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samedi, 25 novembre 2006

Le "meilleur" vin du monde

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Le viticulteur Giacomo Neri, une bouteille de Brunello de Montalcino 2001 à la main,
élu meilleur vin de l'année par le Wine Spectator. (AFP/Yahoo!.fr)

 

La scène se passe en octobre dernier dans le supermarché Champion de l'avenue de Saint-Ouen, Paris 18. Un jeune couple gay n'est pas d'accord sur quel vin acheter pour le dîner qu'ils donnent demain soir à l'occasion de leur pendasion de crémaillère qui aura lieu samedi soir rue Bridaine, tel qu'ils viennent de l'expliquer au "sommelier" présent sur place (que l'on pouvait voir au rayon poissonnerie en septembre, et à l'outillage l'été dernier) et qui visiblement n'avait pas besoin de tant de détails.

   "Non, mais, dites lui heu, quoi, j'veux dire heu, que heu, que heu, un vin récompensé à Macon heu, c'est quand même un gage de qualité. (Heu)." dit le quadragénaire aux airs d'adolescent retardé.

   "Ben, ouais." éructa l'employé.

   "T'as vu François (zheu), qu'est-ce que je disais? J'avais encore raison!" assèna l'homme-qui-faisait-confiance-aux-vins-étiquettés-médaille-d'or-à-Mâcon.

    "Oh, tu'm'soules, franchement," rétorqua François, manifestement agacé par l'arrogance de son ami, "et moi j'te dis que ce n'est pas parce qu'une bouteille de pif a été primée dans un concours de poivrots refoulés que ça garantit sa qualité. Si ça se trouve les mecs ils sentaient plus rien du goût. Tu parles, à 5 heures, ils sont ronds comme des queues d'pelles!" argumenta le jeune François, parcourant les bouteilles de Julienas et autres Moulin à Vent. 

   "Désolé, mais je crois que là, monsieur se trompe. Si un vin a une médaille à un concours, c'est qu'il est bon, c'est clair. C'est comme ma soeur, elle a un Yorkchir et elle fait des concours de beauté avec dans l'Ile-de-France, bon, ben, elle gagne pas parce qu'on son clepse c'est un bâtard, mais mon frangin lui il a un pur Rottweiler..."

   "Ok, on a compris," l'interrompit François, "bon, ok, on le prend ce Mâconnais récompensé à Mâcon. Presque 17€ pièce quand même."

A ces mots, le jeune quadragénaire-qui-faisait-confiance-aux-vins-étiquettés-médaille-d'or-à-Mâcon adressa un clin d'oeil satisfait au vendeur, qui hocha la tête, un peu gêné par un tel signe de complicité, et empoigna la barre du caddie avec une certaine énergie pour l'éconduire vers d'autres rayons.

Que doit-on penser des concours viticoles, français comme internationaux? Des testeurs qui enchaînent les dégustations? Des vins récompensés? Et, dans quelles conditions les dégustations se font-elles?  Si la vocation de ces foires d'empoigne est d'honorer un vin particulièrement réussi par une somme de connaisseurs en la matière, chacun reste libre de se faire sa propre opinion et donc d'aimer ou de ne pas aimer un vin, quelle que soit son origine, son cépage et son prix. Cependant, l'adage selon lequel "Des goûts et des couleurs, il ne faut pas discuter" m'est toujours apparu comme un peu désuet, pour ne pas dire faux. Je ne sous-entends pas que certains, un groupuscule élitiste de sages intellectuels aux airs supérieurs, détiendraient les rênes du (bon) goût. Et que d'autres, littéralement dénués de la moindre capacité à établir un jugement probant et pertinent lorsque les conversations portent sur le beau et le moche, le bon et le mauvais, l'excellent et l'exécrable, n'auraient qu'à se tourner vers des sujets n'engageant surtout pas leurs responsabilités gustatives, visuelles et sonores. Quoique. Quand on voit les goûts de certains, on se dit qu'ils n'en ont pas! C'est bien là tout le problème. Alors, le goût serait-il inné? Se travaillerait-il? S'obtiendrait-il? Il faut croire que oui. Prenons un exemple concret. Sélectionnons un sommelier et un consommateur de vin lambda (ou un amateur de Bordeaux, ce qui revient au même). Lors d'une dégustation à l'aveugle, pourquoi porterait-on une oreille plus attentive au discours de Robert LIE, ce jeune norvégien meilleur sommelier d'Europe 2006, qu'à celui de René Le Corvisard, plombier-chauffagiste à Saint-Ouen dans le 93, qui profite un an sur deux de la foire aux vins (à moins de 3€) du Carrefour de Saint-Denis?

