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dimanche, 30 septembre 2007

La Sorbonne, le Vin et les Jeunes.

 

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Le lieu à lui tout seul en valait la chandelle. La Sorbonne, antre du savoir et de l’éducation, accueillait jeudi soir dernier la conférence au titre aussi ambitieux que les têtes pensantes y ayant usé leurs fonds de culotte : « l’éducation au vin chez les jeunes : clé d’une consommation responsable et modérée? ». Sous l’égide de Denis Saverot (rédacteur en chef de la Revue du Vin de France) et de Bernard Farges (président du syndicat des vins des Bordeaux Bordeaux Supérieur), la soirée voyait défiler des intervenants dissertant sur les moyens mis et à mettre en œuvre pour mener les jeunes à une consommation du vin responsable et modérée. A l’heure où le vin se voit diabolisé (voir le verre de rosé en couverture du magazine Valeurs Mutualistes de sept-oct 2007 pour illustrer le sujet principal : Alcool, halte aux dégâts), dans une époque où le vin est désormais un délit, dans une France enclin à dilapider son propre patrimoine, il semble que promouvoir le boire moins mais mieux soit un impératif.  Surtout auprès des jeunes.   

Dans une salle prodigieusement ornée de peintures, de lustres, de vitraux ou encore de boiseries dorées, et devant un par-terre de gens du monde du vin et de journalistes, Jean-Robert Pitte, président de l’Université Paris-Sorbonne (Paris IV), passionné de vin et auteur d’ouvrages sur la question, lance le débat de façon convaincante et pédagogique. Notant que la consommation de vin en France a chuté de 51% depuis 1961 et de 13% pour l’alcool, il insiste que «le but n’est pas de pousser à la consommation mais de créer un désir.» Partisan de l’éducation et de la responsabilisation, il s’oppose au tout-interdit. Le vin et l’olivier sont les racines de notre civilisation. Les diaboliser reviendrait à rejeter les fondements de notre propre culture. « Dans le Coran, le prophète, ayant constaté les dégâts du vin sur son peuple, décide de leur interdire et qu’ils pourront en jouir au paradis. » Jean-Pierre Pitte respecte ce choix mais ne considère pas l’interdit comme la meilleure des méthodes pour responsabiliser les gens. L’auteur de « Bordeaux, Bourgogne, des passions rivales » est convaincu qu’il faut parler du vin au lycée. « Le vin comme un reflet du terroir » serait un parfait sujet d’étude en histoire et géographie. La séance s’achèverait par une dégustation. Elle serait suivie d’ « une visite sur le terrain afin que les élèves puissent découvrir le milieu, le savoir-faire, le talent, l’art du vigneron. » Car pour Jean-Pierre Pitte, faire du vin est un art. Le doux rêveur serait curieux de suivre le parcours d’un vigneron sur une année afin de relever toutes les décisions, fussent-elles infimes, qui font le vin. Les métiers de la vigne pour enseigner la gestion de l’entreprise seraient également au programme de l’école selon J.P. Pitte. Par ailleurs, le vin pourrait également s’avérer excellente initiation à la complexité : « le vin, métaphore de la société, de la complexité humaine. » L’ambition, (le rêve ?), du géographe : « faire entrer le vin dans l’Education Nationale et faire comprendre aux jeunes que la qualité est accessible à tous. »

Le Docteur Louis Pizzaro, médecin, également engagé dans des activités humanitaires et amateur de vin à qui il arrive de signer des chroniques dans la RVVF, s’interroge sur ce qu’il faut enseigner en matière de vin. Prenant les grandes écoles de Cambridge et d’Oxford en exemple, il évoque les compétitions entre les deux fameuses villes anglaises (Master of Wine) et le partage du vin entre professeurs et étudiants comme étant une vieille coutume britannique. Parmi les initiatives, il évoque le Bacchus de l’université de Montpellier et les différents clubs de dégustation et d’œnologie dans les grandes écoles françaises. Il finit son intervention en regrettant la dichotomie entre la rentabilité économique et la nécessité de responsabiliser.

