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lundi, 29 octobre 2007

Entretien avec Hannah Agostini, ancienne collaboratrice de Robert Parker.

 

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Hannah Agostini, l’ancienne collaboratrice française du célèbre dégustateur américain de vin Robert Parker, sort un livre («Anatomie d’un mythe», Editions Scali) sur les méthodes de son ancien boss, le «pape des vignoble». Elle répondait en direct aux questions des internautes de 20minutes.fr, avec en prime les questions de VINSURVIN...


Les questions du blogueur VinSurVin:

A partir de quels éléments (contacts auprès de journalistes, de vignerons... de Parker lui même?) votre critique du travail de Parker a-t-elle été faite?

La critique a été faite d’abord et essentiellement à partir des écrits et des propos de Robert Parker lui même. Elle a été complétée mais c’est accessoire par des interviews de personnes de son entourage, et de l’étude de leurs déclarations publiques et non contestées.

Quelle est la formation vini/viticole de Parker?
Il s’est formé « sur le tas » - peut être la meilleure formation qui soit

Quelle est l'influence de Parker sur le vin français (régions "touchées", conception du vin...)
L’influence de Robert Parker est la plus perceptible sur les bordeaux, qui demeurent tout de même la référence mondiale. Son influence aujourd’hui se limite aux régions qu’il déguste personnellement, soit, en France le Bordelais et la vallée du Rhône. La couverture des autres régions françaises est déléguée à ses assistants

Parker est-il responsable d'une certaine standardisation du vin en France?
Parker a promu un goût, qui a eu l’heur d’emporter l’adhésion d’une majorité de consommateurs. Il n’est pas surprenant que les producteurs se soient mis au diapason. C’est la loi du marché. Cela étant, tous les domaines (cinéma , mode, etc.) souffrent de ce phénomène de standardisation… Il faut réorganiser le village d’Astérix…


Quelles sont les relations de Parker avec la Bourgogne ?
Parker ne se rend plus en Bourgogne depuis 1996 ( ?), année à partir de laquelle il a confié la couverture des vins de cette région à son assistant Rovani. Depuis le départ de Rovani de l’équipe du WIne Advocate, c’est David Schildknecht qui s’occupe des bourgognes.
 
Madame Agostini connaît-elle VINSURVIN?
Il me semble même avoir dans mes archives rassemblées pour le livre quelques extraits pris sur ce site Internet.

Se fier à Robert Parker; est-ce l'assurance de boire de bons vins? Charlot. C'est surtout l'assurance de boire des vins qui ont plu à Robert Parker.Tout dépend si votre goût correspond au sien.
 

Quelles sont les méthodes pour noter un vin?
Manuerun

On évalue d’abord la robe, puis le nez, puis les arômes, ainsi que la longueur en bouche. Mais la meilleure méthode consiste à goûter vous-même un vin pour savoir s’il vous plaît ou pas.

R.P. déguste-t-il en aveugle ?
chrisk35

Dans toutes les dégustations de Robert Parker auxquelles j’ai assisté, les dégustations ne se faisaient pas à l’aveugle. Et quand il passe dans les propriétés il sait, par la force des choses, ce qu’il va goûter.

Avec les vins étrangers très concurrentiels d'une part et la chasse aux taux d'alcoolémie ne craigniez-vous pas que la culture du vin s'éteigne peu à peu?
regis-andre

Il est évident que certains vins ou alcools souffrent de cette réglementation. Mais je pense que le vin est celui qui en pâtira le moins. En général les gens sacrifient l’apéritif ou le digestif pour pouvoir boire à table.

Est-ce que les Américains commencent maintenant à avoir une éducation au goût suffisante pour juger eux-mêmes la qualité d'un vin et ne plus avoir à suivre l'avis biaisé (j'entends: par son goût, non par ses qualités de dégustateur) de Parker ?
Mp

Il y a une génération qui s’est beaucoup fiée aux critiques, parce qu’elle n’était pas suffisamment informée. Aujourd’hui les sources d’information sur le vin n’ont jamais été plus vastes ni plus diverses. En revanche, le nombre et le style des vins augmente aussi tous les jours. Cela étant, les nouvelles générations me semblent plus critiques, moins suivistes. Mais il faudra quand même du temps pour que les gens apprennent en matière de vins à s’affranchir du goût des autres.

Quel est à votre avis, l'avenir qualitatif du vin en France, en tenant compte des changements climatiques, de la hausse des prix généralisée en France, de la mondialisation, de la concurrence des vins du "nouveau monde" etc ... ?
Mlemag
On peut penser que le prix des grands vins continuera à grimper. Leur production ne vas pas croître. En revanche, de nouveaux marchés, comme la Chine et l’Inde, s’ouvrent. Les acheteurs n’hésitant pas à mettre le prix demandé, on peut difficilement augurer d’une baisse dans ce domaine. Cela dit, avec un peu de recherche et de patience, on doit pouvoir trouver des « petits vins» bien faits, par des producteurs consciencieux et qui n’ont pas seulement un objectif financier. Quant à a qualité, elle ne cesse de s’améliorer. Et on rencontre aujourd’hui beaucoup de jeunes vignerons enthousiastes, qui ont à cœur de bien faire en alliant le respect des traditions à la modernité.

Les vins français sont-ils vraiment meilleurs que les autres?
Charlot

Il y a des vins étrangers qui peuvent concurrencer certains vins français. Mais les vins français véhiculent une part de mythe et d’histoire qui contribue indiscutablement à leur aura. Et il y a en France des terroirs fabuleux (ex. La Romanée Conti , délimitée dès le XIVe s. ou encore les grands crus du Bordelais ou de la vallée du Rhône) qui n’ont probablement pas leur équivalent ailleurs – que ce soit en termes de qualité ou de réputation. Autant d’éléments qui influencent le consommateur.

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Robert Parker, de nationalité américaine, anciennement avocat,
est le critique le plus écouté du monde viticole depuis 20 ans.
Il apprécie particulièrement les Bordeaux.
Ses notes (jusqu'à /100) fixent le prix des vins sur la majeure partie de la planète.

 

dimanche, 28 octobre 2007

En la matière.

 

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Peinture et viticulture n’ont pas fini de se trouver des points communs. Notamment dans la place qu’elles réservent à la matière. C’est une exposition, celle des œuvres du peintre d’origine lituanienne Chaïm Soutine (1893-1943), à la Pinacothèque de Paris, qui nous conduit, une fois de plus, droit à ce constat.

