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dimanche, 30 septembre 2007

La Sorbonne, le Vin et les Jeunes.

 

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Le lieu à lui tout seul en valait la chandelle. La Sorbonne, antre du savoir et de l’éducation, accueillait jeudi soir dernier la conférence au titre aussi ambitieux que les têtes pensantes y ayant usé leurs fonds de culotte : « l’éducation au vin chez les jeunes : clé d’une consommation responsable et modérée? ». Sous l’égide de Denis Saverot (rédacteur en chef de la Revue du Vin de France) et de Bernard Farges (président du syndicat des vins des Bordeaux Bordeaux Supérieur), la soirée voyait défiler des intervenants dissertant sur les moyens mis et à mettre en œuvre pour mener les jeunes à une consommation du vin responsable et modérée. A l’heure où le vin se voit diabolisé (voir le verre de rosé en couverture du magazine Valeurs Mutualistes de sept-oct 2007 pour illustrer le sujet principal : Alcool, halte aux dégâts), dans une époque où le vin est désormais un délit, dans une France enclin à dilapider son propre patrimoine, il semble que promouvoir le boire moins mais mieux soit un impératif.  Surtout auprès des jeunes.   

Dans une salle prodigieusement ornée de peintures, de lustres, de vitraux ou encore de boiseries dorées, et devant un par-terre de gens du monde du vin et de journalistes, Jean-Robert Pitte, président de l’Université Paris-Sorbonne (Paris IV), passionné de vin et auteur d’ouvrages sur la question, lance le débat de façon convaincante et pédagogique. Notant que la consommation de vin en France a chuté de 51% depuis 1961 et de 13% pour l’alcool, il insiste que «le but n’est pas de pousser à la consommation mais de créer un désir.» Partisan de l’éducation et de la responsabilisation, il s’oppose au tout-interdit. Le vin et l’olivier sont les racines de notre civilisation. Les diaboliser reviendrait à rejeter les fondements de notre propre culture. « Dans le Coran, le prophète, ayant constaté les dégâts du vin sur son peuple, décide de leur interdire et qu’ils pourront en jouir au paradis. » Jean-Pierre Pitte respecte ce choix mais ne considère pas l’interdit comme la meilleure des méthodes pour responsabiliser les gens. L’auteur de « Bordeaux, Bourgogne, des passions rivales » est convaincu qu’il faut parler du vin au lycée. « Le vin comme un reflet du terroir » serait un parfait sujet d’étude en histoire et géographie. La séance s’achèverait par une dégustation. Elle serait suivie d’ « une visite sur le terrain afin que les élèves puissent découvrir le milieu, le savoir-faire, le talent, l’art du vigneron. » Car pour Jean-Pierre Pitte, faire du vin est un art. Le doux rêveur serait curieux de suivre le parcours d’un vigneron sur une année afin de relever toutes les décisions, fussent-elles infimes, qui font le vin. Les métiers de la vigne pour enseigner la gestion de l’entreprise seraient également au programme de l’école selon J.P. Pitte. Par ailleurs, le vin pourrait également s’avérer excellente initiation à la complexité : « le vin, métaphore de la société, de la complexité humaine. » L’ambition, (le rêve ?), du géographe : « faire entrer le vin dans l’Education Nationale et faire comprendre aux jeunes que la qualité est accessible à tous. »

Le Docteur Louis Pizzaro, médecin, également engagé dans des activités humanitaires et amateur de vin à qui il arrive de signer des chroniques dans la RVVF, s’interroge sur ce qu’il faut enseigner en matière de vin. Prenant les grandes écoles de Cambridge et d’Oxford en exemple, il évoque les compétitions entre les deux fameuses villes anglaises (Master of Wine) et le partage du vin entre professeurs et étudiants comme étant une vieille coutume britannique. Parmi les initiatives, il évoque le Bacchus de l’université de Montpellier et les différents clubs de dégustation et d’œnologie dans les grandes écoles françaises. Il finit son intervention en regrettant la dichotomie entre la rentabilité économique et la nécessité de responsabiliser.

Vient ensuite le quart d’heure humoristique avec le député de la Gironde (UMP) et Vice Président du groupe viticole à l’Assemblée Nationale, Jean-Paul Garraud. Manifestement arrivé les mains dans les poches sans avoir préparé quoi que ce soit, monsieur Garraud va multiplier les inepties (« on voit de plus en plus d’acteurs boire du vin dans les films américains et on n’en voit plus dans le cinéma français », normal quand on ne va jamais au cinéma monsieur le député, démonstration au passage de votre américanisation), les clichés politiciens (« le vin, un sujet qui transcende les clivages politiques », effectivement, depuis la loi Evin, tous les gouvernements sont d’accord pour laminer le vin français) et le blabla de circonstance (« Il faut arriver à faire comprendre la dimension de ce produit par des mesures non discriminantes »), circonstanciel quand on envisage de faire passer les limites de consommation au volant de 0,5 à 0,2g (voire 0), quand on réprime à tour de bras et qu’on n’a pas été fichu d’empêcher la création (par ses paires UMPistes !!) du logo signifiant la dangerosité du vin sur le fœtus des femmes enceintes, un signe excluant la responsabilisation et  confirmant l’infantilisation ambiante. Garraud le regrette, prouvant son impuissance au passage. Si ce n’est son incompétence. Il s’est tourné vers une commissaire européenne pour régler le problème mais cette dernière lui a répondu, à juste titre, que c’était un problème franco-français. En somme, voyez ça avec votre oenophobe de président.

Le manque de clarté et la complaisance dans le flou auront également symbolisé ce discours (le speech, devrais-je écrire) dont l’hémorragie d'errements aurait nécessité un garrot. « Le conseil de modération » : de quoi s’agit-il monsieur Garraud ? « La mission d’information a rendu son rapport » : mais encore ? Que dit ce rapport ? Quelle est le dessein de cette mission ?

« Il faut modifier la loi Evin » : comment ? Quelles sont vos méthodes et vos moyens ? S’inscrivant dans le conceptuel plus que dans l’action, dans le verbiage plus que dans l’agissement, n’abordant pas une seule fois le sujet de la conférence (éducation, responsabilisation, jeunes… ne font pas partis du lexique de M. Garraud), le politique, hors sujet sur cet oral, aura néanmoins réussi une chose : nous confirmer qu’il ne faudra pas compter sur le gouvernement de François Fillon pour redorer le blason du vin français et pour éduquer les jeunes à une consommation raisonnable et réfléchie de vin. Normal, ça coûte de l’argent et ça n’en rapporte pas.

Le Docteur Lanzman vient ensuite nous parler du French Paradox : les français connaissent la mortalité cardio-vasculaire la plus basse du monde. Enfin, presque, le cas existe aussi au Japon – en dehors des Sumo (ndlr). La mortalité de toute cause est également inférieure de 20% chez les buveurs de vin. Des chiffres intéressants et qui confirment en effet les bénéfices thérapeutiques du vin. Mais il n’est pas arrivé le jour où l’on mettra un patient sous chinon pour faire baisser son taux de cholestérol. 

