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dimanche, 28 octobre 2007

En la matière.

 

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Peinture et viticulture n’ont pas fini de se trouver des points communs. Notamment dans la place qu’elles réservent à la matière. C’est une exposition, celle des œuvres du peintre d’origine lituanienne Chaïm Soutine (1893-1943), à la Pinacothèque de Paris, qui nous conduit, une fois de plus, droit à ce constat.

Pop-Art. L’Homme au Chapeau, Paysage dans le Midi, la Cathédrale de Chartres… Autant d’œuvres majeures qui ne raisonnent pas comme les Tournesols de Van Gogh, le Déjeuner sur l’Herbe de Manet ou Guernica de Picasso. De même que le Pouilly-Vinzelles, le Rasteau ou le Pacherenc de Vic Bihl n’ont guère la même notoriété que le Saint-Emilion ou le Sauterne. Mais ce qui n’est pas populaire est loin d’être mauvais. C’est même souvent bien meilleur. Exception faite du pop-art!

L’entité : la matière. Chaïm Soutine avait une obsession permanente : célébrer la matière. Quand l’auteur de la Folle dit à  propos de Rembrandt  que « la matière colorée se fait le docile instrument de l’esprit », ne croirait-on pas qu’il parle de vin ? Léger, aérien et sur le fruit, comme on peut les rencontrer en Loire, le vin ne manquera d’être un instrument de plaisir. Mais, en dépit d’une jolie robe et d’un nez flatteur, s’il s’avère insipide et ennuyeux, stéréotypé d’un millésime à l’autre, et dénué de corps, il ne rencontrera pas la probe de l’amateur.  Un peu dans la veine de ce Côte de Blaye dégusté vendredi dernier chez un charmant caviste de Montmartre. Car voilà ce qui constitue le point de départ du plaisir et l’entité même d’un vin : sa matière.

Faire jaillir le lyrisme. « Soutine est peut-être, écrit l’historien d’art Elie Faure en 1929, le peintre chez lequel le lyrisme de la matière a le plus profondément jailli d’elle, sans tentative aucune d’imposer à la peinture, par d’autres moyens que la peinture, cette expression surnaturelle de la vie visible qu’elle a charge de nous offrir. » Cette citation n’est-elle pas confondante lorsque l’on émet un parallèle avec le travail du vigneron ? Comme répété maintes et maintes fois sur VINSURVIN, l’œuvre du viticulteur est en effet de faire jaillir le lyrisme de la matière. De faire naître de la vigne et à travers son art, un enthousiasme, une allégresse, une joie profonde chez l’œnophile. Si la poésie est la musique de l’âme, le vin est la romance des sens.   

En substance. En 1960, l’artiste américain De Kooning dit de Soutine qu’il « construit une surface qui ressemble à une étoffe, une matière ». La robe d’un vin ne révèle-elle pas l’étoffe de laquelle se pare l’élixir objet de toutes nos convoitises ? Car nonobstant la position patronale du palais, l’œil demeure un organe incontournable dans l’appréciation de notre sujet. Au même titre que l’odorat. Seulement, la matière, pour revenir à elle, divulgue l’essence même de ce qu’a engendré la vigne. Les caractéristiques de ce liquide rubis, noir, rosé ou or se confondent alors avec celles des plus grands tableaux de maîtres. Au profil juvénile et moderne elle rappelle les personnages de Roy Lichtenstein. Substance riche, ronde et opulente, elle évoque les femmes de Fernando Botero. Complexe, c'est Schiele ou De Staël qui viennent à l'esprit, à moins que ce ne soit la peinture de Jackson Pollock ou de Joan MirÓ. Finale élégante,  longue ou interminable, comme les mains des femmes de Klimt, on se laisse volontiers submerger par les paysages d'impressionnistes tels que Cézanne ou Monet. La matière engendre et cristallise le dessein même d’un vin. Elle matérialise in fine l’expression de ce dernier. De ce fait, si le surfait a tendance à polluer et la peinture et le vin par des procédés incompatibles avec le bon goût, l’absence caractérisée de matière, de substance et de personnalité demeurent des désagréments bien incommodants dans l’art, qu’il soit relatif à la peinture ou au vin. Quoiqu'il en soit, il y a matière à voir en ce moment à Paris puisqu'outre cette exposition Soutine, l'on peut également admirer, entre autres, les oeuvres de Giacometti à Beaubourg et des photos du cinéaste américain Larry clark (Kids, Bully, Ken Park...) dans le Marais. Souhaitons qu'il y ait également matière à boire (avec modération) dans les semaines à venir avec les Tupperwine. Patience, VINSURVIN attend des livraisons de blanc, notamment de Chablis et de Pouilly Fuissé...

Chaïm Soutine (photo : Vue de Cagnes), La Madeleine, Paris X. (Métro Madeleine.)

Larry Clark, Tulsa, 1963-1971. Maison Européenne de la Photographie, 5-7 rue de Fourcy, Paris IV. (Métro Saint-Paul.)

L'atelier d'Alberto Giacometti au Centre Pompidou, Paris III. 17 octobre 2007 - 11 février 2008 ; 11h00 - 21h00 (Métro : Rambuteau, Hôtel de Ville, Châtelet).

15:20 Publié dans VIN & ART | Lien permanent | Commentaires (0)

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