Pop-Art. L’Homme au Chapeau, Paysage dans le Midi, la Cathédrale de Chartres… Autant d’œuvres majeures qui ne raisonnent pas comme les Tournesols de Van Gogh, le Déjeuner sur l’Herbe de Manet ou Guernica de Picasso. De même que le Pouilly-Vinzelles, le Rasteau ou le Pacherenc de Vic Bihl n’ont guère la même notoriété que le Saint-Emilion ou le Sauterne. Mais ce qui n’est pas populaire est loin d’être mauvais. C’est même souvent bien meilleur. Exception faite du pop-art!

L’entité : la matière. Chaïm Soutine avait une obsession permanente : célébrer la matière. Quand l’auteur de la Folle dit à  propos de Rembrandt  que « la matière colorée se fait le docile instrument de l’esprit », ne croirait-on pas qu’il parle de vin ? Léger, aérien et sur le fruit, comme on peut les rencontrer en Loire, le vin ne manquera d’être un instrument de plaisir. Mais, en dépit d’une jolie robe et d’un nez flatteur, s’il s’avère insipide et ennuyeux, stéréotypé d’un millésime à l’autre, et dénué de corps, il ne rencontrera pas la probe de l’amateur.  Un peu dans la veine de ce Côte de Blaye dégusté vendredi dernier chez un charmant caviste de Montmartre. Car voilà ce qui constitue le point de départ du plaisir et l’entité même d’un vin : sa matière.

Faire jaillir le lyrisme. « Soutine est peut-être, écrit l’historien d’art Elie Faure en 1929, le peintre chez lequel le lyrisme de la matière a le plus profondément jailli d’elle, sans tentative aucune d’imposer à la peinture, par d’autres moyens que la peinture, cette expression surnaturelle de la vie visible qu’elle a charge de nous offrir. » Cette citation n’est-elle pas confondante lorsque l’on émet un parallèle avec le travail du vigneron ? Comme répété maintes et maintes fois sur VINSURVIN, l’œuvre du viticulteur est en effet de faire jaillir le lyrisme de la matière. De faire naître de la vigne et à travers son art, un enthousiasme, une allégresse, une joie profonde chez l’œnophile. Si la poésie est la musique de l’âme, le vin est la romance des sens.   

En substance. En 1960, l’artiste américain De Kooning dit de Soutine qu’il « construit une surface qui ressemble à une étoffe, une matière ». La robe d’un vin ne révèle-elle pas l’étoffe de laquelle se pare l’élixir objet de toutes nos convoitises ? Car nonobstant la position patronale du palais, l’œil demeure un organe incontournable dans l’appréciation de notre sujet. Au même titre que l’odorat. Seulement, la matière, pour revenir à elle, divulgue l’essence même de ce qu’a engendré la vigne. Les caractéristiques de ce liquide rubis, noir, rosé ou or se confondent alors avec celles des plus grands tableaux de maîtres. Au profil juvénile et moderne elle rappelle les personnages de Roy Lichtenstein. Substance riche, ronde et opulente, elle évoque les femmes de Fernando Botero. Complexe, c'est Schiele ou De Staël qui viennent à l'esprit, à moins que ce ne soit la peinture de Jackson Pollock ou de Joan MirÓ. Finale élégante,  longue ou interminable, comme les mains des femmes de Klimt, on se laisse volontiers submerger par les paysages d'impressionnistes tels que Cézanne ou Monet. La matière engendre et cristallise le dessein même d’un vin. Elle matérialise in fine l’expression de ce dernier. De ce fait, si le surfait a tendance à polluer et la peinture et le vin par des procédés incompatibles avec le bon goût, l’absence caractérisée de matière, de substance et de personnalité demeurent des désagréments bien incommodants dans l’art, qu’il soit relatif à la peinture ou au vin. Quoiqu'il en soit, il y a matière à voir en ce moment à Paris puisqu'outre cette exposition Soutine, l'on peut également admirer, entre autres, les oeuvres de Giacometti à Beaubourg et des photos du cinéaste américain Larry clark (Kids, Bully, Ken Park...) dans le Marais. Souhaitons qu'il y ait également matière à boire (avec modération) dans les semaines à venir avec les Tupperwine. Patience, VINSURVIN attend des livraisons de blanc, notamment de Chablis et de Pouilly Fuissé...

Chaïm Soutine (photo : Vue de Cagnes), La Madeleine, Paris X. (Métro Madeleine.)

Larry Clark, Tulsa, 1963-1971. Maison Européenne de la Photographie, 5-7 rue de Fourcy, Paris IV. (Métro Saint-Paul.)

L'atelier d'Alberto Giacometti au Centre Pompidou, Paris III. 17 octobre 2007 - 11 février 2008 ; 11h00 - 21h00 (Métro : Rambuteau, Hôtel de Ville, Châtelet).

15:20 Publié dans VIN & ART | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 25 octobre 2007

Le beau blanc de Beaulieu.

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N’en déplaise aux amateurs de grands blancs (dont je fais partie…), ces chambolle-musigny, montrachets, sancerres, pessac-léognan ou alsaciens (pour n’en citer que trop peu) : je me prosterne ce soir devant un sauvignon ardéchois. Et c’est peu dire. VINSURVIN avait déjà évoqué le viognier (1) de la même région, divine surprise. Aujourd’hui, c’est un 100 % sauvignon qui me fait dire qu’outre la qualité remarquable de certains vins produits en Ardèche, cette région, qualifiée comme mineure dans le paysage viticole français, possède bien des trésors cachés.

Cinéma belge. Un homme, grand, sec, nu, au teint blanc et au physique ingrat, fait une course insouciante et insensée dans les dunes iodées d’Ostende. Affichant une joie infinie, une liberté insolente, un air indéniablement idiot. Ce n’est pas Jacques Brel. C’est Benoît Polvorde dans "C’est Arrivé Près de Chez Vous", chef d’œuvre du cinéma belge. Quel rapport avec ce vin ? Aucun, si ce n’est l’impression que ce dernier dévale les pentes de votre gorge avec une joie extrêmement communicante. Tel ce géni belge.