La thèse du French Paradox est d’ailleurs vite battue en brèche par Hubert Sacy, directeur général d’Educ’alcool au Québec. Educ’alcool est un organisme indépendant et sans but lucratif qui met en place depuis près de vingt ans des programmes de prévention et d’éducation, en particulier à destination des jeunes, visant à promouvoir la culture du goût, de la dégustation, au détriment de la culture de l’ivresse. Leur slogan : « la modération a bien meilleur goût. »

Le sentiment qui se dégage au final est mitigé. Cette conférence aura eu le mérite de soulever un thème majeur de notre société : éduquer les jeunes à la modération et à la responsabilisation. Cela ne se fera pas sans l’aide des gouvernements, des écoles, des acteurs du monde du vin et des parents. Le sujet est sensible, la tâche ardue, dans le sens où il s’agit de détourner les jeunes des alcools forts (entre les mains de lobbies puissants et insensibles à la santé des jeunes) pour les amener à une consommation de vin sans tomber dans l’excès. Point positif pour le vin, cette dernière condition semble s’imposer naturellement, le vin rimant avec "convivialité", "communion", "amitié", "famille", "culture" et non avec "beuverie", pour faire court. Cependant, le goût et l'argent guidant naturellement les choix des jeunes, on regrettera que si, en France, l’on peut se procurer du vin pour moins de 3€, le facteur chance quant à sa qualité et sa « buvabilité » joue une part prépondérante. 

 

mercredi, 26 septembre 2007

La fresque.

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Un bon plan resto sur VINSURVIN! Ca faisait longtemps! A croire que l'auteur de ce blog passe son temps devant son ordinateur ou mène une vie moniacale. Mes biens chers frères, mes bien chères soeurs, afin de trouver enfin un peu de sérénité et de sortir du cercle vicieux des réceptions et autres dégustations de vin en tout genre, j'ai décidé de rejoindre le couvent des frères Saint-Ouen, dans la Creuse, où, certes, 10 000 m2 de vignes m'attendent mais où j'espère trouver la voix de la paix intérieure. En d'autres termes, disons que l'arrivée de la p'tite Hortense (alias la Callas) n'a pas permis à VINSURVIN d'écumer les dernières bonnes adresses glânées sur, notamment, A Nous Paris (de Monsieur Toinard) et les autres gratuits qui permettent d'éviter le rhume de fesses sur les quais du métro de Paris.

On connaissait déjà le Père Fouettard dans le quartier (avec ses excellents vins du sud-ouest et son ambiance décontractée), il faudra aussi penser à se rendre à la Fresque, ancienne boutique d'un vendeur d'escargot. Déco sobre et chaleureuse, accueil tranquille et cordial, on pénètre ici dans le bistrot-restaurant parisien par excellence. Au menu, ces bons plats bien'd'chez nous pour des prix très raisonnables. Mon magret de canard au miel épicé, joliment garni de diverses purées de légumes, fit de moi un homme comblé.

Côté vins, le jeune patron de la maison soigne le chaland. Quel bonheur de voir des noms tels que cairanne, saint-joseph, rasteau (perle rare du Rhône), saint-chinian, pic saint-loup, bourgueil, entre autres, compter parmi les classiques de la Fresque! J'en connais plus d'un qui devraient prendre de la graine... Sans compter que le maître de maison aime parler vin : un vrai amoureux du terroir français qui multiplie les contacts pour surprendre les amateurs et égayer sa carte. Cela fait plaisir. Au final, après une scéance de shopping dans les halles, à déconseiller aux agoraphobes, où au sortir d'une expo au centre Pompidou, voilà une adresse toute trouvée pour bien manger et bien  boire. Promis, juré, il n'y a vraiment aucune chance pour que vous ne puissiez voir la Fresque en peinture.

La Fresque : 100 rue Rambuteau, 75001 Paris - Métro Etienne Marcel ou Les Halles.

Tableau affiché : de Troy Henriksen. Les oeuvres de cet artiste américain sont visibles à la Gallerie W, rue Lepic, Paris 18.

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samedi, 22 septembre 2007

En été, fais ce qu'il te plé. En septembre?

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Je sais pas vous, mais moi, en ce moment, je sais pas trop quel(s) vin(s) boire. Cette réflexion m'est venue ce soir alors que j'étais en pleine descente (vers la cave). Tandis que l'ascenceur s'enfonçait dans les entrailles de mon immeuble (ce bon vieil immeuble, sorti de terre en 1893, approximativement l'année de naissance de Joseph, mon arrière grand-père, revenu passablement irrité de la guerre de 14, qui ne devait boire que du cidre sans digresser comme je passe mon temps à le faire), j'étais là, seul, dans cet cage d'acier et de moquette murale rouge, entrain de me tâter.

Pour accompagner un clafoutis aux asperges et au poulet, met léger, un vin de Loire eût été adéquate : saumur-champigny, (saint-nicolas de) bourgueil, chinon... Un gamay également : de Touraine, de Saint-Pourçain-sur-Sioule. Problème : il s'avère parfois que le choix du vin soit guidé par de basses questions logistiques. Peu enclin à me rendre en Loire dans les semaines à venir, je pouponne les chinons de Christelle Pérais-Sourdais, de Laurent Gilloire (la Cuvée des Cigales...) et de Bernard Baudry (les Grézeaux). En attendant de me rendre au Domaine Alliet.

J'ai quelques flacons de Mareuil, fief des vins vendéens. Je dois avouer que ma première expérience avec un vin vendéen (le domaine Saint-Nicolas de Thierry Michon) ne m'avait pas laissé insensible. Manquant singulièrement de d'attaque à l'ouverture, puis de corps, mais très fruité, le vin s'était progressivement ouvert pour offrir une complexité arômatique intéressante, une jolie concentration et une bouche non dénuée de longueur. Un souvenir très positif mais trop récent pour s'en fendre d'un ce soir. Et puis, il y aura de la tapenade en amuse-bouche. Un vin de la moitié nord de la France ne (me) conviendra pas. Je lorgne sur un Vacqueyras. Ramené de Gigondas cet été, ce dernier est jeune (2005) : il offrira donc plus de vivacité aujourd'hui que de puissance, comme ce sera le cas avec l'âge. Sur le clafoutis, il sera bien présent mais pas outrageusement dominant. Il me permettra également de mieux le juger (personnalité, potentiel...) que je ne l'ai fait cet été chez son vigneron (Boutière, du domaine du Pesquier, Gigondas). Mon choix est fait. Le vin s'avérera un peu dur à l'ouverture (jeunesse oblige, des tanins un peu agressifs)  pour céder à la souplesse et l'onctuosité. Une superbe palette arômatique de fruits confiturés, du gras en bouche, de la longueur épicée...

