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jeudi, 06 mars 2008

Comment j'ai remplacé le fumoir du lycée par un buvoir.

medium_nonfumeur.jpgInterdire la cigarette dans les lieus publics, c'est bien. Pensez-vous, lorsqu'on a arrêté de fumer un paquet de marlboro light par jour voilà trois ans (et quatre mois), on a l'impression que (pour une fois) la société se met de votre côté. Alors, ce n'est pas sans une certaine émotion que j'ai fait mes premiers pas dans l'ancien fumoir jeudi à 10h00. Quand je suis entré dans ce qu'il convient d'appeler à présent la nouvelle salle des profs, une joie non dissimulée règnait dans ce lieu. Des "ah, on respire à présent!" et des "Ah bah ça change!" ne cessaient de ponctuer les vas et les viens des uns et des autres. Fenêtres ouvertes, bien que dans une salle petite, exigüe et bas de plafond, on s'accomodait bien de deux, trois clopes. Mais l'effet pot d'échappement jouait à plein notamment le midi lorsque le nombre de fumeurs dépassaient... les bornes.  

Produit de substitution. Arriva alors la première pause déjeuner sans tabac. Les discussions autour du bon air retrouvé battaient leur plein (bien que, contaminée à ce point, cette salle devrait demeurer cancérigène pendant quelque dix bonnes années encore). Les fumeurs, priés de l'écraser, nous avaient carrément quitté pour consummer sur le trottoir. Mais, point de  triomphalisme  dithyrambique. Point de satisfaction dans ce qui ressemble aussi à une certaine forme de ségrégation. L'ancienne salle fumeur n'était pas devenue plus conviviale. Moins animée non plus, comme on a pu l'entendre ou le lire çà et là. Mais il est vrai que les collègues tabacco-dépendants manquaient à l'appel. Il fallait faire quelquechose pour les faire revenir. Trouver un produit de substitution en quelque sorte.

Salle Margot. C'est alors que me vint une réflexion. Pourquoi ne pas remplacer la salle mégot, par la salle margot? Ou bistrot? Ni une ni deux, tous les collègues alentour adhérèrent au projet. Il faut dire que (comme par hasard), ces derniers sont tous des amateurs de vin! Quelle chance! On ne trouve pas cela dans tous les lycées! Après cotisation générale (et avant la tournée du même nom), on me chargea (encore bibi comme par hasard) de faire le tour du vignoble français et de faire livrer quelques flacons pour le lendemain, vendredi 02 février. Des collègues proposèrent d'agrémenter le bistrot de posters glanés au gré de leur périples oenophiles. D'autres se rendirent chez des amis cavistes et cafetiers afin de récolter quelques verres. Hors de question de consommer dans des gobelets en plastique! Quelqu'un eut un mauvais réflexe: "J'peux avoir des cendriers!"

De si jolis sourires. Vendredi matin, vers onze heures. Le bistrot était fin prêt! Rutilant, acceuillant, chaleureux et surtout convivial. Nous l'appelâmes VINSURVIN! A midi la salle était comble! Néo-non-fumeurs, sevrés, non-fumeurs, personnel de l'administration, élèves majeurs... ils étaient tous là! Pour la première, j'avais proposé que chaque discipline se verrait attribuer "sa" région viticole. Du côté des langues, l'Allemagne eut l'Alscace (mais pas la Loraine), les anglo-saxons la Californie (sans son gouverneur), les espagnols la Ribeira del Dureo bien que certains eurent préféré l'Argentine ou le Chili. Les historiens écopèrent de la Loire et ses chateaux, les profs de français d'un bon bordeaux, les SVT d'un vin bio. Les maths apprécièrent leur 13°, la physique-chimie dégusta un mousseux et les profs d'économie se partagèrent un bag-in-box pour son rapport qualité-prix. Au final, les profs de sport (branchés rugby) héritèrent de l'Australie. Il y avait bien longtemps que je n'avais pas vu tous ces garants du savoir et de la culture arborer de si jolis sourires, malgré tous les signes d'amitié, de reconnaissance et de respect que la société française et ses candidats à la présidentielle (surtout sa candidate) lui adressent actuellement. "Travailler trente cinq heures?" entendis-je, "cela ne sera jamais assez pour boire tout ça!" La pause déjeuner battait son plein et l'idée du bar à vin faisait un tabac. Mais une inquiétude me vint soudainement: mes collègues ne risquaient-ils pas de voir rouge en classe cet après-midi? 

Rediffusion. Note parue le 03.02.2007

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"Alors, tu la trouves comment la 2nde 6 cette année?" "Depuis le 02 février: nettement mieux!" 

Commentaires

J'ai dû louper quelque chose vendredi... mais je vais me rattraper cette semaine et ouvrir ma cave à vin pour pouvoir contribuer à la nouvelle école sans-tabac-mais-avec-jaja... pour pouvoir voir la vie et les élèves en rose. Zoubi...

Écrit par : Kristiiiiiiiiiiin | dimanche, 04 février 2007

Beau billet, belle initiative!
Ca me rappelle le temps pas si lointain où en prépa une bouteille de vin par table de 6 était la règle. Belle époque.

PS : si les profs d'éco se sont plaint de ne pas être des profs d'économieS mais d'économie, la prochaine fois dis leur de ramener du vin avec une élasticité-prix nulle (yquem, pétrus, cheval blanc etc... ) :-)

Écrit par : Arnaud-Juju | jeudi, 06 mars 2008

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