"Maman est dans les vignes". Découvert dans le petit village de Beaulieu (07), le domaine de Peyre Brune est un lieu soigné, bien tenu, et y on passerait volontiers quelques jours de vacances. Du calme, du soleil, de la sérénité. Ce qu’on est bien. VINSURVIN avait  déjà vanté le 100% merlot de ce domaine dont la valeur ferait rougir plus d’un AOC, pour un vin de pays… On y arrive après s’être annoncé par téléphone et c’est une jeune demoiselle qui se précipite au portail. "Maman est dans les vignes. Je l’appelle." A peine cinq minutes plus tard, une jeune femme souriante et décidée vient nous serrer la main : "Désolée, on prépare les vendanges !" Dans les vignes, dans le caveau, dans les foires, au bureau et à la maison : les vignerons n’ont pas le temps de s’ennuyer.

Un lobby du mauvais goût. Après deux mois passés en cave parisienne (épaisse meulière, 1880, sol sain, 70% d’humidité, 14°), ce sauvignon (à la robe or pâle aux reflets argentés et lumineuse) est ouvert pour un apéritif familial et c’est un florilège d’arômes fruités qui exulte in situ : salade de petits fruits blancs (cassis, pommettes), de fleurs blanches (chèvrefeuille, rose blanche) cèdent vite la place à des fruits rouges (cassis, groseille, et même fraise). L’attaque est franche, fine, pimpante. La bouche est fraîche, radieuse, élégamment élancée, d’une acidité bien équilibrée. Tout le monde est d’accord pour dire que ce vin est bluffant ; que c’est un pur bonheur. Votre humble serviteur est élogieux : lorsqu’un vin vous émerveille, il faut le dire. Les picrates sont tellement légion dans nos restaurants, nos bars, nos cafés et nos supermarchés (à croire qu’il y a un lobby du mauvais goût en France) qu’il faut faire savoir où se trouve le bon.

(1) cépage blanc très parfumé évoquant des arômes exotiques, engendrant le rare condrieu (vin produit en Rhône septentrional) et récemment adopté pour les vins de pays.

Domaine de Peyre Brune : Marina et Régis Quentin, Pléoux, 07460 Beaulieu. tél / fax : 04.75.39.29.01

lundi, 22 octobre 2007

Les Tupperwine : le concept qui tue (les réunions tupperware).

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Après les réunions Tupperware, les réunions Tupperwine. Ne me dites pas que votre maman n’a pas accueilli une bande de sept, huit rombières qui dissertaient, autour d’un café et d’un cake, sur des boîtes en plastique hyper pratiques. Souvenez-vous, Madame Hirvouane (Christiane de son prénom), celle qui parlait tellement fort, et qui ne savait jamais dans quoi conserver le pâté de tête de son mari (qu’on croyait mort tant on ne le voyait jamais). Et Madame Le Cointre ? Qui débarquait avec ses rouleaux sur la tête : " Bonjour mademoiselle, c’est ici la réunion Tupère War ? " " D’abord, je suis pas une fille, je suis un garçon. Et la réunion a déjà commencé depuis une demie-heure. Le salon est au fond à gauche… Chaussures."

" On a dit, pas d’filles ". Tuperwine, ou encore les Vendredis de VINSURVIN, c’est un peu ça. Une bande de six mecs qui parlent de vin pendant des heures autour de quatre bouteilles, gracieusement offertes par les meilleurs viticulteurs de l’ouest (de l’Europe), chez un petit caviste parisien. Et pour me venger de ces satanées vieilles peaux qui me prenaient pour une fille, tout ça à cause d’une mèche un peu longue sur l’œil gauche, ces réunions oenophiles se feront entre garçons. En tous cas, la première. Après, on verra.

Même du bordeaux ! Plusieurs domaines sur les rangs lors des premiers Tupperwine : en Bourgogne, les Domaines de la Meulière (Chablis) et Mathias (Pouilly Fuissé) seront présents. En Loire, les vins de David Drussé (Saint-Nicolas de Bourgeuil) et de Bernard Baudry (Chinon) seront sur la table. De Cahors, l’on dégustera les magnifiques Lacapelle-Cabanac. En Rhône, c’est le Domaine Armand de Cairanne qui nous gratifiera d’un joli blanc. Les vins du Domaine Amadieu sont aussi au programme. En Languedoc, un VDT de Saint-Félix de Lodez plein de fruits noirs compotés sera ouvert. On trouvera même un cru bourgeois !

Cinq cavistes ont dit " partant " pour les Tupperwine : Cave Caulaincourt et LYA Caviste, Paris 18 ; Mets Accords, Mets Vins et L’Hardi Vin, Paris 17 ainsi que la Cave Elzevir, Paris 3.

Côtés invités pour le Tupperwine 1.0 qui devrait se dérouler courant novembre, les fidèles lecteurs de VINSURVIN, la présence de Phillippe Toinard (journaliste à A Nous Paris, chroniqueur dans L’Express Mag et auteur d’ouvrages sur le sujet) semble acquise. Une invitation a été envoyée à Emmanuel Delmas, ancien sommelier de la Tour D’Argent, entre autre, et dont les commentaires éclairés apparaissent régulièrement sur VINSURVIN. L’écrivain (et amateur de vin corse) Fabrice Bonardi est également attendu. Et des surprises (Derrick, le cousin du voisin de Mireille Mathieu et Mike Smith – que personne ne connaît).

Vignerons, vigneronnes, cavistes, professionnels... : renseignez-vous, vous êtes les bienvenus.

Photo VINSURVIN (été 2007) : domaine du Grapillon d'Or (M. et Mme Chauvet), Gigondas.

mardi, 16 octobre 2007

Bon baiser de Gigondas.

 

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Si certains se trémoussent devant un saint-julien, un pauillac ou un pomerol, attitude des plus compréhensible, je dois avouer qu’à la simple évocation de certains noms de vins français, je ressens également, en mon fort intérieur, une série d’émotions que seuls ont connu le chasseur à l’affût du gibier qui au contact de la cartouche va éclater, le passionné de classique transi par le mouvement qui parachèvera cette septième symphonie en apothéose et le pêcheur taquinant son acolyte de brochet aussi vieux que lui dans les eaux froides de la Méaugon. Oui, l’on pourrait en sus ajouter la transe éprouvée par ce percepteur conscient de mettre la main sur un arriéré. Ou le contraire.

