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jeudi, 06 avril 2006

DU VIN... EN BEAUCE!!!

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Champ de colza, près de Rambouillet.

 La vigne en Beauce

La présence des vignes dans cette région n’avait pas échappé à Émile ZOLA lors de son séjour à Romilly-sur-Aigre. Car si le plateau (le Pays Plat ou le Haut Pays) était déjà voué à la culture des céréales et des plantes fourragères, les coteaux des vallées constituaient par leurs ensoleillements et leurs pentes un terrain de prédilection pour la vigne. À cette époque la vigne était présente dans presque toutes les régions. Le vignoble de l’Ile de France voisine, totalisa jusqu’à 44.000 ha dans les années 1850. Mais deux évènements majeurs allait modifier profondément la viticulture dans notre pays, le chemin de fer et la maladie.

Les premières vignes

La cathédrale de Chartres fournit des témoignages intéressant du 13ème siècle. Un vitrail de la série des " corporations " représente deux vignerons taillant la vigne, un autre montre un tonnelier ajustant un cercle. Sur le portail sud, parmi les douze personnages figurant " les travaux du mois ", celui du mois de mars reprend le thème de la taille et celui de septembre illustre la vendange (foulage du raisin dans une cuve). D’autre part des manuscrits relatifs aux biens du Chapitre prouve l’existence de vigne au 11ème siècle.

D'autre documents attestent que la vigne était cultivait dans le Perche (aujoud'hui dans le département voisin de l'Orne) à l'époque Mérovingienne (VI ème siècle). Il devait s'agir des vestiges d'un vignoble planté par d'anciens légionnaires romains qui avaient éte gratifiés dans ces lieux d'une concession après la proclamation de l'édit de l'Empereur Probus en 281 aprèsJ.-C.

La culture de la vigne

Le vignoble était le plus souvent planté sans alignement, en " vigne mêlée " . Chaque plant de vigne était soutenu par un tuteur appelé " charnier " . Il est à noter que ce mode de palissage est toujours utilisé dans les vignobles en fortes pentes comme les Côtes-Rôties, appellation prestigieuse des Côtes-du-Rhônes septentrionales. Dans quelques secteurs, comme à Jouy, la culture en rangées séparées par des " riots, riaux ou réaux " était déjà pratiquée.

Dans la vallée de l’Eure le sol est constitué d’argile à silex. Avant de planter les ceps de vignes sur ces coteaux escarpés, il fallait retirer du sol une quantité fabuleuse de pierres. Les silex transportés dans les hottes étaient entassés aux extrémités de chaque parcelle sur des hauteurs pouvant atteindre plusieurs mètres. Ces tas était appelés des " murgers " ( prononciation " meurgers") .

Par endroits, ils sont encore visibles, délimitants les anciennes parcelles. Mais souvent, ils ont été utilisés pour empierrer les chemins communaux ou les voies ferrées. Seuls les buissons d’épines sont assez rustiques pour pousser sur ces " culots de murgers " . Comme pour le reste des productions agricoles, les vignes étaient très morcelées suite aux partages successifs. Toujours divisée dans le sens de la pente, chaque membre de la famille exigeait un morceau de chaque parcelle. Cette pratique imposa, avant l’invention du système métrique, l’utilisation d’une multitude de mesures.  " L’arpent ", puis le " quart " ou encore le " minot " . Divisé en trois, celui-ci devenait une " danrée " . Il y avait aussi la " maillée " et la " parisées " .

Le vin

Le principal cépage adopté en Pays Chartrain était le " petit meunier ", raisin noir à grain serré provenant de Bourgogne. Il donnait un vin léger (8° au maximum), fruité et peu coloré. D’après les vignerons " on pouvait en boire autant qu'on voulait, il ne rendait pas malade ! " . Sa qualité variait suivant la nature du terrain et l’exposition. Les parcelles situées sur la côte ouest étaient généralement plus renommées que celles de la côte est. Déjà à l’époque les jurys de dégustations récompensaient les meilleurs crus. La notion de " terroir " n’était donc pas l’apanage des grands vignobles. Elle existait également ici. Il arrivait dans les années humides que certains vins trop légers en alcool et en tannins tournaient après l’hiver. Ils " tournaient canon " . Le vin ainsi produit était avant tout destiné à être vendu dans le " Pays Haut " assurant ainsi un revenu relativement bon aux vignerons. Venant de " Grande Beauce ", les voitures apportaient le blé aux moulins à eau de la vallée et remontaient avec un tonneau de vin. Ce vin de pays améliorait l’ordinaire dans les fermes du plateau où la boisson principale était un cidre de piètre qualité baptisait " à quatorze chevaux... un pour aller aux pommes, treize pour aller à l'iau " . À côté de cette vente légale mais taxée, était pratiqué des ventes frauduleuses dites " à la musse ou à musse-pot " . Ce type de vente était de vieille tradition mais s’accentua lors de la construction des lignes de chemin de fer de part la présence d’une main d’œuvre importante à proximité des habitations des vignerons. Toutes les occasions étaient bonnes pour aller " tirer une chopine " ou " à bouère " dans " le geigneux ", la chopine en terre cuite. Les fêtes de village étaient réputées pour y trouver " bon vin et bons gâteaux " . Au café, chaque jeune commandait sa bouteille et ensemble ils mangeaient la galette feuilletée au beurre. D’ordinaire le beurre était remplacé par la graisse et quand le four était allumé pour faire le pain, l’on faisait la " fouée ou fouace " . Lors des réunions et des soirées, crêpes ou gaufres étaient arrosées copieusement de vin du pays.

La disparition de la vigne

Le vin coûtait plus chère à produire et ne rapportait pratiquement plus rien. Après la guerre de 14-18 on renonça à la vigne. Les anciens poilus qui avaient survécu à la boucherie de la guerre et qui avaient un cheval mirent en culture les vignes " déroquées " (arrachées) . Dans les endroits trop difficiles d’accès, ils plantèrent des pommiers où laissèrent le taillis repousser. Quelques-uns, obstinés, replantèrent quelques rangs de vigne pour assurer la consommation familiale. Si en 1812, 5374 hectares de vigne produisaient un peu plus de 100.000 hectolitres de vin, en 1900 il ne restait plus que 600 ha de plantés produisant 16.000 hectolitres. Après les guerres de religions (1568-1591), les faubourgs de Chartres furent abandonnés jusqu’en 1804, date du comblement des fossés et du démantèlement des remparts. La vigne était cultivée jusqu’au porte du centre ville actuel. à la place du théâtre existait le " le clos Notre-Dame ". En descendant le Boulevard de la Courtille, il y avait le vignoble dit le " Champ-Saint-Père ". A Jouy il ne restait en 1935 qu’un hectare de vigne sur les 140 recensés en 1823 ! En 1962 aux " Belles-Croix " (terroir de Saint-Prest, hameau de La Villette) non loin de la croix historique, la vigne, redevenue sauvage, atteint le sommet des arbres, recouvre les vieux murs et se mêle aux broussailles des talus... .

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