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vendredi, 08 décembre 2006

Les histoires du petit Nicolas.

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Bonne nouvelle dans le quartier Guy Môquet: un de nos deux compères qui animaient si bien la boutique à vin Nicolas est de retour! Mauvaise nouvelle, le vin y est toujours aussi inégal.

Ayant un besoin urgent d'acheter du vin que je n'avais plus en stock à la cave, je me rends la semaine dernière chez celui qui se targue d'être le spécialiste du vin depuis 1822 et que l'on tiendrait pour un peu responsable de la crise vinicole française tant la "qualité" des produits laisse trop souvent à désirer.

medium_corbieres.jpgJe suis pressé. Je recherche un vin de saison. Les adjectifs défilent dans ma tête. Epais. Charnu. Puissant. Généreux. Il ne faudra pas être trop précis. On est chez Nicolas, souviens toi. A boire à température. Ca ira ça, "à boire à température"? Non, ils vont me sortir un Bordeaux. Bon, on va vers quoi? Pourquoi pas un Buzet? Non, un Bergerac, ouiiii, un Bergerac, bien fait, sur le fruit, ample... Ou alors, peut-être qu'un Pécharmant ce serait pas mal. Ah ouais, un Pécharmant ... Même un p'tit Côte de Saint-Mont! Duras? Déçu ces derniers temps, il faudra m'en faire découvrir un super pour que j'y revienne. Cahors? Le cépage Malbec me tente bien. Mais il faudra me sortir un Château Quattre de Simon Bley.

Je scrute les rayons des yeux imaginant déjà qu'avec un peu de chance, je peux peut-être faire la trouvaille du siècle. Mais, ça commence bien, je ne trouve pas le Sud-Ouest. Ils l'ont caché ou quoi? Finalement, mes yeux tombent sur une belle bouteille de Corbières: je décide de changer de région pour aller vers le Languedoc-Roussillon. Tant pis pour les Buzet, Bergerac et autres Cahors. De toute façon, je m'y rends bientôt. Ca vaudra mieux. Alors, Corbières, Corbières... Je ne prends même pas la peine de consulter le Domaine des Gardioles à 4,10€. Restent un Château de Belle Isle Vieilles Vignes à 5,60€ et un Domaine de Villemajou à 8,90€. Pourquoi crois-je instantanément que ce dernier sera forcément le meilleur des trois? Pour tordre le cou aux idées reçues, j'opte pour celui du milieu. Vérifions si l'on peut encore trouver des vins buvables, à ce prix, en magasins, à Paris. Deux minutes trente se sont écoulées. Il me faut un deuxième flacon.

Tout près des Corbières dans le rayonnage, je me dirige vers  sa (presque) voisine d'appellation, à une seule centaine de kilomètres sur la carte: Faugères. Je ne risque pas de passer deux heures devant le rayon puisqu'il n'y a qu'un flacon en magasin! Un seul Faugères, on croit rêver... Domaine de l'Ort d'Amorel, à 6,90€. Les meilleurs Faugères (Domaine de l'Estanille?) offre un nez opulent de cuir, de cèdre, de cacao s'ouvrant généreusement sur des arômes de fruits noirs très mûrs. La bouche est tendre, les tanins soyeux et élégants. Le plasir est incommensurable. Certes, il faut compter de 15 à 20€. Quand bien même, et vinsurvin l'a toujours défendu, point besoin de mettre des fortunes dans le vin pour se faire plaisir. Les vins de tables et de pays de Montpeyroux à Saint-Félix de Lodèves en pays héraultais (par exemple) ont cause défendue ici même. De même que dans certains restaurants parisiens tel que Chez Ramulaud. J'opte donc pour ce Faugères. Trois minutes quarante deux.

Fort de mes deux sélections (faites en un temps record), je me dirige vers la caissière lorsqu'un jeune homme m'interpelle. "Alors, on ne dit plus bonjour?" m'adresse-t-il d'un ton enjoué. Il s'agit de ce sympathique vendeur qui m'avait acceuilli fort chaleureusement lorsque je m'étais installé dans le quartier. Effectivement, la première chose que j'avais fait, afin de prendre un peu la température du quartier, fut de passer le pas de la porte du premier magasin de vin en vue. Je n'avais pas été déçu. Le duo de vendeur était formidable. L'arrivée du Beaujolais fut assez épique... Jusqu'au jour où ils nous annoncèrent qu'ils quittaient le quartier pour voguer chacun de leur côté. Bonjour tristesse. Un couple marié les remplacèrent. Commerçants, formatés Nicolas, discours convenu. Ils ne tenèrent pas six mois. Puis se succédèrent différents vendeurs. Pire que les trois/huit à l'usine, le turn-over à la Nicolas marcha à plein régime. Je m'aperçus de cet état de fait car il s'avère que le magasin se trouve au niveau de l'arrêt du bus 31. Quoi de mieux que de reluquer les vitrines du spéciçaliste du vin depuis 1822 en attendant son bus? Ne le prenant qu'occasionnellement pour me rendre dans le coeur du 17ème siècle arrondissement, les têtes derrière les tabliers changeaient à vitesse grand V. Le retour d'un vrai amateur de vin n'est donc pas pour nous déplaire. Seulement, les carences du catalogue restent déplorables.

Malheureusement, le Corbières fut tout simplement lamentable. D'une tristesse incomparable, le vin donnait l'impression d'être en pleine dépression. Il se révéla cependant après trois jours d'ouverture (oui, juste trois), mais soit quelques heures avant de rendre l'âme comme semblant vouloir me signifier dans un dernier souffle qu'il n'était pas si mauvais que cela. Intransigeant et sans pitié pour le picrate, je lui fermai le goulot d'un coup de paume énergique et l'envoyai en aller-simple au cimetière des bouteilles (pas tout à fait) vides, matérialisé par cette énorme benne verte sur le trottoir de l'avenue de Saint-Ouen. Le contact de son verre se brisant sur ses acolytes fut assez bruyant, ingrat et frondeur. A croire que même là, il n'était pas le bienvenu. Je n'ose imaginer la réaction qu'eut mon foie...

medium_rioja.gifLe Faugères fut tout aussi décevant. Servi avec un joli plateau de fromage, il venait après un magnifique et fruité pinot noir du Chili ramené cet été d'Equateur. Il ne fit pas illusion longtemps. Fade, sans arôme ni saveur, court en bouche, ce domaine de l'Ort d'Amorel se ferait surclassé par les premiers vins de tables cités ci-dessus. A 6,90€, c'est tout simplement lamentable. Pas étonnant qu'étrangers et français se tournent vers des vins sortant de l'exagone. Adieu mes désirs, que dis-je, mes fantasmes Estanilliens. Le pauvre finit dans l'évier dès le lendemain. A ce prix là, je conseille un vin espagnol de chez Lavinia (3 Bd de la Madeleine, Paris 1) : Bodega Abel Mendoza Monge, Jarrarte Joven, 2005. Un rapport qualité/prix incomparable. Et ne craignez pas l'année 2005! De par leur fortes expositions au soleil les vins espagnols arrivent très vite à maturité. Et pour remplacer le Corbières à 5,60€, Bodegas Campos Reales, Canforrales Tempranillo, 2005: 5,90€, même adresse.

Moralité, acheter du vin pas bon chez Nicolas, pourtant spécialiste bla, bla, bla, bla... c'est drôlement pas juste. C'est vrai, quoi, à la fin.

17:15 Publié dans VIN & ACTU | Lien permanent | Commentaires (0)

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