Comme toi cher amateur de vin, mes sens à moi se magnifient sous la pression d’un panel de stimulus. Lorsque que, par exemple et par le plus grand des hasards fortuits, l’on me présente un beau Chinon, un somptueux Canon Fronsac, un subtil Pouilly-Fuissé ou Fumé ou encore un superbe Gigondas, le brame du cerf que l’on entend en ce moment en forêt n’est rien à côté du cri que poussent mes épigastres au contact de ces élixirs.

medium_amadieurgigondasetiquette.2.jpgDernière véritable révélation en date : le 23 septembre dernier pour les trois ans de ma progéniture aînée. Pour accompagner un superbe tagine maison : le Domaine Grand Romane de Pierre Amadieu. Le nez présente dès l’ouverture un formidable bouquet de fruits noirs (griotte) ainsi que de petits fruits rouges très mûrs (framboise, groseille). Puis apparaissent des saveurs plus complexes de garrigue (thym, laurier, olives noires…). Les tanins sont vigoureux mais pas outrecuidants car ils se fondent en une longue finale de réglisse et d’épices poivrées. Le vin est ample, riche, puissant et élégant. Il offre vraiment beaucoup de plaisir, notamment avec ces plats orientaux.

Le vin, en général, et celui dont l’éloge vient d’être faite en particulier, est et doit être vecteur de plaisir. Mieux, de plaisirs. Grâce à une infinie palette d’arômes qui se révèlent à notre nez, à l’ouverture et dans les minutes qui la suive, le vin attise nos sens mais invite aussi au voyage. Chose assez étrange, il m’est difficile de faire un parallèle entre les paysages du Vaucluse et le caractère du vin de monsieur Amadieu. Pas qu’on ne puisse pas en faire mais, c’est comme si la vigne allait puiser sa force dans des contrées imaginaires, comme si son âme était hantée par ses origines lointaines.

Cependant, si je devais me risquer à mettre une image, un tableau, une oeuvre sur le vin dégusté ce jour, j’irais vers ce baiser de Klimt (ci-dessus). D’abord, parce qu’effectivement, c’est un baiser que l’on reçoit de ce genre de vin lorsqu’on a la chance de le boire. Qu’ensuite l’attention portée par cet homme à cette femme n’est-elle pas une métaphore de celle que l’homme prête à sa vigne des mois durant pour en extraire la substantifique expression ? Qu’en outre, nous, épicuriens, nous lovons passionnément, comme cette femme, dans cette jouissance hédoniste qu’est la découverte de nouveaux vins.

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Vue depuis les hauteurs de Gigondas (photo VINSURVIN, 08.2007)
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Gigondas (Photo VINSURVIN, 08.2007)

lundi, 15 octobre 2007

Vendanges de porte-feuilles à Montmartre.

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Difficile de ne pas dire deux mots sur les (fameuses, plus que la cuvée du même nom!) vendanges de Montmartre qui se sont déroulées ce week-end à Paris, surtout lorsqu’on habite à deux pas de la rue Saint-Vincent, cette petite voie paisible qui mène aux vignes. Véritable institution dans le quartier, cette manifestation fêtait hier son 74ème anniversaire (l’âge de Daniel Vaillant, présent hier sur la Place des Tertres ?), sous le sceau de la cuvée Georges Brassens (qui dans Le vin chantait : Quand on est un sage, Et qu'on a du savoir-boire, On se garde à vue, En cas de soif, Une poire, Une poire ou deux, Mais en forme de Bonbonne, Au ventre replet, Rempli du bon lait D'l'automne...) 

Michou supporter des bleus. Que retenir de cette fête bon enfant et un brin franchouillarde? Entre la parade des confréries viticoles, les fanfares, le long manteau bleu de Michou, il y avait de quoi amuser la galerie. Sans compter cet orchestre incongru au stand Val de Loire d’où des notes plus fausses les unes que les autres tentaient d’échapper à des instruments que même l’ouï d’un connaisseur n’eût pas forcément reconnues.  

Les Xantias, au garage! Bordées de stands artisanaux, les rues étroites et pavées ont connu plus large public : peut-être est-ce d’ailleurs ce qui dissuada le chaland de faire le déplacement tant le lieu est irrespirable sous forte affluence, surtout lorsque les banlieusards imposent aux flâneurs les échappements de leurs Xantias qui n’ont pas quitté le garage de la semaine, dans un Paris modèle réduit comme est Montmartre.

Cinq euros le verre de rouge ! On vendait là des produits artisanaux de France et de Navarre aux parisiens en mal de campagne. Pains d’épices des Pyrénées, jambons et saucissons de Savoie, Floc de Gascogne et, produit phare des vendanges, du vin, autant de gourmandises qui devaient réjouir des franciliens dont les fleurons ramenés à la maison cet été n’étaient plus que de vastes souvenirs périmés. Sauf que les prix affichés offraient une deuxième raison de rester à la maison ou d’éviter cette foire au pigeon parigot : une faillie part de tartiflette à 7€, idem pour un petit pain d’épice « nature », j’en passe et des meilleurs.

Du vin en plastique. Quoique, il y avait meilleur : les dégustations étaient payantes. Certes, rien de choquant en soit si l’on considère en effet qu’au vu du monde, cela reviendrait cher aux vignerons. Mais 4€ (et même 5€) le verre de vin ! Les commerçants provinciaux croient-ils que les parisiens sont pleins aux as et naïfs à ce point pour se laisser faire assassiner de la sorte ? Si oui, les stéréotypes vont encore bon train… Cinq euros un verre de vin qui souvent n’en vaut pas plus une fois en bouteille de 75cl, dans un verre en plastique, à 18h00 lorsque le vin n’en a plus que le nom : les prix sont encore moins chers dans les bars à vin parisiens ! Question : le vin, produit de luxe à Paris?

Les Abbesses aux Abysses. Impossible donc de vous faire une petite rubrique sur les bons vins que l’on pouvait déguster dimanche sur Montmartre tant les méthodes de dégustations, elles-mêmes, n’incitaient pas à la découverte. Dieu merci, le ciel étant d’une pureté comme on n’en verra peu cet hiver et le temps d’une douceur incomparable, la vue sur Paris depuis le Sacré Cœur et la descente vers les Abbesses furent un régal. Des plaisirs qui, eux, n’ont pas de prix, mais restent abordables de tous.

samedi, 13 octobre 2007

Réunion entre hommes...

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Faire découvrir des vins français, élaborés par des petits domaines, un vendredi par mois, à quatre lecteurs de VINSURVIN, chez un "petit" caviste parisien : le nouveau concept made in VINSURVIN, Producteur de Chroniques Oenophiles.