Septembre est une sorte de période transition dans la dégustation et le choix du vin. Nous quittons l'été, délaissons les rosés tout en ayant encore besoin de fraîcheur eu égard aux températures fort clémentes, et à notre esprit encore bercé par les paysages et les ambiances qui agrémentaient notre quotidien il y a de cela quelques semaines, un périple dans les paysages arides du sud-est de la France ne prenant jamais fin quand notre village de villégiature apparaît dans le rétroviseur. Et encore moins à la vue du panneau "maison". Nous entrons, petit à petit, dans l'automne et déjà les champignons et autres odeurs de sous-bois font leur apparition. Il sera l'heure de nous tourner vers de charnus vins de Loire, vers le sud-ouest (Cahors, Bergerac...), le minervois et même les bordeaux! Et vous, vous ouvrez quoi?

mercredi, 19 septembre 2007

Messieurs (dame), merci.

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Jeudi 13 septembre : 8hOO du matin. On sonne. "Livraison pour VINSURVIN!" Il s'agit d'un colissimo provenant demedium_amadieurgigondasetiquette.jpg Gigondas. Monsieur Amadieu (un des producteurs les plus réputés de Gigondas, si ce n'est le plus..., rien que ça) a été le plus prompt suite à la "Lettre aux Vigneron(ne)s de France et de Navarre" que j'aurais dû appeler Lettre de Guy Môquet*. Pierre Amadieu Jr m'a glissé trois flacons : un côtes du rhône Grande Réserve 2005, Gigondas Grande Réserve 2004, Gigondas Grand Romane 2003. Encore merci, Monsieur Amadieu.

medium_tshirt-chateau-oenoline-01.jpgVendredi 14 septembre : 8hOO du matin. Rebelotte. C'est Wilfried, d'Oenoline.com à Antibes, qui me fait livrer un joli t-shirt (voir photo). Le business de Wilfried : vendre des vêtements (t-shirts, casquettes, tabliers, etc...) sur le thème du vin. Inutile d'essorer le t-shirt dans un verre, rien n'en ressort. Merci Wilfried, et bon vent à ta boîte!

Lundi 17 septembre : Mail de Laurent Baraou (caviste indépendant qui parcourt le vignoble français, et auteur du blog Parlons bien, Parlons vin). Il passe le jeudi 20 septembre sur France Inter, à 11h00, à l'émission d'Isabelle Giordano, Service Public. Sujet de l'émission: les foires aux vins. Je m'empresse de féliciter Laurent pour son passage sur ce qu'on peut considérer, de loin, comme la meilleure radio de France (avec ses satellites), de l'encourager à regretter l'hégémonie bordelaise dans ces foires (et le dénigrement des autres régions - en dehors des grosses cylindrées habituelles), de le prier de rappeler combien foisonnent en France des joyaux inconnus et de vanter le travail des vignerons de l'ombre. Réponse du berger à la bergère : les commentaires de Laurent sont pléthores sur VINSURVIN. Merci Laurent. 

Mardi 18 septembre : medium_Corse.jpg un écrivain m'écrit un mail pour me dire des gentillesses sur VINSURVIN. Ce qui fait toujours plaisir. Mais ce n'est pas de moi (personnellement, je) dont il s'agit. Mais de Fabrice Bonardi, auteur de L'Ombre au Tableau et de Corse, la Croisée des Chemins. Il ne reste plus qu'à Fabrice de me faire parvenir un exemplaire de ces romans. Merci Fabrice! (Entre nous, et c'est pas de la drague, sympa le prénom...).  

medium_alsace2.2.jpgMercredi 19 septembre : Je découvre Oenophil, un très joli blog (précis et technique) sur les vins d'Alsace. tout ce qu'il me fallait, moi qui, en dehors du vin de glace, du Gewürtz et du Riesling, suis MAIS complètement inculte en la matière. (Inculte, c'est un bien grand mot, je parle quand même couramment l'allemand, grâce à feu Papi Alphonse...). Ni une, ni deux, un mail  à Phillipe, son auteur, pour le féliciter. Ce dernier me répond dare-dare et me propose, rien que ça (expression de la semaine), de "m'apporter [son] aide  pour découvrir le vignoble alsacien". Merci Phillipe! 

Mercredi 19 septembre (bis) : Ingrid Seyman (enfin une femme), une fan splendide et inconditionnelle de VINSURVIN,  qui me harcèle depuis un an, m'invite à un tête à tête à la Tour d'Argent  une dégustation du cépage carménère, chez Mundovinos, Cave du Nouveau Monde, rue de Turenne dans le IIIème. Cap sur le Chili. Enfin les parisien(ne)s commencent à s'intéresser à VINSURVIN. Il était temps. Merci Ingrid. Je passerai. Désolé chérie, je ne pourrai pas rester longtemps, je suis extrêment pris en ce moment, tu sais ce que c'est les dégustations, les réceptions, les cocktails, les p... Merci Ingrid.

A noter également la sortie imminente de Hors Jeu, de Phillipe Toinard, journaliste culinaire (A Nous Paris).

- 45 duos de chefs de cuisine et d'internationaux de rugby pris en photo de façon décalée par Denis Rouvre, - 90 portraits intimistes signés par votre serviteur, - 60 recettes imaginées par les chefs et mis en scène sur le corps de rugbymen par Patrick Aufauvre

- 60 textes de produits du terroir utilisés dans les dites recettes

- et un carnet d'adresses des meilleurs restaurants estampillés rugby à travers l'hexagone.

* Guy Môquet correspondant au quartier dans lequel je vis, à Paris.

 

lundi, 17 septembre 2007

Le paletoquet de bistrotier.

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- Alors mes bons princes! Je vous trouve bien dubitatifs devant ma carte des vins! Attendez, je vous explique, vous m'avez l'air un peu perdus, là. C'est peut-être parce qu'il n'y a que du bon vin! Faut le savoir! Non, mais, c'est vrai que parfois les gens connaissent pas trop les noms des vins, alors il savent par trop... Alors? Qu'est-ce que je vous sers?

Après le vernissage de l'exposition photo sur Joy Division chez Agnès b. et avant de nous rendre au Gibus pour un hommage au groupe du même nom, un petit blanc s'imposait. Pas que le gamay en bag in box proposé chez la styliste nous rebutait... Juste une envie d'"un peu mieux que ça quand même". Les bons bars à vin sont légion dans le quartier Montorgueil et il ne serait pas difficle de trouver une bonne carte où les blancs rivaliseraient de noms aussi prestigieux que Pouilly Fuissé, Sancerres, Ménetou Salon, Chablis ou Montrachet. C'est alors que nous fîmes la découverte de ce bistrot à vin. La somptueuse décoration fin 19ème ne pouvait guère laisser insensible.

- Heu, m'aventurai-je, le Château de l'Hoste, c'est un blanc?

