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vendredi, 12 octobre 2007

Suttan Grange et mon tomahawk.

 

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Tonton Joseph (alias Sitting Bull).

 

Avec ses airs de lieux mythiques perdus dans la Death Valley (Nevada), un tout jeune domaine australien, mené de main de maître par un bourguignon, tente aujourd’hui de percer le marché français. Découverte.

Sutton Grange Winery Estate (SGWE) pourrait être le titre d’un film avec John Wayne dans lequel les Yankees massacreraient les Indiens à coup de winchester plus rutilantes les unes que les autres mais où à la fin John Wayne, le méchant qu’aimait-pas-les-gens-qui-n’étaient-pas-de-bons-vrais-américains (et-qui-en-plus-avaient-une-couleur-de-peau-pas-pareille-que-le-blanc), se feraient littéralement dépecer par un Mohican brandissant le scalpe de ce bouseux pour triompher de tous les oppresseurs de la planète. Dans le genre moins gore, Sutton Grange Winery Estate n’est autre qu’une propriété de 12.5 hectares située au nord de Melbourne. Ce jeune domaine viticole (winery en anglais), fondé en 1998, se trouve depuis 2001 entre les doigts de Gilles Lapalus, un bourguignon du Mâconnais qui exerça jadis ses talents de vinificateur (comme l’indique le dossier de presse) en Bourgogne, en Médoc, en Toscane et au Chili. Ce dernier faisait goûter ses vins, mardi dernier,  dans un super petit bar à vin de la rue Richelieu (Paris I), le Juvenile’s, dont on reparlera sur vinsurvin.

Pour situer le vignoble géologiquement, ce dernier est situé en coteau, sur les flancs du Mount Alexander (sorte de grosse roche granitique), à 300m au-dessus du niveau de la mer, à deux heures de là, et n’ayant, d’après Gilles Lapalus, aucune influence sur la vigne. Le climat y est de type méditerranéen, avec des printemps soumis au gel et des étés chauds et secs. En biodynamie, on y cultive des cépages français (cabernet-sauvignon, syrah, merlot et viognier) et des cépages italiens (sangiovese et fiano). 

La dégustation commence par le Fairbank Viognier 2006. Le nez est très agréable, charmeur et vif. Relativement « conforme » aux caractéristiques de ce cépage que l’on rencontre beaucoup en Ardèche, il exulte de fruits exotiques tel que la mangue, le kaki, le charron, le litchi : une très belle palette aromatique. En bouche, surprise. Alors que, pour être franc, l’on est en droit de s’attendre à quelque chose de rond, exubérant de fruits exotiques, de sucre (limite butter-scotch) frisant l’écœurement au bout de deux gorgées, je me retrouve avec un vin vif, frais, d’une jolie complexité et sur de guillerettes notes d’agrumes, le tout enrobé d’une délicate acidité. Pamplemousse, citron, certes, mais sans rapport avec ce que le sauvignon peut présenter du côté de Pouilly-Fumé ou d’Amboise.

Je ne cache pas mon étonnement (et mon plaisir) à Gilles Lapalus qui me sert et m’accompagne dans ma dégustation. La dichotomie entre le nez et la bouche est saisissante et assez rare dans l’hémisphère sud pour être soulignée. Il me confirme que c’est l’esprit de SGWE en général et de Fairbank en particulier. 

Nous allons ensuite découvrir les rouges : Fairbank Syrah 2004, puissante, tannique, animale, sur des fruits noirs en quête de maturité, racée, bien équilibrée. Parfaite avec des viandes rouges grillées pendant la troisième mi-temps. Fairbank Cabernet-Sauvignon 2003, année marquée par les fortes chaleurs en Australie comme en France, souffre de tanins assez belliqueux à mon goût (caractéristique constante des Fairbanks), surtout pour un vin déjà âgé de trois ans. Mais ce dernier « compense » par sa jolie structure et sa belle longueur en bouche. Et le sentiment, qu’à l’image de ses homologues, il ravirait plus d’un amateur.

Le Sangiovese 2005 m’apparaît comme la cuvée la plus aboutie : généreusement fruité, non dénué de complexité, probe, il se pare de tanins souples et fondus. Gras et puissant, il se mâche littéralement. Ce cépage italien tolèrerait-il mieux la configuration géologique et climatique de la région ? Simple supputation.

Elevés en cuves en béton, les vins de Fairbank ne souffrent pas d’un boisé excessif! Bien au contraire, on n’en viendrait presque à regretter que ces vins ne soient pas davantage passés en fûts afin de les arrondir un tout petit peu et d'adoucir leurs tanins parfois excessifs. Si chaque cuvée suggère une réelle personnalité dans sa structure et une réelle complexité aromatique, les notes de fruits (noirs, juvéniles, acidulés) sont souvent similaires. Un léger regret bien moins « problématique » que les prix affichés : pas moins de 20€ pièce, en moyenne. Le prix de la qualité et du savoir-faire français ? 

Ravi de ces rencontres, l’impression d’avoir bu dans un calumet, je saisis mon tomahawk, enfourchai mon scooter (sans sabot dieu merci) et disparus dans ma ville pleine de "Big Dukes" en furie, que cette dégustation aurait sans doute apaisé. Tipi pour eux.

Sutton Grange Winery, Carnochan's Lane, Sutton Grange, Victoria 3448, Australie.

Le Juvenile's, 47 rue de Richelieu, Paris I (métro Palais-Royal, Bourse, Pyramide).

 

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