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dimanche, 08 avril 2007

Errare humanum est

    

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"Alors, répète après moi mauviette: le bordeaux, y'a pas meilleur."

    Au début, cela ne m'apparut pas comme une évidence, même si je l'avais bien remarqué depuis un certain temps. En fait,  j'avais peur d'être en train de sombrer dans l'inimaginable: une espèce de paranoïa me plongeant dans une situation qui n'avait, tout bonnement, aucun fondement.

    Cela commença au lendemain d'une note réalisée sans pitié sur vinsurvin contre une pauvre bouteille d'un Saint-Emilion que l'on m'avait servi dans un restaurant et que j'avais trouvée d'une tristesse incomparable. Je reçus en effet cet e-mail que je pris pour un spam, a priori. L'identité de l'expéditeur était pourtant attrayante: Dionysos. Quoiqu'il en fut, le sujet et l'aspect quelque peu équivoque de ce courriel m'intriguèrent: Cave ne cadas. Prends garde à la chute. Je méditai quelques secondes sur ce sujet. Prévenant? Prémonitoire? Excommuniant? Je ne pris pas la peine de presser la touche delete et éteignis l'ordinateur, se faisant tard. Le lendemain soir, Dionysos m'avait encore mailé. Cette fois-ci, le sujet disait : Dies irae. (Jour de colère). L'anathème serait-elle entrain de s'abattre sur moi? Encore une série de mails envoyés en random. Aucun intérêt. Je ne m'abaisserai pas à lire ce genre de courrier conspirateur. Le jour suivant, l'expérience se répéta. Sujet: In vino veritas. La vérité est dans le vin. La récurrence des messages et leurs sujets ne me rendirent pas plus perplexes que cela. Bien au contraire. Je me dis que si quelqu'un avait décidé de me faire peur et de mettre ma famille en péril, je saurais faire face. Dans la grande lignée des grands combattants qui composent ma famille, je m'élèverais devant l'adversité. Mon arrière grand-père avait failli faire 14-18, si seulement ce maudit panaris ne l'avait pas bloqué au fin fond de la Bretagne Armoricaine ; il aurait réglé le compte de plus d'un poulets sur le front, (il était appelé en tant que cuisinier).  Mon grand-père, tel un détenu d'Alcatraz ou de Prison Break, avait réussi à s'échapper de la mairie de Chatelaudren (22) lors des réquisitions de 44. Après une  cavale héroïque de l'ordre de vingt longues et éternelles minutes à travers la ville, il fut déporté. Au 41ème R.I de Rennes. Service propreté. Alors, ce n'est pas un failli mail de rien du tout qui allait me faire peur. A moi F.L.G. Ainsi, en refusant l'ouverture des mails, pour des raisons purement stratégiques, je laissai l'ennemi continuer à s'enferrer dans son tour de passe-passe. Il finirait bien par se découvrir et faire une erreur fatale. Je me remémorai alors mon grand-père me disant: "Attends que l'ennemi fasse un faux pas, mon petit fils. Et là, seulement là, tu le cueilles en beauté ce célérat. Comme moi en 40 avec ce brochet de 80cm." "Grand-père, c'est quoi un broché?" lui avais-je alors demandé. "Un monstre qui faillit un jour me coûter la vie." "Wahou!!! T'es vraiment trop fort grand-père!!".

     Quelques jours plus tard, c'est mon téléphone portable qui se mettait à faire des siennes. Je me mis à recevoir des textos d'un numéro inconnu. Je me rendis compte également que l'heure de réception des sms était très précise: 20H20. En substance, le premier tint à peu près ce langage: Omne ignotum pro terribili. Tout danger inconnu est terrible. Puis vint un second: Ut sis nocte levis, sit cena brevis.  Si tu veux passer une bonne nuit, ne dîne pas longuement. Mon sens aigu de l'analyse me dit que le danger semblait se rapprocher et qu'il ne fallait pas traîner à table ce soir là et revenir rapidement devant mon ordinateur pour voir l'étau se refermer autour du corbeau. Ce que je fis. Mais rien ne produisit. Cependant, de un message par mois, la fréquence passa à un par semaine puis s'accéléra pour atteindre l'unité quotidienne. Et toujours ces messages en latin. Autant j'avais pris ces premiers messages avec une certaine indolence, autant l'espacement de plus en plus réduit entre chaque message me rendit, pas anxieux, loin de là, juste un petit peu circonspect. Je me dis que peut-être était-ce lié à vinsurvin et que je devrais vinum aqua miscere, soit: mettre un peu d'eau dans mon vin. Il fallait donc revenir à des choses plus classiques, comme des bons plans à Paris, de vrais conseils autour du vin, de vraies critiques sur de modestes flacons découverts dans le fin fond du Gers. C'est ça que les gens attendaient. Et c'est ce que ce fantom@s essayait de me faire comprendre.

     Puis, les sms cessèrent d'émettre. Les mails n'apparurent plus. L'ennemi sentit qu'il ne parviendrait pas à me faire vaciller d'un centimètre. Les bonnes vieilles méthodes qui avaient fait de mes ancêtres des héros s'avéraient infaillibles une fois de plus. Merci Joseph! Merci Alphonse! Mais c'est par un beau matin d'octobre, quelques jours après cette sordide histoire, que je tombis nez à nez, sur le palier de l'appartement, avec un grand gaillard moustachu, affublé d'une salopette bleue et ne respirant pas franchement la fraîcheur automnale.

     "Bonjour, Monsieur," lui adressai-je l'air vaguement intéressé et fort incommodé par cette anachronique odeur de sarments brûlés sur un paillasson parisien. "Vous venez pour le ramonage je présume? Très bien, entrez, je vous en prie..."

    "Mé, pas du tout mom bong monsieur! Je suis Rollang Lepied," m'apprit le quidam dans un accent du sud.

     "Rolland Lepied..." m'interrogeai-je à voix haute. "Oh, je suis désolé, je ne vous remets pas! Vraiment navré."

    "Et bieng moi, je me remets doucemeng du torchong que vous avez écrit sur mon ving dans votre site innternet de merdee."

     Je compris de suite que j'étais victime d'un règlement de compte et que je me trouvais face au producteur de cet imbuvable Saint-Emilion que j'avais critiqué avec une certaine véhémence sur vinsurvin quelques temps auparavant. Avant d'ailleurs que ne commence la traque sur ma boîte mail et sur mon portable. Le "viticulteur" m'avait retrouvé et j'allais passé un sale quart d'heure.  Le bordelais eut d'ailleurs beaucoup de chance: je n'eus pas le temps de réfléchir sur la technique que mes ancêtres auraient adoptée devant pareille situation. Effectivement, je me réveillai deux jours plus tard intubé dans une chambre de l'hôpital Bichat, le nez en forme de fraise. Mais vraisemblablement pas pour avoir dégusté le vin de mon ami girondin.

Nouvelle publiée le 15/12/2006. Tous droits réservés vinsurvin.

Commentaires

Effaceur!

Écrit par : Morgane | mardi, 19 décembre 2006

vinsurvin2006@yahoo.fr...

Écrit par : vinsurvin (la rédaction) | mercredi, 20 décembre 2006

Les commentaires sont fermés.

 
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