- Ah, bah, non, c'est un rosé! Y connaît rien en vin, c'est pas possible?! Ha!

Ca devait être ça.

Une dizaine de vins apparaissaient sur l'ardoise. Leur couleur n'était pas indiquée, région d'origine et millésime non plus. On reconnaissait çà et là quelques vins "connus", dont les noms m'ont déjà échappé. Je ne me souviens guère aujourd'hui que de celui que nous fûmes contraints de choisir, puisqu'aucune autre solution ne s'offrait à nous. Il s'agit d'un bourgogne aligoté. Un bourgogne aligoté. Dans un bar à vin. Quartier de Montorgueil. J'ai honte. Je sais je dois en décevoir plus d'un. 

- Un alogoté? Très bien, s'enflamma le patron.

Quelques minutes plus tard, il revint avec une demie bouteille d'aligoté, propriété d'un des ces négociants verreux.

- Goûtez-moi ça. Ah, non, c'est du bon ça, s'empresssa-t-il de nous mentir, le marchand de tapis.

Le vin, servi dans des verres laids n'avait aucun nez. En bouche : rien. Le vide intersidéral. Je n'ai pas les mots. L'impression qui dominait : une vulgaire acidité aux allures d'aigreur de lendemain de fête tentant péniblement de se hisser le long de la gorge trois minutes après chaque gorgée. La rondeur excessive s'approchait sensiblement de l'eau de bain que mon psychopathe de cousin Christophe me faisait boire sous la torture quand il venait en vacances depuis son 9-3 natal. "Tu dis à ma mère, je t'explose." 

- Alors mes bons princes? C'est pas bon ça? nous demanda l'inculte de service.

- Combien ça fait? lui répondit-on.

- 10€ seulement mes seigneurs. Déjà sur le départ? s'inquiéta l'espèce de vieux fût ferrugineux.

- 10€? Sur le départ? Oui, conclua-t-on, incapables (chose étonnante) d'émettre le moindre signe d'antipathie ou la moindre critique pour cet espèce de sinoque : la couche étant trop épaisse, vraisemblablement. Trop de boulot en somme. Une chose était acquise : il menait sa boutique, acquise depuis un mois et demi, droit au (kir) mur.

Je critique souvent les bistrotiers français pour la médiocrité des vins servis dans leurs cafés, brasseries, pubs et autres restaurants ; pour le plaisir qu'ils semblent prendre à servir des vins absolument infâmes à leur clientèle, ou pour leur méconnaissance totale du vin français : ces muscadets indigestes, ces rosés aigres et roses bonbon, ces rouges de fonds de cuves... C'est un fait, une très grande majorité de tenanciers de base français nous servent de la merde. C'est pourquoi, je suggère que, de même qu'un médecin ne peut exercer qu'avec des diplômes, l'on instaure un diplôme de connaissance des vins français à tous les paletoquets, qui, pignon sur rue, font l'apologie du mauvais goût dans notre pays.  

dimanche, 16 septembre 2007

Ze bottle of ze wik.

medium_DSCF0101.4.JPGEt bien, elles sont deux bouteilles de la semaine, cette semaine, une bonne nouvelle n'arrivant jamais seule. Il s'avère que j'ai été confronté à un accident cette semaine. Rien de grave, je vous rassure. Un ami breton, fraîchement rentré de Berlin, a débarqué mercredi midi à la maison. Je n'allais pas lui faire boire l'Evian d'Hortense, ma fille (également fraîchement arrivée) de trois mois. Elle se porte bien, la maman aussi, merci beaucoup. A ce sujet, l'idée selon laquelle le vin est mauvais pour les femmes enceinte est vraiment reçue : malgré ma consommation hebdomadaire de vin (le dimanche devant le Jour du Seigneur) et quasi nulle de ma femme (et là, je suis sérieux), mes enfants sont en excellente santé, beaux et particulièrement bien éveillés! Pour preuve, Hippolyte a trois ans et sait compter (déjà) jusque deux. En même temps, leur père, enfin, je veux dire, bon, les chats ne font pas des chiens. 

Don't worry, Fleg. Une descente (en rappel) à la cave et le choix fut... relativement simple. Il faut dire que six étages en ascenseur, et quelques marches dans la fraîcheur de la cave, permettent une réflexion efficace. Je me suis vu, un jour, arriver en sueur au deuxième n'ayant pas encore trouvé ce que j'allais remonter de ma grotte d'Ali Baba. "Fuck, Georges, we are at ze second floor and we still haven't found the bottle of ze wik, come on, please, do something about it!" " Don't worry, Fleg. I guess I got it." "Oh, Georges, you're wonderful! What is it?" "It's a bottle of wine." "...".

Jennifer confond "beach" et "bitch". La première bouteille de la semaine nous vient d'Ardèche. Conseillée par l'ami Jean-medium_domaine_Forey.2.jpgDuc de Casteljau, elle fut découverte un jour de grand soleil alors que le nord expérimentait l'automne en plein mois d'août. Ouverte sur un steak de cheval (+ haricots verts au sel de guérande et pommes dauphines), elle s'est avérée bien plus que la bouteille de la semaine : c'est la surprise du mois (ou du chef). Quelle est-elle cette bouteille? Et bien, il s'agit d'une bouteille de vin. Pour ceux qui n'auraient pas suivi. Ceux qui sont assis au fond, auprès du radiateur. Ce vieux chauffage à bain d'huile âgé de quatre-vingts ans et tout pourri. Chaque hiver, lorsque l'administration le remet en route, on l'entend glousser, tousser, puis flancher dans une douleur noble mais touchante. C'est Moustapha qui s'est assis près de Arlette cette année (j'ai fini par lui donner un nom, celui de l'ancienne proviseure, on se connaît depuis tellement longtemps lui et moi). Problème, il ne permet pas une approche sereine de la langue anglaise. Voyez le pauvre Kevin l'année dernière qui ne savait toujours pas compter jusque deux en fin de terminale. Jennifer, une blonde souffrant d'un léger strabisme, qui confondait "beach" et "bitch". Basile, qui à "what's your name?" répondait "I live in Nanterre." 

Chaque gorgée est un délice. Une bouteille de vin, disions-nous. De vin rouge. Enfin, "rouge". Rubis foncé, soutenu, profond. Il s'agit en fait d'un vin de pays, 100% merlot, issu du village de Beaulieu, dans l'Ardèche-Sud, à deux pas du Gard, et élaboré au Domaine de Peyre Brune, par Marina et Régis Quentin (photo, ci-dessus). Le nez est gourmand. La palette olfactive (je viens de lire ça sur un blog, pompeux mais précis, non?) est généreuse : la cerise et les fruits rouges priment. C'est une délice. Nous sommes tous les trois le nez dans le verre, nous régalant de ces arômes. La bouche est vive, grasse et ample. Je la trouve même opulente. Le vin est puissant, charnu et bien équilibré. Chaque gorgée est un délice. Fredo me dit que j'aurais dû en ramener plus (que trois). Sauf que sur le coup, je lui trouvai un beau potentiel mais ne m'attendais pas à ça. Tout le contraire du Château de la Selve (Grospierre, 06, cuvée Beaulieu), qui me séduisit lors de la dégustation mais que j'ai trouvé décevant et surfait par la suite... 