Rendez-vous chez un caviste parisien pour déguster trois ou quatre vins produits par des viticulteurs appréciés de VINSURVIN est une idée qui trottait dans le disque dur de votre humble serviteur depuis un moment. Il semble que le concept soit entrain de prendre corps, depuis que les deux premiers cavistes visités (Cave Caulaincourt, 50 rue Caulaincourt, Paris XVIII et Mets Accords, Mes Vins, 10 rue Bridaine, Paris XVII) et que les domaines Lacapelle-Cabanac (Cahors) et de la Meulière (Chablis) ont dit "partant". En espérant que ce ne soit qu’un début. Des échantillons de crus bourgeois bordelais sont également déjà au programme, un VDP Côteau du Languedoc (Guilhem Coste), ainsi qu'un Côtes du Rhône et un Gigondas du domaine Amadieu. Une charmante viticultrice de Cairanne est également sur les rangs.

Les VVV : kezako ? Le concept est simple. Les quatre dégustateurs et trices les premiers inscrits sur VINSURVIN sont naturellement invités à déguster, chez un caviste parisien, les vins de quatre viticulteurs (au mieux) : deux vins blancs (ou un blanc, un rosé) et deux vins rouges, dans le meilleur des cas. VINSURVIN se charge de rencontrer les cavistes sur Paris intra-muros et de leur exposer le concept. Les vignerons, à qui j’ai proposé le concept, mais aussi ceux qui seront intéressés par les VVV, m’envoient des échantillons par la poste, ainsi que leurs documentations, distribuées le jour J aux goûteurs et au caviste. Je peux aussi venir chercher ces échantillons aux foires aux vins (type salon des vignerons indépendants, à Paris uniquement) après que les viticulteurs m’aient indiqué par mail les lieus et dates de ces manifestations, et joint des invitations. Je les préviens par mail lorsque leur vin est goûté. Suite à la dégustation, un article élaboré d’après les commentaires des dégustateurs, et une photo, apparaissent sur VINSURVIN.

Les commandes. Je ne suis pas marchand de vin ou agent (pas encore, lire cette note par ailleurs !) et encore moins dans l'événementiel, je n’aurai donc aucun stock. Suite à la dégustation, les invités et le caviste auront les coordonnées des vignerons-producteurs et pourront donc entrer en relation avec eux. Par ailleurs, je peux aussi prendre des commandes, notamment groupées. A voir.

VINSURVIN, tu prends combien ? Rien du tout l’ami ! Pas de commissions (occultes), pas de rémunérations, pas de dessous de tables. Le but est de faire découvrir du bon vin à des âmes sensibles, de passer un bon moment avec des amateurs (et lecteurs de VINSURVIN, accessoirement) et de nourrir ce blog. Même pas une bouteille sous le manteau ? Bon, alors, si vous insistez…

Début des hostilités en janvier 2008, mais il y fort à croire qu'un VVV 1.0 ait lieu d'ici la fin de l'année. Histoire de mettre un peu la machine en route.

A bon entendeur!

Pour tout renseignement, contactez-moi à : VINSURVIN2020@yahoo.fr

Merci à Gérard Lavalette, de Paris Faubourg, pour la photo, passablement transformée... désolé!

vendredi, 12 octobre 2007

Suttan Grange et mon tomahawk.

 

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Tonton Joseph (alias Sitting Bull).

 

Avec ses airs de lieux mythiques perdus dans la Death Valley (Nevada), un tout jeune domaine australien, mené de main de maître par un bourguignon, tente aujourd’hui de percer le marché français. Découverte.

Sutton Grange Winery Estate (SGWE) pourrait être le titre d’un film avec John Wayne dans lequel les Yankees massacreraient les Indiens à coup de winchester plus rutilantes les unes que les autres mais où à la fin John Wayne, le méchant qu’aimait-pas-les-gens-qui-n’étaient-pas-de-bons-vrais-américains (et-qui-en-plus-avaient-une-couleur-de-peau-pas-pareille-que-le-blanc), se feraient littéralement dépecer par un Mohican brandissant le scalpe de ce bouseux pour triompher de tous les oppresseurs de la planète. Dans le genre moins gore, Sutton Grange Winery Estate n’est autre qu’une propriété de 12.5 hectares située au nord de Melbourne. Ce jeune domaine viticole (winery en anglais), fondé en 1998, se trouve depuis 2001 entre les doigts de Gilles Lapalus, un bourguignon du Mâconnais qui exerça jadis ses talents de vinificateur (comme l’indique le dossier de presse) en Bourgogne, en Médoc, en Toscane et au Chili. Ce dernier faisait goûter ses vins, mardi dernier,  dans un super petit bar à vin de la rue Richelieu (Paris I), le Juvenile’s, dont on reparlera sur vinsurvin.

Pour situer le vignoble géologiquement, ce dernier est situé en coteau, sur les flancs du Mount Alexander (sorte de grosse roche granitique), à 300m au-dessus du niveau de la mer, à deux heures de là, et n’ayant, d’après Gilles Lapalus, aucune influence sur la vigne. Le climat y est de type méditerranéen, avec des printemps soumis au gel et des étés chauds et secs. En biodynamie, on y cultive des cépages français (cabernet-sauvignon, syrah, merlot et viognier) et des cépages italiens (sangiovese et fiano). 

La dégustation commence par le Fairbank Viognier 2006. Le nez est très agréable, charmeur et vif. Relativement « conforme » aux caractéristiques de ce cépage que l’on rencontre beaucoup en Ardèche, il exulte de fruits exotiques tel que la mangue, le kaki, le charron, le litchi : une très belle palette aromatique. En bouche, surprise. Alors que, pour être franc, l’on est en droit de s’attendre à quelque chose de rond, exubérant de fruits exotiques, de sucre (limite butter-scotch) frisant l’écœurement au bout de deux gorgées, je me retrouve avec un vin vif, frais, d’une jolie complexité et sur de guillerettes notes d’agrumes, le tout enrobé d’une délicate acidité. Pamplemousse, citron, certes, mais sans rapport avec ce que le sauvignon peut présenter du côté de Pouilly-Fumé ou d’Amboise.

Je ne cache pas mon étonnement (et mon plaisir) à Gilles Lapalus qui me sert et m’accompagne dans ma dégustation. La dichotomie entre le nez et la bouche est saisissante et assez rare dans l’hémisphère sud pour être soulignée. Il me confirme que c’est l’esprit de SGWE en général et de Fairbank en particulier. 