Je me souviens avoir ouvert (rien qu') un premier cru  Aloxe-Corton 1999 Les Valozières de chez Comte Senard (seul grand cru rouge de la Côte de Beaune) à un collègue m'ayant rendu de fiers services il y a quelques années, et m'ayant assuré s'y connaître super bien en vin. La robe de ce grand Bourgogne arborait des tons rubis-pourpres aux reflets violines. Je crus que j'allai tomber raide lorsque je le portai à mon nez afin d'en humer les différents arômes, d'en saisir les subtilités et de me plonger dans l'atmosphère que dégagent les ballades au coeur de la campagne bouguignonne. Des fruits rouges de cassis très mûrs et de mûres sauvages. Prendre son temps, profiter de l'instant en hédoniste, en épicurien. La bouche était sans pareil: fruitée, grasse, superbement équilibrée entre puissance et élégance. Les tanins suaves et exempts de dureté. Une finale élégante et remarquablement fine. 

Je vous épargne son protocole. Mais je me souviens de son "analyse" après avoir bu presque d'un trait son premier verre alors que je n'en étais qu'à l'observation de la robe. 

   "Ah, il est pas mal, un peu vert, non? Nous, on touche un Bourgeuil, super bon, et puis, attention les yeux, 1,60€ la bouteille. Et su-per-bon! Imbattable, hein, qu'est-ce t'en dis?"

   "Imbattable."

   "Non, enfin, j'veux pas dire, il est bon ce vin, mais, c'est quoi?"

   "Heu, un p'tit Bourgogne."

   "Ouais, c'est le problème des bourgognes, t'es jamais sûr, je trouve ça trop, heu, tu vois, pas assez, heu, et puis bon c'est vrai qu'un p'tit Bourgeuil bon, heu, c'est leur goût que j'aime bien. Y'a rien'd'tel, hein?! Ha! J'touche un Côtes de Bordeaux à 3,20€, bon, ok, plus cher, mais bon, si tu veux d'la bonne camme, faut mettre le prix."

Nous passâmes directement du hors d'oeuvre au dessert. Et ce jour là, je ne sais pas pourquoi, le joint de la cafetière italienne lâcha. Nous fîmes donc un instantané, que notre homme trouva "super bon".

En substance, je me rends compte en effet qu'on ne discute pas des vins et couleurs. Ca vaut mieux comme ça.

Commentaires

Bonjour,
Cherchant sur le net des informations sur la Fondation Tio en Equateur, je fus assez surprise de tomber sur votre blog, dans la mesure où nous nous sommes croisés à la Fondation cet été (je faisais partie de l'autre groupe sur place ce soir là).
Je voulais juste vous dire que j'ai été ravie de découvrir vos magnifiques photos et de lire vos commentaires fournis sur votre voyage.
Merci,
Patricia

Écrit par : Patricia | samedi, 25 novembre 2006

Bonsoir Fabrice!
je suis ravie de vous avoir rencontrer cette aprés-midi, j'ai beaucoup aimer votre article sur les bouteilles "primées!!" meilleurs vins du monde.
N'hésité pas à repasser ça me ferai plaisir de vous faire découvrir les vins que l'aime, nous pourrions trés bien aussi organiser une dégustation!!
Et félicitation à Dorothée et vous!!!
A bientôt
flore

Écrit par : flore | vendredi, 01 décembre 2006

Les commentaires sont fermés.

 
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