La deuxième bottle of ze wik est également une belle surprise. Un pinot noir (Apellation Bourgogne Contrôlée, 2004, Domaine Forey, propriétaire à Vosne-Romanée), acheté cave Pouchet à deux pas de chez moi, que j'avais un peu délaissé (si ce n'est snobé) à la faveur de mes gevrey-chambertins et autres aloxe-cortons... que je regarde vieillir bien sagement. Ce midi, certains incultes auraient sorti la cavalerie bordelaise avec le boeuf-carottes de ma dame. Mais comment ne pas faire prôner un bourgogne sur la table? Comment donc? La surprise ne tient pas seulement dans ce nez discret, minéral et de petit fruit rouge. Rien de charpenté, d'ample et de gargantuesque : je suis interloqué par l'équilibre entre l'humilité, la finesse, la légèreté du vin et la richesse aromatique qu'il développe en bouche (fraise notamment). Gourmande et effilée, cette dernière est posée et insistante. Après renseignement, je lis que Régis Forey est un magicien dans le monde très fermé de la Vosne-Romanée. Tenant des méthodes traditionnelles d'élevage de la vigne et vinificateur talentueux, ses vins font partie des meilleurs du monde. Rien que ça.

La bouteille de la semaine vous intéresse? Le vin abordé sur ce blog vous met à l'eau à la bouche? Malheureusement, ce n'est pas toujours chose facile de se le procurer dans votre ville ou votre région. Entrer en contact avec VINSURVIN via vinsurvin2006@yahoo.fr, et qui sait, il pourrait se retrouver sur votre table incessemment sous peu.

samedi, 15 septembre 2007

"C'est la Lutt'... viticole."

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S'il semble que ce blog soit parfois visité par quelques spécialistes en la matière, ce qui m'honore, il n'en demeure pas moins conçu par un amateur et pour les amateurs. Sa vocation est de faire découvrir les vins de France, de Navarre, mais aussi de l'étranger, à quiconque éprouverait un intérêt, fut-il minime, pour ces joyaux que sont les vins français. Par ailleurs, sans inimitié ni antipathie aucune pour les vins du bordelais, mais sans complaisance non plus, son ambition serait que sorte de la tête des gens l'idée selon laquelle le bordeaux est ce qui se fait de mieux en France. Car c'est un leurre. Si le bordeaux jouit d'une notoriété incontestable, elle n'est pas inébranlable. Si le bordelais produit des vins d'une qualité exceptionnelle, elle n'est pas inégalable. Encore moins inégalée! Si le roi des vins de France et consorts nous gratifient de nectars sensationnels, réservés bien souvent à l'export et à une poignée d'happy few, le bordeaux de base (appelé "supérieur" ou "Cru Bourgeois") n'est qu'une bien pâle copie de ses maîtres, sorte de valet ou de bouffon de la Cour médocienne. Avatars et ersatz nourissent donc les caddies de ceux pour qui l'achat d'un Bourgeuil, d'un Rasteau ou d'un Pécharmant s'apparente à une aventure, un risque, une erreur. L'hégémonie bordelaise est imprégnée à ce point dans l'esprit des français, chose préjudiciable pour le vignoble français.

Le vin : un simple produit de consommation. Pour un rééquilibre de la réalité, il faut que, chez le consommateur lambda, cesse l'achat compulsif et aveugle de bordeaux (souvent peu cher et médiocre, lire ici par ailleurs) à la faveur de vins issus de nos régions, du même prix, et meilleurs. Les foires aux vins qui s'abattent dans nos grandes surfaces sont de véritables foires du trône bordelais. La dictature du bordeaux a encore de beaux jours. Pas que les responsables achats n'y connaissent rien en vin ; à la recherche de l'enrichisement maximal, ils savent pertinemment que ce dernier sera atteint par la vente de bordeaux. Pas de Ladoix. Ces marchés aux bestiaux ne sont pas là pour célébrer le vignoble français mais pour honorer ceux pour qui le vin n'est plus, depuis longtemps, un élément phare de la culture française, mais un simple produit de consommation, tel que la lessive ou la paté pour chien. Ils n'ont cure de la déliquescence du beaujolais et du languedoc. Au contraire, il s'en nourrissent. Prenez la Revue des Vins de France de ce mois-ci, section foires aux vins Ile-de-France : il n'y en a que pour Bordeaux! On lit même page 75 : des verticales de bordeaux jusqu'en 2005! Quelle horreur! L'horizon est bien terne.

Goûter et jouir du trésor. Bien que le thème soit largement abordé sur ce blog, à quand une étude sur le rapport qualité/prix entre un vin de bordeaux et celui d'une autre région? Je mets ma main à couper que, pour 5€, personne ne me fera boire un bordeaux aussi bon, voire meilleur, que les chinons dont je vante la qualité sur ce blog. Combien de bordeaux tiendraient la route en face de certains vin de pays (Languedoc, Ardèche notamment) qui parsèment ce blog? Par le biais d'une éducation et d'une communication intelligentes (émissions de radio, articles de presse, écoles, blogs, salons des vins...), il faut que l'éclectisme devienne la règle, et non plus l'exception. Il faut que l'expression franchouillarde la plus vraie mais la plus banale qui soit  "ah, on a du bon vin en France" soit ponctuée de citations et d'expériences concrètes par son énonciateur. Il est temps que les amateurs français prennent conscience du trésor qui est le leur, qu'ils y goûtent et qu'ils en jouissent. 

 

11:15 Publié dans VIN & ACTU | Lien permanent | Commentaires (5)

mardi, 11 septembre 2007

Un Cornin 1er Cru.

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Madame Mathias, du Domaine du même nom (et que je venais de quitter chargé comme une mule de Pouilly Vinzelles, de Pouilly Fuissé et de Crémant de Bourgogne), lui passa gentiment un coup de fil pour savoir où il se trouvait et lui annoncer ma visite. "Il est au caveau. Bougez pas, je vais vous faire un plan pour y aller." Cinq minutes plus tard, je me trouvais devant Dominique Cornin.

La dégustation commence par un Mâcon Chaintré (100% chardonnay, comme tous les autres vins à suivre). A l'image des vins de Dominique, ce premier vin présente un nez riche, puissant et complexe. D'une belle vivacité, la bouche est formidablement ample. Marquée par des arômes de fleurs blanches, elle est aussi minérale (pierre à fusil). La richesse et la structure du vin offrent également une généreuse longueur en bouche. Le vin est excellent.