Nous allons ensuite découvrir les rouges : Fairbank Syrah 2004, puissante, tannique, animale, sur des fruits noirs en quête de maturité, racée, bien équilibrée. Parfaite avec des viandes rouges grillées pendant la troisième mi-temps. Fairbank Cabernet-Sauvignon 2003, année marquée par les fortes chaleurs en Australie comme en France, souffre de tanins assez belliqueux à mon goût (caractéristique constante des Fairbanks), surtout pour un vin déjà âgé de trois ans. Mais ce dernier « compense » par sa jolie structure et sa belle longueur en bouche. Et le sentiment, qu’à l’image de ses homologues, il ravirait plus d’un amateur.

Le Sangiovese 2005 m’apparaît comme la cuvée la plus aboutie : généreusement fruité, non dénué de complexité, probe, il se pare de tanins souples et fondus. Gras et puissant, il se mâche littéralement. Ce cépage italien tolèrerait-il mieux la configuration géologique et climatique de la région ? Simple supputation.

Elevés en cuves en béton, les vins de Fairbank ne souffrent pas d’un boisé excessif! Bien au contraire, on n’en viendrait presque à regretter que ces vins ne soient pas davantage passés en fûts afin de les arrondir un tout petit peu et d'adoucir leurs tanins parfois excessifs. Si chaque cuvée suggère une réelle personnalité dans sa structure et une réelle complexité aromatique, les notes de fruits (noirs, juvéniles, acidulés) sont souvent similaires. Un léger regret bien moins « problématique » que les prix affichés : pas moins de 20€ pièce, en moyenne. Le prix de la qualité et du savoir-faire français ? 

Ravi de ces rencontres, l’impression d’avoir bu dans un calumet, je saisis mon tomahawk, enfourchai mon scooter (sans sabot dieu merci) et disparus dans ma ville pleine de "Big Dukes" en furie, que cette dégustation aurait sans doute apaisé. Tipi pour eux.

Sutton Grange Winery, Carnochan's Lane, Sutton Grange, Victoria 3448, Australie.

Le Juvenile's, 47 rue de Richelieu, Paris I (métro Palais-Royal, Bourse, Pyramide).

 

dimanche, 07 octobre 2007

Quel vin avec un France-Angleterre ? (What wine with a France-England ?)

 

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CATCH ME IF YOU CAN!

Vous imaginez bien que l’auteur de ce blog, professeur d’anglais dans le civil, éprouve une certaine joie à l’idée de "rencontrer" le XV de la rose en demie-finale de la coupe du Monde, même si les affronter en finale eût été, tel un crumble, particulièrement croustillant. Après les Kiwis qui doivent broyer du (pinot) noir, à quel vin allons-nous bien pouvoir manger ces anglais, buveurs de bière devant l’éternel mais de plus en plus connaisseurs en vin? Et ces (petites) anglaises ?

Pinot noir, le nouvel emblème des All Blacks. Dans Le Vin (éditions Place des Victoires), André Dominé nous explique que la Nouvelle-Zélande est le pays le plus méridional de l’hémisphère Sud. Les sols siliceux (le grès et la meulière contiennent beaucoup de silice par exemple, le quartz en étant une variété naturelle, ndlr) et le climat froid et maritime crée des conditions idéales pour les cépages de Bourgogne, chardonnay et pinot noir, ainsi que pour le sauvignon blanc du Val de Loire. On trouve du merlot, voire du cabernet-sauvignon dans les régions les plus chaudes.(…) Au cours des dix dernières années, la région fraîche et relativement sèche de l’ouest de Wellington s’est affirmée comme l’une des régions les plus fascinantes de la Nouvelle-Zélande. En effet, un tout petit groupe de vignerons très motivés est parvenu à se faire un nom : Dry River, Martinborough Vineyard, Ata Rangi, Palliser Estate apparaissent aujourd’hui comme des valeurs sûres au pays des All Blacks. Promises à un grand avenir ? Ceci est moins sûre… Surtout depuis la cinglante défaite de samedi soir qui nous ferait presque dire que les Blacks devraient, jusqu’à la prochaine coupe du monde, remplacer leur palme blanche par une grappe de pinot noir français, noir comme le deuil que les français leur infligent de porter depuis cette défaite. En espérant que les petits, eux, la décrochent, la palme.  

Vive le global warming. Si l’Angleterre n’est réputée que pour sa lager (bière plate sans bulles – qui a dit “chaude” ?!) et son pudding, certains vignerons (farfelus, ça va de soi), ont planté quelques rangées de vignes qui leur offrent quelques bouteilles l’an. Il se peut, de toute façon, que ceux-là n’aient pas si tort que cela si les températures continuent d’augmenter comme c’est le cas. Le mâle anglophone lambda n’est pas un féru de vin. Il m’apparaît, d’après mon expérience, que la consommation de vin est encore très marquée socialement en Angleterre. Le vin blanc est essentiellement consommé par les femmes, peu importe les classes sociales. Le chardonnay, bu en grande quantité, est légion Outre-Manche, chez la common British woman comme chez la lady. Le vin rouge, lui, n’est pas très apprécié du lad anglais qui reste très attaché à sa bière (et non à sa “beer”, qui elle contient des bulles et n’est appréciée, selon lui, que des continentaux). La lager, véritable emblème culturel au Royaume Uni, confère aux yeux du British bloke une image virile et patriotique. Elle y est aussi ancrée que le vin dans l’esprit français.

Ouvrir du vin : un acte de partage et de découverte. Au royaume de Queen Elisabeth, le vin est encore très connoté « France », nation qui, for some reason, n’obtient pas la sympathie de tous aux pays de Charles et Camilla – chose qui ne devrait pas s’arranger dans une semaine… Cependant, notamment de la middle à la upper-class, le vin revêt une connotation culturelle et sociale forte. La représentation que l’on s’en fait dépasse les frontières de l’île. Hommes et femmes prennent donc beaucoup de plaisir à partager une bonne bouteille de vin français autour de la table, sans qu’un patriotisme ou un quelconque chauvinisme, forcément un peu étriqués comme le sont toutes les formes de protectionnismes nationales, ne viennent interférer les plaisirs le plus simples. Dieu sait donc (God pour le coup) qu’ouvrir une bouteille de vin français à Londres, Newcastle ou Liverpool, représente bien plus que boire un simple verre de vin. Je dis « français » car la France est quand même le pays étranger le plus proche de l’Angleterre, géographiquement mais aussi historiquement et culturellement ; il est donc plus naturel de boire du vin français qu’italien ou espagnol, réservé aux grands connaisseurs. Ouvrir du vin, comme en France ou ailleurs sur la planète, est un acte de partage et de découverte. C’est aussi l’occasion d’évoquer, le lieu, la région, le viticulteur à qui on l’a acheté. Ouvrir une bouteille permet donc de se remémorer les vacances et d’aborder le thème du voyage. Chose que l’on fera pas, ou beaucoup moins en tous les cas, avec la bière.

