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dimanche, 10 décembre 2006

Le vin français doit retrouver ses lettres de noblesse.

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VINSURVIN avait commencé sa campagne pour la sauvegarde des vins français et sa bataille contre le tout-bordeaux en mars 2006 par une note sur les vins à l'apéritif. A l'époque, je n'ai pas souvenir d'avoir repéré quelconque présence étrangère parmi les blancs secs et fruités conseillés. Même pas un Corse? Même pas! Touraine, Centre-Loire, Languedoc, Bourgogne résonnaient jadis comme d'indétronnables régions gravées dans le marbre de ma culture vinicole. Et si une pointe de patriotisme voire de conservatisme (qui a dit chauvisnisme?) ponctuait les premières chevalresques chroniques oenophiles, la croyance dans le vin made in france était intacte. Quelques mois et quelques dégustations plus tard, je trouvais intéressant de faire un bilan sur la situation actuelle du vin français, modeste mais nourri de diverses expériences, bonnes et moins bonnes.

Depuis près de vingt ans, la France viticole est confrontée à une baisse dramatique de la consommation du vin français. Plusieurs facteurs expliquent la désertification des rayons de vin. Certains sont indépendants de la bonne volonté des gens du métier: montée en puissance de très nombreux pays producteurs de vin - souvent de qualité homogène de surcroît - (Italie, Espagne, Californie, Chili, Argentine...), lois interdisant la publicité pour le vin, changements de comportements (prise de conscience des méfaits de l'abus d'alcool sur la santé, réduction de la consommation d'alcool en soirée pour les conducteurs de voitures responsables), méconnaissance générale française du vignoble maison, consommation abusive de bordeaux, tolérance massive pour le vin médiocre, ignorance des bienfaits du vin sur la santé, et enfin intérêt croissant chez les moins de vingt ans pour la bière et les alcools forts. En dépit de tous ces facteurs, les producteurs de vin français, les consommateurs et autres têtes "pensantes" des régions viticoles françaises ont également leur part de responsabilité dans le changement de profil de la carte des vins mondiale. Pour commencer par ce qui fâche, un certain sentiment de supériorité mêlé d'arrogance, d'ellitisme et de conservatisme biens de chez nous auront réussi à faire vaciller  l'empire viticole français, jusqu'à lui faire mettre un genou à terre. Producteurs et gens du milieu sont loins d'être les seuls responsables. Nous, consommateurs, avons également notre part de responsabilité. Croire que vanter les produits étrangers fait de la concurrence à notre propre vin est une hérésie: bien au contraire, cela lui sert. Demeurer condescendant et dédaigneux à l'endroit de vins de qualité élaborés dans certains pays depuis plusieurs siècles relève non seulement de l'ignorance mais aussi de l'étroitesse d'esprit. Gémir des cocoricos aux seuls sons des bordeaux, bourgogne et languedoc, c'est se tirer une balle dans le pied. A un tel point que lorsque je lève mon verre, j'ai de plus en plus l'impression que nous avons un train de retard.

Constation récurrente: trop de vins français médiocres, voire pas bons. 

Il va de soi que certaines politiques auraient dû être menées depuis longtemps face à l'évolution de la situation qui se présente aujourd'hui. L'anticipation n'étant pas une vertue française, il faudra certainement effectuer des virages à 180 degrés dans certains domaines. Au propre comme au figuré. L'arrachage de plus de 200.000 hectares de vigne préconisé par Bruxelles en 1994 ne fut pas la solution même si elle apparut comme une première voix. L'étiquetage à la française est-il à remettre en question? Pour l'exportation, pourquoi pas? Mais en France, il est difficile de croire que dans un pays où 80% d'une classe d'âge décroche le baccalauréat, où sa population se voit de plus en plus bardée de diplômes, les gens seraient irrémédiablement incapables de déchiffrer des étiquettes! Nom du vin, région de production, nom du producteur, degré d'alcool, présence de sulfites: cela vous pose-t-il des problèmes de compréhension? Ceci dit, il faut impérativement interdire les termes "grand vin de Bordeaux" et "élevé en fûts" qui n'ont aucune valeur légale et induisent les consommateurs en erreur. En tant que simple consommateur, je pense qu'il faut surtout se débarrasser de toutes ces piquettes à moins de 2, voire 3 € en élevant considérablement le niveau de l'AOC. Comment se fait-il qu'on puisse encore boire des vins tristes et sans saveur dans ce pays, même en ayant déboursé entre 5 et 7€? 

Deuxième constation: beaucoup de vin étrangers rarement décevants, voire systématiquement "intéressants".

Ces derniers temps, VINSURVIN a vu apparaître un grand nombre de notes sur des vins étrangers. D'un point de vue purement esthétique, votre humble serviteur n'achète pas un vin parce que son étiquette lui fait de l'oeil. Contrairement à beaucoup de consommateurs. Alors peut-être y aurait-il un créneau.Remettre la noblesse du vin au centre du débat ainsi que ces bienfaits sur la santé; relancer la publicité pour le vin dans son ensemble et non que pour certaines marques ou domaines aisés; rayer les termes "picrate" et "piquette" du paysage viticole français; augmenter significativement le rapport qualité/prix de la prodution française; à l'image du boucher ou du poissonnier (bien qu'en voix d'extinction), mettre en place un sommelier, un vrai, dans chaque grande surface française; organiser des voyages scolaires chez les vignerons français (bien moins nocifs que chez Mickey) sont autant d'idées guère sorties de la cuisse de Jupiter pour enrayer les difficultés que l'on connaît.

Dernière bouteille en date, un très bon espagnol: Mas Rabell 2004 de chez Torres. Prix: 6,90€. Comment se fait-il que depuis que je suis entré dans ma période espagnole, je n'aie jamais été déçu par une seule bouteille issue de ce pays? Dois-je rappeller ma dernière expérience française? Cliquez ici alors. Si le vin est une question de goût, il va de soi que certains n'ont pas leur place sur le marché français. A condition que l'on veuille que notre trésor national retrouve ses lettres de noblesse.

15:35 Publié dans VIN & ACTU | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

le mot Bordeaux revient souvent dans vos propos.
et comme par hasard, le dernier vin français gouté n'était pas bon, et ce (n') était pas ..............................un Bordeaux.

Mais vous avez raison, faut plus en boire, que des sagoins ces Bordelais!

Écrit par : tchoo | mardi, 12 décembre 2006

Bonjour Tchoo!
L'amateur de vin que je suis récuse ces bordeaux de tête de gondoles à 1€, les marques, le "vin" boisé et vanillé, celui à moins de 5€, fade, triste et sans saveur mais qu'on fait passer pour du bon, abusant les consommateurs au passage, ces vins qui font beaucoup de tort à cette région et au vin français dans son ensemble. Il va de soi qu'il y a également de très très bonnes choses (sans même prendre en compte les 1er et grands crus -classés ou pas- car hors catégorie), mais je déplore cette espèce de vénération que le français porte à ce vin, dédaignant les trésors que l'on trouve dans l'hexagone.
Que le dernier vin bu et critiqué défavorablement ne soit pas un bordo montre le déficite qualitif du vin français. Toutes les régions sont touchées par le phénomène. Et je le déplore.
Merci pour votre fidélité (semble-t-il à lire votre com.)!

Écrit par : vinsurvin (la rédaction) | mardi, 12 décembre 2006

Les commentaires sont fermés.

 
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