Accompagné du beau-père de Dominique, la suite de la dégustation (que je ne pourrai entièrement dévoiler ici par pur secret oenophile) nous emmène vers de grands Pouilly Fuissé. Les Chevrières 2004 me fait de suite penser à des Chablis 1er Crus. La complexité aromatique, le gras, l'équlibre, la densité, la finesse, l'élégance, la longueur n'ont d'égal que la joie, si ce n'est l'honneur, de boire de telles choses. Les symptômes indiquant l'exceptionnelle qualité d'un vin sont connus de tous les amateurs de vin : palpitation du coeur, picottements cérébraux, affolement du cortex, vacillage de la rétine.

Après une heure de discussions dédiées à Dionysos et de dégustations désopilantes, il me faut quitter Dominique. Et charger la voiture de "quelques" flacons. L'impression d'avoir découvert et un vin hors du commun et un vigneron à part domine... Les vins de Dominique enchanteront vos amis à l'apéro, d'autant plus qu'on ne peut pas dire que ces derniers (en dehors du Pouilly Fuissé peut-être) soient très connus. Cela attisera donc la curiosité de vos convives et leur donnera l'impression d'être particulièrement bien chéris.

La France compte un choix de vins blancs absolument remarquables que je ne saurais que plus vous conseiller : le Mâconnais offre en outre d'excellents AOC Mâcon, Mâcon Supérieurs et Villages auxquels il, faut ajouter les Mâcons suivis de noms de communes (Solutré, Lugny...). Comparativement, et pour ne citer qu'elle, la Vallée de la Loire (et son cépage sauvignon) se fend de vins du même acabit, avec ses Pouilly-Fumé, Sancerres, Ménétou-Salon, Quincy, Reuilly, Touraine et Muscadet. A partir de 6€, chacun peut largement trouver son bonheur. Chablis en Bourgogne, quoique plus onéreux, est aussi dans la même veine. En attendant et comme le panneau l'indique, une autre "région" nous tend les bras. Le gamay y est roi. La fraîcheur y est reine. Bonjour Saint-Amour, Julienas, Moulin à Vent!   

Dominique Cornin, Domaine de Lalande, Chemin du Roy de Croix, 71570 Chaintré. Tel/fax: 03.85.37.43.58 ; dominique@cornin.net

dimanche, 09 septembre 2007

Festi Bacchus : à boire et à manger.

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Dans le 13ème arrondissement de Paris, sur la jolie place des vins de France, entourée de chapiteaux Bambou blancs, des jeunes gens sont installés à même la pelouse. Ils discutent autour d'une bouteille de vin. Des enfants chahutent non loin de là pendant que des notes de jazz bercent les visiteurs sous un joli soleil. Une bonne vingtaine d'appellations présentes, des conférences, des débats, des dégustations et du jazz, Festi Bacchus avait tout pour attirer l'oenophile.   

Après un petit tour du propriétaire pour repérer des appellations que je ne visiterai pas dans les mois à venir, je m'arrête au Chateau d'Agel de l'appellation Minervois. Dégustation expresse des Bonnes, un assemblage de Carignan, de syrah et de grenache, ouvert depuis plusieurs heures et à température plus qu'ambiante. Un rapide mot sur le domaine avec la propriétaire avant qu'une anglaise ne vienne nous interrompre à la recherche d'un vin blanc dont les caractéristiques lui échappent complètement : what do I wanna say? Je m'empare d'un fascicule et déguerpis. Direction Bruguairolles, dans l'Aude.

Première rencontre, avec Arnaud Vivancos qui vient de quitter Carcassonne pour s'installer à Paris et y vendre le vin du Domainemedium_gayda1.2.jpg Gayda. "Bonjour, je vous fais goûter notre blanc?" me demande Arnaud, un petit bonhomme aux allures de pillier de rugby à XIII. "Je viens de boire du rouge, lui réponds-je désolé,  je ne vais tout de même pas enchaîner sur un blanc! M'enfin, heu, qu'est-ce que c'est?" "L'Archet: un 100% maccabeo planté sur des sols schisteux..." "Dans ce cas!" Un joli nez minéral mais aussi de fleurs blanches qui ravirait plus d'un amateur. Je ne serais pas contre avoir cet Archet dans ma cave : pas inutile d'avoir plusieurs cordes à son arc. A suivre : la Cuvée Occitane, florilège des cépages de la région : 40% grenache, 30% syrah, 15% carignan, 10% mourvèdre, 5% cinsault. Elle est gouleyante et fruitée, et se boira autour d'un plat simple avec des amis. Enfin, nous finissons par le Chemin de Moscou, un Vin de Pays de grande qualité, qui mérite de meilleures conditions pour l'apprécier à sa juste valeur. Asssemblage de syrah (50%), de grenache (40%) et de cinsault (10%), cette cuveé d'un faible rendement, vendangée, triée à la main et élevée 22 mois en fût de chêne français, offre effectivement un très grand potentiel. Des notes de cerise et déjà de subtiles effluves de cacao, on est indéniablement sur un grand vin. Le terroir français offre décidément des choses imprévisibles. Du jamais bu, en quelques sorte. Oh, j'oubliais! Pour les gens de passage dans la région : vous rendre chez les parents d'Arnaud au Moulin de Trèbes. Il paraît qu'on y mange très bien, les pieds dans l'eau du Canal du Midi!

Quittons l'Oc pour le Sud-Ouest, le Gers. Dans la série j'en-n'ai-pas-dans-ma-cave (surtout parce que je n'ai pas encore trouvé celui qui me fera chavirer), j'ai nommé un bon Madiran. La Cuvée Charles de Batz 2004 du Domaine Berthoumieu est conforme à ce qu'offre le cépage tannat. La robe est intense, foncée, d'un rubis profond. Le nez est typé, puissant, aux arômes de fruits noirs (cassis, mûre) réhaussés par des notes animales (cuir) et épicées. Une étonnante complexité aromatique! Les tannins sont virils mais élégants en finale. Un vin qui s'assouplira avec le temps. Je repars également avec un Tanatis, un vin de liqueur du sud-ouest, dans la veine du Maury, qui sera parfait sur un dessert à base de chocolat. Un joli placement assurément, pour 25€.

Suite et fin de nos dégustations en plein air. Nous restons en Sud-Ouest mais remontons au nord, pour Cahors. Je repars avec trois flacons du Clos Troteligotte qui m'ont paru tout simplement très bons, et même excellents, dans des conditions qui restent celles des foires, et ce pour 8 (Tradition), 9 (K-or) et 20€ (CQFD). En effet.

Et enfin, je ne mentionnerai pas ce malotru de vigneron des Côteaux du Tricastin, un rustre sorti de ses montagnes dont le but était vraisemblablement d'aller cuver les litres de vin ingurgités pendant cette longue journée. Le Mas des Mûriers : des vins conviviaux. Pas comme leur propriétaire qui vous fait déguster des fonds de bouteilles de vin chaud.