La bière possède les même valeurs sociales que le vin en France. En Angleterre, en Irlande, au Canada, en Australie, on se réunit au pub le dimanche, entre amis mais aussi et surtout en famille, autour d’une bonne pinte. Conversations acharnées, éclats de rires, larmes parfois même, ponctuent ces réunions de famille dont les membres n’échangeraient leur Guinness, leur XXX ou même leur Forster australienne contre le meilleur des vins français ! 

Les étrangler dans leurs 22. Alors, quel vin pour ce France-Angleterre ? Quel vin pour nous ouvrir les portes de la finale ? Pas question de botter en touche ! Ce match est une si belle affiche. Les joueurs de Bernard Laporte et ceux de Brian Ashton joueront dans les règles de l’art mais ne se feront pas de cadeaux. Tout le monde sait que le rugby est un jeu de brutes joué par des gentlemen. Je servirai donc un vin doté d’une belle structure, voire charpenté, avec des tanins affirmés mais fondus également. Un vin puissant mais élégant. Le but sera tout de même de prendre son temps (pas comme Jason Robinson filant droit vers la ligne d’embut – puis déstabilisé par Ellisalde, il ne faudrait pas que les rosbeefs s’y voient déjà) pour construire la victoire, de prendre son pied (pas celui de Wilkinson) et de faire preuve de maturité (comme le vin, comme Dalaglio). On pourrait faire des essais, mais on les réservera pour la France. Face aux ‘‘frogs’’, les anglais choisiraient certainement un vin léger, comme avec des cuisses de grenouilles, mais il s’agira de leur faire bouffer du cassoulet et de les étrangler dans leurs 22 mètres. En effet, les anglais étant de fervents amateurs du sud-ouest de la France , j’opterais bien pour un bergerac ou un cahors pour ces messieurs.  Mais comme je suis un gentleman, j’ouvrirai un chardonnay. Un Chablis même, qui, que l’on le veuille ou pas demeure le roi de ce cépage bourguignon. En tous cas, pour les étrangers. Pas un ‘‘petit’’, pas un ‘‘premier’’, un simple ‘‘Chablis’’. En espérant que ces dames auront un bon ‘‘French Flair’’ pour apprécier les arômes de fleurs blanches. Et pourquoi pas de roses ? Oui, mais fanées.

 

samedi, 06 octobre 2007

Vinsurvin&Vinsurvin French Corporation Limited.

 

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Suite à Chânes Etonnera Personne, notez au passage les trois majuscules suggérant que l'auteur inscrit son travail au rang des oeuvres littéraires majeures alors qu'il s'agit de simples et pauvres notes relatant des discussions de comptoir pour un public à l'oisivité chronique. La motivation n'est pourtant qu'esthétique. Mais puisque lire les fantasmes oenophiles d'un parisien en manque de vignoble semble permettre à certains de s'évader quelque peu de la routine que peut parfois offrir (que dis-je "imposer") ce lieu carcéral qu'est  le bureau, alors, accordons-leur une légère fantaisie. Point de vers l'ami, de verres oui, mais une prose qui cahin-caha continue de mettre en lumière la richesse du patrimoine viticole français.

Aujourd'hui, VINSURVIN se trouve confronté à un petit problème. Petit qui devient grand. Pas qu'il m'encombre. Mais il m'interroge sur l'idée qu'il va me falloir ouvrir une cave, un magasin, une succursale! Ou devenir agent. C'est Arnaud qui, à la suite de cette note sur le Pouilly-Vinzelles du domaine Mathias et sur le Mâcon-Chânes de Dominque Cornin, m'a mis la puce à l'oreille,  dans un commentaire, comme chuchotté au creux de mon haut-parleur, soulèvant au demeurant un point essentiel de l'identité de VINSURVIN.

Bonjour. Peut-on trouver ces bouteilles chez un caviste parisien ? Cordialement.

Avant de vous conter ma nouvelle vie d'agent comme je la conçois, petite réponse à Arnaud. 

Mon cher Arnaud, 

C'est avec beaucoup d'intérêt que j'ai acceuilli votre question sur VINSURVIN au sujet de ces magnifiques vins du Mâconnais. J'ai pris contact auprès de ces deux viticulteurs (Mathias et Cornin). Revenez sur VINSURVIN, dès que j'ai des éléments, je vous tiens au courant.

Bien à vous, VINSURVIN.

Ah! Agent! Ou directeur de consulting en management international pour la filière viticole vinsurvin&vinsurvin French corporation limited (pour faire plus humble). Adieu bavardages incessants ("T'as vu, Kevin il chatouillé Jennifer, trop fun heu!!!"), copies affligeantes (the perçonage want will for in the jardin of the mozer) et clichés sur les profs ("Non, mais attends, faut arrêter, un prof, contrairement à ce qu'on croit, ça bosse comme un malade! Surtout en juillet et août"). A moi les déplacements en voiture à travers la France, en TGV à travers l'Europe, en Avion à travers le monde ("Monsieur VINSURVIN, nous n'avions plus de place en premium, nous vous avons intallé en éco + ", "Pardon? Ah, mais il en est hors de question! Les soutes à la limite. Mais en éco, jamais, je ne supporte pas votre Château Virgin Light ; il me donne des gazs." A moi les dégustations prestigieuses ("Non, ce VDP est franchement imbuvable. Mais qui sont les ploucs qui font des choses n'ayant pas le goût de bois et le goût de vanille? Ca va pas la tête? Par contre ce Château Vanilla Wood, ça c'est du vin. Aucun nez, aucun fruit, d'une courtesse en bouche. Superbe."). A moi les colloques, les conférences, les sommets aux niveaux intellectuels plus élevés les uns que les autres ("La parole est à Monsieur VINSURVIN, de VINSURVIN French Corporation Limited", "Oui, merci Jack. (Ca va ta femme? I mean, how's your wife Jack, ok? Give her kiss for me, will ya?). Donc, heu, oui... Monsieur Parker, vous avez votre idée du vin. J'ai la mienne. Chacun sa philosophie et les vaches seront bien gardées." "Bravo!!! Bravo!!!" (Standing ovation) "Quelle profondeur, c'est du Vosnes Romanée.", "Quelle subtilité, c'est notre maître incontesté à tous." "Cette justesse. Ce verbe. Du grand VINSURVIN.").

