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vendredi, 26 mai 2006

Tourisme numérique. De l'art de ne rien voir.

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Rendez-vous hier après-midi au musée d'Orsay avec Clare, une amie anglaise de passage à Paris. Je suis d'autant plus content de m'y rendre que je trouve ce lieu absolument magnifique. Je serai heureux de me retrouver sous la grande horloge en-bas des marches, de me sentir tout petit et presque intimidé sous "Le lion Assis" d'Antoine-Louis Barye, de sillonner les diverses statues qui parsèment notre visite du rez-de-chaussée. Pire qu'un enfant, j'ai hâte de prendre l'escalator pour me retrouver dans les entrailles de cette ancienne gare et de voir défiler ses structures effeiliennes. Je frémis d'avance de me planter littéralement derrière une des deux grosses horloges qui surplombent la scène, afin de projeter mon regard en direction du Nord et de voir le Sacré-Coeur majestueux et de marbre sur la Butte Montmartres. Clou du spectacle, de là, je me trouverai à deux pas des oeuvres d'un des plus grands peintres que l'Impressionisme ait connu, Vincent Van Gogh. Je suis également très excité de revoir ses oeuvres car je me trouvais à Auvers-sur-Oise début Avril.

Consumérisme numérique.

Je pénètre donc dans la salle dédiée à l'artiste à l'oreille coupée. Et là, c'est l'horreur. Avant même d'approcher les oeuvres relatant la période de Van Gogh à Arles, je me prends un gros coup de flash en pleine poire! Puis, je me fais bousculer par une créature à la stature défiant toutes les lois de l'humanité et concentrée sur le mini-écran de sa "video camera". Pardon? Non, rien. Sac à dos solidement plaqués contre le ventre, casquettes vissées sur la tête, jean's - T-shirts - baskets blanches, le balai des touristes s'arqueboutte, se disloque, s'aglutine autour de ce que je considère comme des oeuvres. Je tente tant bien que mal de me frayer un passage afin de me tenir à quelques mètres de l'objet de convoitise et de prendre du plaisir mais c'est chose impossible. ILS sont là, ils virevoltent, butinent, et surtout, ne cessent d'appuyer sur leurs gachettes. Caméras au point, appareils photos numériques dernier cri (ou riquiqui), bras tendus téléphones portables à la main, ils filment, ils SE filment, ils prennent des photos, ils SE prennent en photo - devant les oeuvres. Mais pourquoi donc? Pourquoi faire? A quoi bon? A quoi ça sert? Je m'interroge sur le bien fondé d'attitudes aussi inutiles que ridicules. Une oeuvre est-elle plus belle à travers l'objectif d'un appareil photo? Ou alors, sera-t-elle plus belle lorsqu'ils rentreront à la maison et la visionneront sur leur écran d'ordinateur? L'oeuvre est-elle plus belle lorsqu'un ami ou un membre de ma famille pause à côté? Ou l'oeuvre rend-elle mon compagnon plus beau? Ou bien encore, cherchent-ils un alibi, une preuve afin qu'on les croie sur parole qu'ils se trouvaient bien au musée d'Orsay, à Paris, le jeudi 25 mai 2006?! Qu'on m'explique. Qu'on m'explique ce trouble obsessionnel compulsif qui s'est développé avec l'arrivée du numérique. Qu'on m'explique cette nécessité de vivre l'instant à travers le prisme de l'écran. Qu'on m'explique cette manie de mettre un véritable mur entre la réalité et soi-même. Cela soutend-il que ces gens s'adresseront bientôt la parole uniquement à travers un portable? Je vois déjà le tableau. (...). Mais l'absurde ne s'arrête pas là: lorsque vous vous plantez désormais devant un tableau afin, tout simplement, de l'admirer, vous dérangez! Vous dérangez ces imbéciles qui ne sont pas venus pour les tableaux, mais pour eux-mêmes. Pour leur vanité. Pour justifier un misérable "j'y étais". En outre, ils ne réalisent même pas (même plus) la chance (car c'en est une) qu'ils ont de pouvoir contempler un vrai tableau de Van Gogh: cette notion leur est devenue complètement abstraite, voire abconse. Ils ne sont pas là pour l'artiste, mais pour ce qu'il représente, et dans la seule idée de se faire tirer le portrait devant une oeuvre que finalement ils banalisent, renient, méprisent. Tourisme de masse, consumérisme effréné, carences culturelles et comportementales manifestes, ces nouveaux comportements se retrouvent également à l'étranger et s'inscrivent entre autre dans l'abrutissement généré par les nouvelles technologies, sans compter qu'on relève des dérives extrêmement graves tel que le "happy slapping" où cela fait rire une bande d'idiots de voir sur leurs téléphones portables le film de quelqu'un comme vous et moi entrain de se faire tabasser. Violence physique, violence intellectuelle: la frontière est minime. Finalement, je n'ai pu résister à l'envie de dégainer mon portable et de prendre à mon tour quelques photos. Que je vous laisse apprécier. 

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Commentaires

Ils sont vraiment lamentables,ces touristes d'un jour,ou deux,pressés
de mitrailler le musée d'Orsay,avant le marathon de celui du Louvre.Ils
ne peuvent qu'apercevoir,à travers l'écran de leur appareil photo numé-
rique,un vague tableau rayé,très flou,et quelques lointaines oeuvres,
par manque de temps.

Écrit par : Lucie | lundi, 29 mai 2006

Vous n'y êtes pas du tout... C'est juste pour dire: "J'ai été au musée d'Orsay!" C'est connu: sans photo (même, et surtout, pourrie) pas de preuve...
Bon je vous laisse, je file à Cluny, il me reste de la place sur ma carte mémoire.

Écrit par : Christophe | mardi, 30 mai 2006

Ce qui est le plus énervant, c'est ce déclenchement intempestif des flashs... car non seulement, ILS passent leur temps à regarder les tableaux à travers leur petit écran, mais en plus, ILS gâchent, et notre plaisir, et les toiles... tout ça parce qu'ILS ne savent pas virer le flash.

Écrit par : Christophe | mardi, 30 mai 2006

Les commentaires sont fermés.

 
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