Après cette soirée passée à Festi Bacchu, sorte de fête des vins dans lesquels les vignerons et leurs agents vous font goûter des ersatz de leurs production, à deux pas du Cours Saint-Emilion, il m'est apparu que si certains exposants parvenaient à délester les parisiens de quelques dizaines d'euros, cette foire avait avant tout pour but d'aller boire un coup et de faire quelques rencontres. Cependant, présenter cette manifestation comme un événement incontournable pour les amateurs de vin me paraît légèrement exagéré.

samedi, 08 septembre 2007

L'Amour du Risque.

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Vin en canette, épisode 2. Après la découverte purement esthétique, après l'expérience ergonomique et la phase économique d'un nouveau produit appelé "Wine in Pack", FLEG, le personnage principal de notre série qui n'avait pas peur de prendre des risques pour ces (sept) lecteurs, va découvrir la phase dégustation. 

FLEG a dégusté dans sa vie. Cependant, dans cet épisode, il sent qu'il met non seulement sa vie en danger mais aussi sa réputation de fin gourmet. Ménager la chèvre et le chou n'est pas toujours chose facile pour FLEG. Entre rester fidèle au terroir, aux valeurs, aux conservatisme franco-français (en somme, se faire passer pour un has been) et afficher une image moderne, progressiste et même avant-gardiste, FLEG est souvent le héros de ses propres péripéties. Une lapalissade de plus.

Fleg rentre chez lui après une journée harassante (deux heures de cours).

- Bonsoir, Monsieur. Monsieur a passé une bonne journée?

- Bonsoir Georges. Journée classique, Georges. Faire parler des français en anglais s'apparente de plus en plus à une forme de torture psychologique. Pour eux, et pour moi.

- Je compatis, Monsieur, je compatis. J'ai dû, moi-même, faire parler des soldats bretons qui ne parlaient pas un mot de français pendant la première guerre, je sais ce que c'est. Désirez-vous que je vous apporte quelque chose à boire, Monsieur? 

- Volontiers Georges. Apportez-moi une de ces canettes de wine in can, vous serez gentil.

- Tout de suite, Monsieur.

FLEG se rendit dans le salon ocre, ôta ses chaussures, s'installa confortablement dans son bergère Louis XVI et ouvrit le premier journal qui lui vint sous la main, le Washington Post de la veille. Non loin de lui, dans une pièce appelée la Salle aux mille et un Vins, FLEG entendit le bruit métallique de la capsule que Georges déchirait de sa canette. Cela ne vaut pas un bon bruit de bouchon, se dit-il, mais quand-même, ce son n'est pas désagréable. Je le trouve même... contemporain. Puis Georges pénétra dans la pièce.

- Votre vin, Monsieur. Un chardonnay semillon australien. Une robe relativement pâle, si vous me le permettez.

- Georges, vous avez fait partie des sommeliers les plus réputés de Paris, je ne vous ai pas embauché pour que vous vous reteniez! Prenez un verre dans la Christal Room et venez vous joindre à moi.

- Monsieur...

- Pas de ça avec moi Georges. Faites ce que je vous dis.

- Bien Monsieur.

Deux minutes plus tard, FLEG et Georges passaient la robe et le disque du vin en revue.

- Cela ressemble davantage à un "test", un "essayage", une "scéance d'essai" plus qu'à une dégustation, mon bon Georges, ne croyez-vous pas? Je classerai mon rapport dans la catégorie "Pot-de-Vin" bien que l'idée de créer la rubrique "Nouvelles Technologies" fasse de plus en plus son chemin. Cependant, "Accords Packaging et Vin" ou "J'ai Testé Pour Vous" me semblent également très adéquates! Une couleur un peu ambrée et manquant d'éclat. Un vin passé plusieurs mois en fûts de chêne, manifestement. Un nez fortement boisé. Aucune note de fruit. Pas de trace de fleur ou de minéralité... Serait-ce un vin de synthèse? De laboratoire? Georges, il va falloir que nous enquêtions!

- Entièrement d'accord avec vous Monsieur. Un nez mielleux, édulcoré, de caramel rond.

- Le butterscotch? Complètement. Cela plairait à des novices mais c'est franchement formaté. Aucune acidité, pas de longueur, une rondeur excessive, un boisé prononcé comme un placage de pilier Wallaby.

- Par contre, il n'a pas de goût de bouchon!

- Vous voulez dire de métal ou d'alluminium, Georges. En effet. Aucun arrière-goût.

- Bilan?

- Bilan : les australiens savent faire des choses bien meilleures, comme du rugby ou du surf! Maintenant, si le vin proposé dans ces canettes n'est pas mauvais, il ne ravira pas les amateurs de bon vin, c'est certain. Rappelez-vous le cabernet shiraz merlot : ces notes de barbe-à-papa, ces arômes de mashmallows. Le Bubbly Wine qui s'est révélé écoeurant... Mais je pense que ce type de contenant n'altérera pas le goût du vin. Et d'un bon à plus forte raison. La canette en elle-même ne me répulse pas. D'ailleurs, je n'aime pas les petites bouteilles de vin. Je ne m'y fais pas. Une contenance de 25cl est parfaite pour un repas et les couleurs sont vives et jolies. C'est pourquoi, à condition d'y mettre du vin de meilleure qualité, je ne suis pas contre.

- Monsieur, vous allez vous mettre les puristes à dos!

- Et bien soit, Georges! L'Amour du Risque, Georges, c'est ça qui me fait avancer! A ce sujet, allez me chercher l'Armagnac en poudre, on va voir ce qu'il vaut.  

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mercredi, 05 septembre 2007

Lettre aux vigneron(ne)s de France et de Navarre.

                                                                                                                   
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                                                                                                                                                                    Paris, le mercredi 5 septembre 2007

     Chères vigneronnes, chers vignerons, 

     Voilà près de deux années que je suis l’auteur et  le rédacteur de VINSURVIN, Producteur de Chroniques Oenophiles, un blog dédié au vin en général et à ceux qui le font en particulier. Il est visité par 15000 personnes par mois en moyenne, un chiffre qui n’a cessé et ne cesse d’augmenter, prouvant que VINSURVIN a de plus en plus de succès.

     Vous le constaterez par vous-même, ce blog est élaboré par un simple amateur de vin (je suis professeur d’anglais à Paris). Amateur certes, mais véritable amoureux de ce noble breuvage, ce qui me permet aujourd’hui d’avoir la porte ouverte à de nombreux salons, dégustations privées, conférences et réceptions de toute sorte de produits relatifs au vin, à commencer par des bouteilles ! Je reçois même des offres d’emploi !