Vient ensuite le quart d’heure humoristique avec le député de la Gironde (UMP) et Vice Président du groupe viticole à l’Assemblée Nationale, Jean-Paul Garraud. Manifestement arrivé les mains dans les poches sans avoir préparé quoi que ce soit, monsieur Garraud va multiplier les inepties (« on voit de plus en plus d’acteurs boire du vin dans les films américains et on n’en voit plus dans le cinéma français », normal quand on ne va jamais au cinéma monsieur le député, démonstration au passage de votre américanisation), les clichés politiciens (« le vin, un sujet qui transcende les clivages politiques », effectivement, depuis la loi Evin, tous les gouvernements sont d’accord pour laminer le vin français) et le blabla de circonstance (« Il faut arriver à faire comprendre la dimension de ce produit par des mesures non discriminantes »), circonstanciel quand on envisage de faire passer les limites de consommation au volant de 0,5 à 0,2g (voire 0), quand on réprime à tour de bras et qu’on n’a pas été fichu d’empêcher la création (par ses paires UMPistes !!) du logo signifiant la dangerosité du vin sur le fœtus des femmes enceintes, un signe excluant la responsabilisation et  confirmant l’infantilisation ambiante. Garraud le regrette, prouvant son impuissance au passage. Si ce n’est son incompétence. Il s’est tourné vers une commissaire européenne pour régler le problème mais cette dernière lui a répondu, à juste titre, que c’était un problème franco-français. En somme, voyez ça avec votre oenophobe de président.

Le manque de clarté et la complaisance dans le flou auront également symbolisé ce discours (le speech, devrais-je écrire) dont l’hémorragie d'errements aurait nécessité un garrot. « Le conseil de modération » : de quoi s’agit-il monsieur Garraud ? « La mission d’information a rendu son rapport » : mais encore ? Que dit ce rapport ? Quelle est le dessein de cette mission ?

« Il faut modifier la loi Evin » : comment ? Quelles sont vos méthodes et vos moyens ? S’inscrivant dans le conceptuel plus que dans l’action, dans le verbiage plus que dans l’agissement, n’abordant pas une seule fois le sujet de la conférence (éducation, responsabilisation, jeunes… ne font pas partis du lexique de M. Garraud), le politique, hors sujet sur cet oral, aura néanmoins réussi une chose : nous confirmer qu’il ne faudra pas compter sur le gouvernement de François Fillon pour redorer le blason du vin français et pour éduquer les jeunes à une consommation raisonnable et réfléchie de vin. Normal, ça coûte de l’argent et ça n’en rapporte pas.

Le Docteur Lanzman vient ensuite nous parler du French Paradox : les français connaissent la mortalité cardio-vasculaire la plus basse du monde. Enfin, presque, le cas existe aussi au Japon – en dehors des Sumo (ndlr). La mortalité de toute cause est également inférieure de 20% chez les buveurs de vin. Des chiffres intéressants et qui confirment en effet les bénéfices thérapeutiques du vin. Mais il n’est pas arrivé le jour où l’on mettra un patient sous chinon pour faire baisser son taux de cholestérol. 

La thèse du French Paradox est d’ailleurs vite battue en brèche par Hubert Sacy, directeur général d’Educ’alcool au Québec. Educ’alcool est un organisme indépendant et sans but lucratif qui met en place depuis près de vingt ans des programmes de prévention et d’éducation, en particulier à destination des jeunes, visant à promouvoir la culture du goût, de la dégustation, au détriment de la culture de l’ivresse. Leur slogan : « la modération a bien meilleur goût. »

Le sentiment qui se dégage au final est mitigé. Cette conférence aura eu le mérite de soulever un thème majeur de notre société : éduquer les jeunes à la modération et à la responsabilisation. Cela ne se fera pas sans l’aide des gouvernements, des écoles, des acteurs du monde du vin et des parents. Le sujet est sensible, la tâche ardue, dans le sens où il s’agit de détourner les jeunes des alcools forts (entre les mains de lobbies puissants et insensibles à la santé des jeunes) pour les amener à une consommation de vin sans tomber dans l’excès. Point positif pour le vin, cette dernière condition semble s’imposer naturellement, le vin rimant avec "convivialité", "communion", "amitié", "famille", "culture" et non avec "beuverie", pour faire court. Cependant, le goût et l'argent guidant naturellement les choix des jeunes, on regrettera que si, en France, l’on peut se procurer du vin pour moins de 3€, le facteur chance quant à sa qualité et sa « buvabilité » joue une part prépondérante. 

