons 120 watts, et ceux de la Revue du Vin de France qui jouissent des mêmes conditions que VINSURVIN (cigales en moins, dès l’automne), l’objectivité en prend un coup. Facile donc d’être magnanime lorsque le magnétisme de la Magnaneraie opère à plein régime en ce fantastique début août. La dégustation à Paris, sous les néons et le ciel gris, ne jouit pas de tels auspices.

Servi sur un lapin au vin blanc, pruneaux et carottes, pâtes, ce rasteau 2005 offre des premières impressions très favorables : la robe est d’un grenas sombre et intense. Le nez est fin, sur des arômes de petits fruits rouges évoluant sur des notes de terroir rehaussées d’une touche animale. La bouche est fine, aromatique, pleine de fruits mais elle manque d’attaque, de vivacité, et surtout, de longueur. Les tanins sont, eux, aux abonnés absents. On se dit alors qu’en effet, les cigales ont eu don de nous et que notre objectivité en prit un coup. Premier cairanne, premier rasteau, premiers râteaux. Si le temps nous était compté, si l’on ne se trouvait pas dans une démarche hédoniste mais purement commerciale, l’affaire serait pliée.

Seulement peut-on rester sur de telles impressions lorsqu’à table, entouré des nôtres, on a le temps ? Si ce vin ne correspond guère aux critères purement subjectifs qui enchantent le palais de votre humble serviteur (attaque, vivacité, corps, matière, élégance tannique, complexité, longueur), cela en fait-il nécessairement un vin quelconque ou médiocre ? Et bien oui.  Le vin en général, et ce rasteau en particulier, ne saurait se limiter à quelques aspects invariablement ciblés.

Léger, nonchalant, presque dilettante, ce jeune rasteau consent à se révéler par delà les heures : le nez évolue sur des fruits mûrs, confiturés et sur des notes de fleurs blanches et aériennes. A bien y regoûter, les notes animales et de cuir s’exacerbent, le poivre entre dans l’arène et le tanin éclot. Ce vin nécessite qu’on lui accorde du temps dans sa prime jeunesse. Et bien, soit ! Attendons de voir ce qu’il offrira dans les années à venir. Car ces premières notes (animales, garrigue, cuir) devraient à n’en pas douter se faire plus concrètes dans avec le temps. A l’heure d’aujourd’hui ce rasteau se boira volontiers à l’apéritif ou avec une salade. 

 

En substance, il va de soi que l’on pourrait imputer cette chronique et ces remarques à la simple et bonne raison que contrairement au professionnalisme, l’amateurisme requiert certainement davantage de recherche, d’analyse et de patience dans la dégustation d’un vin. Vertus qui pourraient toutefois mener à une justesse et une objectivité disparues depuis bien longtemps chez certains érudits.

Commentaires

En hiver pour se remonter le moral, il suffit d'accompagner un gateau aux noix d'un Rasteau VDN, la magie agit tout de suite.
Bien que proche géographiquement du Beaume de Venise il en est tès différent et ne doit pas faire de "complexes", il merite toute la considération des oenophiles et des gastronomes.
Salutations

Écrit par : jean-pierre maigrot | dimanche, 04 novembre 2007

Je cours acheter des noix mon cher Jean-Pierre! Merci pour ce conseil gourmet. Bien à vous.

Écrit par : vinsurvin (la rédaction) | lundi, 05 novembre 2007

Les commentaires sont fermés.

 
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