En attendant que rêve devienne réalité, j'ai un tas de 35 magnifiques copies qui m'attendent. Si elles pouvaient faire dans la "courtesse" aussi, ça m'arrangerait. Parce qu'on n'est pas en juillet ou en août, là.

PS : Merci à Gérard Laurent de PARISCOOL.COM pour la photo et désolé de l'avoir passablement modifiée! 

mardi, 02 octobre 2007

Chânes étonnera personne.

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Prenons un cas classique. Vous recevez des amis ce week-end à l’apéro. Il va de soi que vous n’allez pas leur servir un vulgaire, pauvre ricard (avec des cacahuètes). Pas de snobisme aucun. C’est juste que le ricard, c’est franchement dégueulasse, à part pour les gens dépourvus de papilles gustatives et que le pastis? à la rigueur, mais noyé, avec plein de glaçon, sous 45 degrés, dans le désert l’amateur de bonnes choses que vous êtes et l’amitié que vous portez à vos amis vous interdisent de leur servir autre chose qu’un de ces fabuleux vins blancs que vous avez trouvé cet été sur la route. Ou celui vivement conseillé par votre petit caviste, ce gars réservé et pas bien loquace, mais qui a le don de vous conseiller des bouteilles dont je ne vous dis que ça. Ou pourquoi pas un de ces Mâconnais dont le rédacteur de ce blog vous a encore parlé dernièrement?

Non parce que, pas qu’il s’y connaisse super bien en vin ce blogueur, mais on sait qu’il est plutôt amateur, et que ces vins blancs du centre de la France ont tendance à le rendre extatique. Voire dithyrambique. A la lumière d’un Ian Curtis au bord de la crise d’épilepsie, la découverte de nouveaux vins et vignerons semble lui procurer des sentiments et des sensations qu’il faut bien dire vous seriez bien curieux de connaître aussi. Alors, vous allez lui faire confiance, pour une fois. Afin de vérifier si cet espèce de troubadour urbano-rural des temps modernes ne raconte pas que des sornettes. Non  parce que c’est bien gentil de se pavaner devant des bouteilles aux noms plus farfelus les uns que les autres (Fuissé, Vinzelles, Chaintré – à croire qu’il les invente), de se lover sur son canapé avec un verre de Chânes tel un Polnareff nu sur une couverture de Match, de séduire pléthores de bouteilles comme on ne fait plus la court aux femmes aujourd’hui. Mais qu’en est-il vraiment de la qualité de ces « nectars » tel que monsieur les appelle?

 

De facto, application de la méthode vinsurvin pour accueillir ce jeune couple dont vous avez l'homme sous votre aile au travail depuis quelques temps. Ce dernier, pédant et arrogant avec son pull sur les épaules comme ces jeunes requins aux meetings de certains partis, avec sa mèche lui couvrant la moitié du visage, a un peu plus de trente ans. Il débarque de la  la com ou de l’événementiel ou de la télé, on ne sait pas trop et lui non plus d’ailleurs. Elle, s'octroyant un "break" (sponsorisé par papa), n'a jamais travaillé. Cependant, elle se consacre à des activités caritatives, organisant moult cocktails rive gauche visant à soulever des fonds pour des enfants du XVIème ayant sombré dans l’alcool et la drogue sous l’égide de leurs subordonnés du 9-3. Aisés mais d’une pauvreté culturelle abyssale, leur ignorance ne vous empêchera pas de vous faire plaisir. En effet, (et là, changement de voix, grave mais chaude et rassurante, comme celle du monsieur de la Gare Saint-Lazare qui vous annonce que votre train partira avec quelques minutes de retard voie 2 mais la sncf vous remercie de votre compréhension et vous souhaite une bonne journée) la  rédaction précise qu’il va de soi que le profil des invités ici mentionné n’est là qu’à titre indicatif et que votre simple collègue de boulot ayant gentiment accepté de vous remplacer lundi prochain pour vous permettre de finir la chambre du petit mérite également tous les égards. Il y a d’ailleurs des chances qu’on se marre plus avec ce couple, certes un peu kitch, mais tellement nature, que le couple version Ile de la Tentation qui passeront le plus clair de leur temps à parler d'eux et de leur vie matériellement trépidente sans aucune espèce d'intérêt pour ce dont vous pouvez bien vous intéresser. Le duo peut donc être en parfaite inadéquation avec le vin servi. De toute façon, Ken et Barbie ne sauront apprécier votre vin, vous répéteront à l'envi qu'en dehors des bordeaux (et des médocs, ah les médocs, hein chéri? le saint-emilion de ton père), et trouveront quelques clichés affligeants à vous servir, avec la certitude de dire vrai. 

Je répète, qu’intrinsèquement, le but est que vous vérifiiez si l’auteur du blog que vous consultez au moins sept fois par semaine ne raconte pas que des âneries comme c’est présentement le cas.   

Accessoirement, le vin retenu pour cet apéritif et lors de cette note qui n’aura que trop tardé à cause d'un verbiage que l'on prête pourtant davantage aux politiciens est un Pouilly-Vinzelles 2005 de chez Béatrice et Gilles Mathias, ou, pour les plus chanceux, un Mâcon-Chânes 2006 de chez Dominique Cornin (lire par ailleurs cette note). Rondeur, sensualité et gras pour le premier, accompagnés d’un joli arôme de bouquets de fleurs blanches cueillies sur le bord de la route entre Chaintré et Leynes. Le second, vif et doté d’une jolie acidité, offre des notes extrêmement fleuries et fruitées (tilleul, pêche, vanille, noisettes), minérales (légère mais manifeste pierre à fusil), d’une complexité et d’un équilibre remarquable. En fait, l’auteur du blog en question dit « ne pas avoir bu une chose pareille depuis bien longtemps». Dominique Cornin est un géni. Après avoir goûté à son art, Chânes étonnera personne.

 

 
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