 

Commentaires

Dommage que je ne connaisse pas le nom du brillant journaliste qui a écrit cet article. Je l'aurais invité à me retrouver dans ma circonscription ou, même mes adversaires, ne me considérent pas comme un incompétent, un baratineur, un politicard, un fénéant, etc...Manifestement, vous préférez vous payer la tête d'un UMP que vous exsécrez plutôt que d'agir en faveur du vin qui aurait bien besoin de vous. J'espére que vous aurez le courage de me répondre, ce dont je doute beaucoup. Je connais les individus de votre genre.
Jean-Paul GARRAUD

Écrit par : garraud | lundi, 01 octobre 2007

Bonjour,

Rien ne me prouve que vous êtes Monsieur Garraud. On trouve toute sorte de mythomanes sur Internet. Dommage que vous n'ayez pas laissé une adresse e-mail. Mais je vais quand même répondre. Après tout.

Avant tout, vous savez, du courage pour écrire des mots sur un blog, il n'en faut pas beaucoup. N'importe qui peut le faire.

Tout d'abord, je ne suis pas journaliste monsieur Garraud, vous me faites trop d'honneur, mais un simple citoyen qui profite des derniers espaces libres de discussion pour dire ce qu'il a sur le coeur.

Vous êtes un élu du peuple, monsieur le Député, et ne me faites pas croire que vous ne vous attendez pas à recevoir des "coups" (les miens se limiteront à des mots, je vous rassure) de la part de vos administrés et des gens auxquels vous vous adressez.

Lorsque vous échouez dans les tâches qui vous incombent, il va de soi que votre compétence est mise en jeu, surtout aux yeux des gens qui ne partagent pas votre politique.

Baratineur et politicard? Je persisite et signe. Mais n'est-ce pas le lot de tous les hommes politiques? Vous ne faites donc pas exception à la règle.

"Fainéant"? Je n'ai jamais écrit cela. Je ne me serais pas permis. J'ai beau exécrer (sans "s") le blabla politicien, je sais la somme de travail qu'ils abattent.

"Me payer la tête d'un UMPiste" n'est pas une ambition. Mon discours aurait été le même avec n'importe quel politique, croyez-moi. N'ai-je pas écrit que "tous les gouvernements sont d'accord pour laminer le vin français."? Je ne vous ai pas critiqué gratuitement : mon discours est argumenté. Il porte sur les inexactitudes que vous avez multipliées et sur l'aspect évasif de votre argumentation, alors que vous vous trouviez devant un par-terre de "spécialistes". Disons que je m'attendais à quelque chose de plus pointu, de plus ambitieux, surtout venant du Vice Président du groupe viticole à l’Assemblée Nationale. Pardonnez-moi de vous avoir surestimé.

Je ne m'inscris pas dans la polémique, monsieur le Député. J'attends juste davantage de la part des hommes politiques, notamment (et ce n'est qu'un aspect parmi beaucoup d'autres) dans le domaine de la viticulture française. Il n'y a peut-être pas péril en la demeure mais on ne peut pas dire que notre viticulture soit au mieux. Ce blog vise modestement à mettre en valeur le talent de nos viticulteurs et de nos viticultrices, et la qualité exceptionnelle du vignoble français.

Vous m'inviteriez à me rendre dans votre circonscrition? A passer une journée avec le vice président du groupe viticole à l'Assemblée Nationale? Voir en quoi consiste son travail et en rendre compte sur VINSURVIN? L'auteur de ce blog (et le citoyen) serait ravi...

Dans l'attente de vous lire,

Cordialement,

Fabrice Le Glatin, VINSURVIN, Producteur de Chroniques Oenophiles.

PS : puis-je savoir par quel biais vous êtes arrivé sur VINSURVIN?

Écrit par : vinsurvin (la rédaction) | lundi, 01 octobre 2007

C'est encore un de tes amis qui te fait une blague, Fabrice ?

Écrit par : Cedric | mardi, 02 octobre 2007

Même pas sûr...

Écrit par : vinsurvin (la rédaction) | mardi, 02 octobre 2007

Cher Monsieur,
Je ne mets pas en doute votre compte-rendu de la conférence de la Sorbonne. Un de nos correspondanst y était lui aussi et il nous a donné le sien visible sur : http://www.elusduvin.org/index.php4.
Notre association qui compte plus de 600 élus en france dont des parlementaires ( dont M.J.P.Garraud) milite pour une éducation au goût , à la vigne et au vin à tous les niveaux ( voir sur notre site toutes nos propositions : dossiers sur le goût, sur Vigne-école).C'est aux vignerons , aux élus mais aussi aux parents et citoyens à demander cette mise en place.Bien à vous

Écrit par : Olivier Marc | mardi, 02 octobre 2007

Un ami était à cette Conférence et je confirme qu'il a été édifié par l'intervention de M Garaud...Il n'était peut être pas dans son meilleur jour?