     L’on trouve sur VINSURVIN un grand nombre de rubriques (appelées « catégories »), « pots de vin » étant la rubrique phare : 

-  critiques de vins français (toute le France sans exception) et étrangers dégustés,

-  chroniques sur les nombreuses rencontres faites avec les vignerons lors de mes déplacements chez eux,

-  itinéraires oeno-touristiques élaborés et testés par mes soins,

-  l’actualité sur le vin,

- des accords mets et vin,

-  des nouvelles littéraires sur le monde du vin de ma propre création,

-  des bons plans restaurants et bars à vin parisiens, j’en passe et des meilleures…

     Je vous écris aujourd’hui parce que votre vin me semble digne d’intérêt pour mes lecteurs et pour moi. Ayant une activité professionnelle, je ne me rends chez les producteurs que lors de mes vacances, ce qui limite mes rencontres, bien que déjà très nombreuses. De fait, j’aimerais parler de vous et de votre vin sur VINSURVIN. Pour ce faire, et pour être franc avec vous l’idée vient de me germer, je vous propose de me faire parvenir quelques échantillons de votre production accompagnés de toutes informations utiles sur vos produits et votre travail (type de terroir, cépages, âge des vignes, biodynamie, agriculture raisonnée, récompenses, etc…). Le fascicule maison sera parfait et me sera très utile pour mieux parler de vous. Après dégustation et lecture de vos fiches, je me ferai un régal de disserter sur votre travail. Mon matériau est le vin : si je n’en ai pas à goûter, mon blog n’a plus lieu d’être. Je ne vous cache pas qu’à l’occasion, je me ferai un plaisir de vous rendre visite, chez vous, afin de faire plus ample connaissance et de compléter la ou les chronique(s) qui vous auront été réservées.

     Enfin, permettez-moi d’insister sur le fait qu’il ne s’agit pas pour moi de me régaler gratuitement sur le dos des producteurs. D’ailleurs, vous comprendrez encore mieux mon discours et ma philosophie lorsque vous aurez parcouru VINSURVIN. Je mettrai un point d’honneur, dans l’année, à parler des vins des propriétaires-récoltants qui auront eu la gentillesse de me faire parvenir des échantillons. Par ailleurs, dès que ce sera chose faite, je vous contacterai pour vous prévenir. Le vin est une véritable passion, et mon but est de faire découvrir aux gens la richesse du terroir français.

     Dans l’attente, je vous prie de croire, chers vigneronnes, cher vignerons, en l’expression de mes salutations oenophiles les plus chaleureuses.

Fabrice Le Glatin, rédacteur de VINSURVIN, Producteur de Chroniques Oenophiles.

vinsurvin2006@yahoo.fr

mardi, 04 septembre 2007

Pour vous, boire du vin, c'est...

 

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Auguste Renoir, Le Déjeuner des Canotiers, 1881.

Ouvrir un bonne bouteille. Voilà qui a de quoi réjouir nombre d'entre nous. Cependant, la réprésentation que chacun se fait du vin diffère grandement comme en atteste la lecture du petit sondage auquel vous avez bien voulu répondre ces dernières semaines. Boire du vin serait-il devenu un acte politique? En tous cas, il est loin d'exprimer la même chose selon, et je ne fais que suputer, son origine, sa religion et ses origines sociales.  

Beaucoup de choses autour d'une bonne bouteille. Dans un premier temps, ce sondage révèle que le fait de boire du vin est avant tout convivial pour 72,5% des votant(e)s, soit près de 3 sur 4! C'est énorme. Mais cela ne me surprend pas. La convivialité serait-elle donc le moteur de nos soirées? Indéniablement. De notre vie? Invariablement. La convivialité, ou l'art de vivre en groupe, c’est aussi partager un moment avec les autres : famille, amis, amoureux(se), collègues, copains, clients, etc. A l'image du repas (du dimanche, d’affaires ou dîner aux chandelles), le vin est l’occasion d’échanger, de faire connaissance, de se confier, de s’amuser, de travailler, de négocier, de vendre, de réfléchir, de séduire, etc. Il peut se passer beaucoup de choses autour d’une table, et a fortiori, autour d'une "bonne bouteille". Par ailleurs, si le plaisir d'être bien entouré est intense autour d'apéritifs les plus classiques (pastis, whisky, martini, etc...), ces derniers ne possèdent pas la force que véhicule le partage d'un seul et même flacon de vin. Au contraire, ils individualisent. Difficile donc de ne pas voir, même pour les plus athées comme moi, la connotation religieuse dans le partage du vin, qui, s'il ne nous rapproche du Bon Dieu, ne nous éloigne pas de nos amis en tous cas!

Le vin, affaire de rang social. Boire du vin est aussi une affaire culturelle pour 9,6% d'entre vous. Cela signifie-t-il qu'il nécessite un certain bagage culturel et qu'il serait pourvu d'une certaine forme d'élitisme, excluant de fait une partie de la population, inapte à ce genre de pratique? Cela sous-entend-il alors que sa consommation et sa connaissance relèvent de l'appartenance à une certaine classe sociale? Il serait donc "chic" comme le pensent 1,3% des votants. Pire, certains trouvent que boire du vin est un acte snobe! Au contraire, des gens se "privent" de développer leurs connaissances en vin, pour des raisons pécuniaires, certes, mais estimant également que la culture en général, et le vin en particulier n'appartiennent pas à leurs domaines de compétences. En somme, ils se sous-estiment. D'autres croient, à l'inverse, que le vin (mais aussi la gastronomie) est affaire de rang social, et qu'en effet, seuls les plus nantis peuvent accéder aux choses les meilleures. Stéréotypes et discriminations ont donc encore de beaux jours devant eux.       

Sentiment de détente. Un verre de vin, le soir, vers 19h, en fin de semaine, après des journées exaspérantes. Un verre de rouge. Un verre de blanc. Que l'on partagera avec sa moitié. Ou avec soi-même! N'est-ce pas relaxant en effet? En tous cas, ça l'est pour près de 9% des lecteurs et lectrices de VINSURVIN. Le sentiment de détente ne vient pas bien sûr (enfin, pas tout de suite!) de l'alcool. Et ne le doit pas! Dans ce cas, il est euphorisant (comme le suggèrent 5% d'entre vous). Non, la plénitude créée par un verre de vin provient certainement de l'acte lui-même, accompagné par un grand soupir et une confortable position dans le canapé, les arômes, les notes et la qualité du vin faisant le reste.  

La convivialité est certainement le terme que j'associerais le plus au vin. Celle que l'on retrouve autour de la table, en famille, entre amis. Mais aussi sur la route, dans les villages et chez les vignerons. Car elle s'invite si rapidement, si facilement, si simplement après quelques échanges avec un producteur que l'on aurait tord de croire que le vin n'est pas le responsable de ces soudaines symbioses, de ces alchimies d'une heure, qui font que la rencontre avec l'autre, l'inconnu, l'étranger, n'est rien d'autre que source de richesse et de plaisir.

 
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