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lundi, 17 septembre 2007

Le paletoquet de bistrotier.

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- Alors mes bons princes! Je vous trouve bien dubitatifs devant ma carte des vins! Attendez, je vous explique, vous m'avez l'air un peu perdus, là. C'est peut-être parce qu'il n'y a que du bon vin! Faut le savoir! Non, mais, c'est vrai que parfois les gens connaissent pas trop les noms des vins, alors il savent par trop... Alors? Qu'est-ce que je vous sers?

Après le vernissage de l'exposition photo sur Joy Division chez Agnès b. et avant de nous rendre au Gibus pour un hommage au groupe du même nom, un petit blanc s'imposait. Pas que le gamay en bag in box proposé chez la styliste nous rebutait... Juste une envie d'"un peu mieux que ça quand même". Les bons bars à vin sont légion dans le quartier Montorgueil et il ne serait pas difficle de trouver une bonne carte où les blancs rivaliseraient de noms aussi prestigieux que Pouilly Fuissé, Sancerres, Ménetou Salon, Chablis ou Montrachet. C'est alors que nous fîmes la découverte de ce bistrot à vin. La somptueuse décoration fin 19ème ne pouvait guère laisser insensible.

- Heu, m'aventurai-je, le Château de l'Hoste, c'est un blanc?

- Ah, bah, non, c'est un rosé! Y connaît rien en vin, c'est pas possible?! Ha!

Ca devait être ça.

Une dizaine de vins apparaissaient sur l'ardoise. Leur couleur n'était pas indiquée, région d'origine et millésime non plus. On reconnaissait çà et là quelques vins "connus", dont les noms m'ont déjà échappé. Je ne me souviens guère aujourd'hui que de celui que nous fûmes contraints de choisir, puisqu'aucune autre solution ne s'offrait à nous. Il s'agit d'un bourgogne aligoté. Un bourgogne aligoté. Dans un bar à vin. Quartier de Montorgueil. J'ai honte. Je sais je dois en décevoir plus d'un. 

- Un alogoté? Très bien, s'enflamma le patron.

Quelques minutes plus tard, il revint avec une demie bouteille d'aligoté, propriété d'un des ces négociants verreux.

- Goûtez-moi ça. Ah, non, c'est du bon ça, s'empresssa-t-il de nous mentir, le marchand de tapis.

Le vin, servi dans des verres laids n'avait aucun nez. En bouche : rien. Le vide intersidéral. Je n'ai pas les mots. L'impression qui dominait : une vulgaire acidité aux allures d'aigreur de lendemain de fête tentant péniblement de se hisser le long de la gorge trois minutes après chaque gorgée. La rondeur excessive s'approchait sensiblement de l'eau de bain que mon psychopathe de cousin Christophe me faisait boire sous la torture quand il venait en vacances depuis son 9-3 natal. "Tu dis à ma mère, je t'explose." 

- Alors mes bons princes? C'est pas bon ça? nous demanda l'inculte de service.

- Combien ça fait? lui répondit-on.

- 10€ seulement mes seigneurs. Déjà sur le départ? s'inquiéta l'espèce de vieux fût ferrugineux.

- 10€? Sur le départ? Oui, conclua-t-on, incapables (chose étonnante) d'émettre le moindre signe d'antipathie ou la moindre critique pour cet espèce de sinoque : la couche étant trop épaisse, vraisemblablement. Trop de boulot en somme. Une chose était acquise : il menait sa boutique, acquise depuis un mois et demi, droit au (kir) mur.

Je critique souvent les bistrotiers français pour la médiocrité des vins servis dans leurs cafés, brasseries, pubs et autres restaurants ; pour le plaisir qu'ils semblent prendre à servir des vins absolument infâmes à leur clientèle, ou pour leur méconnaissance totale du vin français : ces muscadets indigestes, ces rosés aigres et roses bonbon, ces rouges de fonds de cuves... C'est un fait, une très grande majorité de tenanciers de base français nous servent de la merde. C'est pourquoi, je suggère que, de même qu'un médecin ne peut exercer qu'avec des diplômes, l'on instaure un diplôme de connaissance des vins français à tous les paletoquets, qui, pignon sur rue, font l'apologie du mauvais goût dans notre pays.  

Commentaires

Absolument d'accord.
Sinon on va etre obliger d'en ouvrir un, pour remonter le niveau.

Écrit par : Cedric | mardi, 18 septembre 2007

En ouvrir un, je suis partant, j'ai les vins et les vignerons ; mais j'ai essayé plusieurs fois de trouver le "bon coup", mais c'était pas le "bon coût"... Le prix du fond de commerce, droit au bail ou autre appellation, est indécent et les exploitants sont souvent liés à des fournisseurs "introduits" dans le milieu... qui livrent sur Paris des vins produits par des "assassins" qui, eux, ont un diplôme de vigneron.

Écrit par : Baraou | mercredi, 19 septembre 2007

Le problème, ce n'est pas tant leur méconnaissance, mais le fait qu'ils croient avoir tout le temps à faire à des ignares. Or, dans 1% des cas, ils ne tombent pas sur des ignares. Mais le reste du temps, ils ont réussi à vendre du quelconque avec une belle marge au passage...

Écrit par : isarmel | lundi, 01 octobre 2007

Les commentaires sont fermés.

 
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