Écrit par : fabioen | mardi, 02 octobre 2007

Je confirme ses propos n'étaient pas très constructifs...

Écrit par : Damien | mercredi, 03 octobre 2007

Bonjour,

et si au lieu de se chamailler nous regardions les points positifs de cette soirée :

- il y a consensus pour dire qu'il y a une dimension culturelle au vin , même si elle est diversement exploitée
- il y a consensus pour dire que des comportements excessifs ont tendance à se répandre un peu partout en Europe, la France commençant à être touchée ( binge drinking dans les pays anglo saxons et équivalent dans les pays nordiques, el botellon en Espagne ) sans que cela soit très répandu tout de même dans notre pays
- il y a consensus pour dire que l'éducation au goût , donc à la dégustation du vin , est un bon rempart contre les excès de toute sorte
- qu'enfin l'association que je préside a publié 2 cahiers dont à chaque fois un des sujets était :
il y a moins de comportements excessifs dans les pays et régions de tradition viticole que dans celles qui n'ont pas cette culture.Ainsi une étude de 1997 sur les appelés par Claude Got et Jacques Weill a montré qu'il y avait moins d'alcoolisme dans les régions viticoles en France , et enfin une étude de 2004 sur 95 000 jeunes a montré que les pays de tradition viticole étaient moins touchés dans un rapport de 1 à 8 par les saouleries que les pays anglo saxons et scandinaves.

Le vin a à la fois une dimension culturelle, sociétale ( Jean Clavel parle d'un lubrifiant social ) et de santé , on peut donc continuer à en faire sa promotion sans honte.
Je vous invite à aller sur cette page de notre blog http://web.mac.com/quatreverites/Blog_des_4_Verites_sur_le_Vin/Nos_convictions.html
pour creuser la question.

Très bonne journée à tous

Fabrice Delorme
association les 4 vérités sur le vin

Écrit par : Fabrice Delorme | jeudi, 04 octobre 2007

Garraud a été très mauvais je confirme aussi.

Écrit par : Viticole | dimanche, 07 octobre 2007

Cher Monsieur,

Je ne vois pas de rapport entre l'intervention de M Garraud et votre conclusion selon laquelle : "il ne faudra pas compter sur le gouvernement de François Fillon pour redorer le blason du vin français et pour éduquer les jeunes à une consommation raisonnable et réfléchie de vin. Normal, ça coûte de l’argent et ça n’en rapporte pas."%%%

Il me semble au contraire que François Fillon s'est exprimé à ce sujet à de nombreuses reprises, et sur son blog.

Yves d'Amécourt

Écrit par : Yves d'Amécourt | mercredi, 10 octobre 2007

Bonjour Monsieur,


"Il me semble au contraire que François Fillon s'est exprimé à ce sujet à de nombreuses reprises, et sur son blog." Voilà qui ne fait pas avancer le problème. Pourriez-vous être plus précis?

François Fillon parvient à s'exprimer en effet. Chose certainement plus facile à faire sur son blog que dans les "grands" médias tant l'espace de communication qui lui est réservé par son président est limité.

Mais s'il faut aller sur le blog du premier ministre pour savoir de quoi est faite sa politique, on n'est pas prêt d'être véritablement informé.

Si le premier ministre a vaguement abordé le sujet de la viticulture française, on ne peut pas dire que cela ait eu une raisonnance nationale. Quant aux actions à proprement parler, elles tardent à venir.

Voilà donc, Monsieur d'Amécourt, le rapport entre nos deux protagonistes : outre leurs acquaintances politiques, ils s'expriment. Mais c'est bien tout.

Cordialement,

Écrit par : vinsurvin (la rédaction) | mercredi, 10 octobre 2007

J'ai été invité à cette "conférence" et j'ai refusé, ne souhaitant pas cautionner certains intervenants.
Je ne regrette rien. Merci Fabrice pour ton résumé qui recoupe d'autres échos.

Écrit par : Baraou | mardi, 23 octobre 2007

Les commentaires sont fermés.

 
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